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FRIDA HYVONEN
Le silence est d’or

Ma rencontre avec Frida Hyvönen ressemble au quotidien des journalistes. Une interview mal menée avec des questions faussement préparées, le tout arrangé au dérushage pour faire croire à la coolitude de l’intervieweur, ponctuant les quelques rares bons moments de la rencontre par des « rires » entre parenthèses. Un peu de poudre sur l’échec, pour sauver sa face.

Ma rencontre avec Frida Hyvönen ressemble au quotidien des journalistes. Une interview mal menée avec des questions faussement préparées, le tout arrangé au dérushage pour faire croire à la coolitude de l'intervieweur, ponctuant les quelques rares bons moments de la rencontre par des "rires" entre parenthèses. Un peu de poudre sur l'échec, pour sauver sa face.

Et quand bien même l’interview que vous lirez ici s’avère ratée, c’est avec un certain entrain que je traverse la rive gauche, en retard de dix minutes pour retrouver Frida. La belle m’a longtemps passionné, par son physique, son premier album (Until death comes) ensorcelant de tristesse et de minimalisme. Et puis ce deuxième album, au moins aussi mauvais que les lignes qui suivent, dans lequel surnage quelques perles. Je ne manquerai pas, à mon arrivée, de lui faire remarquer. Avec du tact bien sûr, car la Suédoise est belle, grande, racée. Intrigante. Que les silences entre chaque question sont longs, pesants et complices. Près d’un an après la sortie d’Until death comes, Frida joue ce soir dans un gala suédois près du Panthéon. Un piano, une femme, des blondes, un dictaphone.

Pourquoi avoir décidé de jouer avec un groupe sur ce deuxième album?

Pour des raisons disons… sociales… j’étais lassée de jouer toute seule sur scène. Et j’avais besoin d’une puissance derrière moi. Précisément il s’agit plus d’un batteur que d’un groupe. Nous avons récemment joué à New-York dans une église, c’était magique. J’aime les églises. Marque-le.

Justement, Silence is wild est tout guilleret, c’est poppy, c’est étrange non, pour moi qui vous ai découvert seule au piano voilà un an en train de chialer sur trois octaves?

(Je n’ai pas vraiment posé la question comme ça, mais je trouvais ça relativement cool de travestir la question initiale qui était un truc du genre « Silence is wild is more poppy, isn’t it? », NDR)

Trouves-tu vraiment que le premier album soit triste ou glauque? Il y a the Modern, You never got me right… Bien sûr il y a des chansons plus intimes comme Today tuesday, que tu as sûrement dû aimer. (Je confirme, j’ai écouté la chanson environ 45 nuits d’affilée, seul au casque en grillant des clopes)

(Je tente vainement d’acquiescer par des bégaiements successifs et mal contrôlés. Frida lorgne sur mes cigarettes, je sens une certaine promiscuité s’installer)

Il y a un tube sur cet album, Scandinavian blonde…. au milieu de l’album. La chanson marque le début de la deuxième partie du disque, la meilleure -pardon- selon moi.

Ah tu trouves! Tu es le premier à me le dire…. Je pense pareil, personne ne l’aime cette chanson. A ma manière, je tente des choses. Tant pis si tu préfères le premier album, au moins sommes-nous d’accord sur ce titre.

(Je m’embourbe dans des questions sans intérêt, sur « son état d’esprit pendant l’enregistrement » -« seulement deux jours pour tout enregistrer-, le côté écologique de chansons comme Birds ou Pony, la jaquette de l’album avec un canasson… des conneries de journaliste qui n’a pas écouté les paroles. La conversation me fait comprendre que Birds et Pony ont été écrites en hommage à sa mère. Bad target Bester)

Plus tard nous parlerons du songwriting de Frida, la seule chose qui compte à ses yeux, de ses textes en anglais qu’elle seule parvient à comprendre et du fait qu’elle a débuté la scène tardivement, à 26 ans, qu’elle en a maintenant 30 et que Doroty Parker et Fernando Pessoa sont ses influences majeures.

Fort heureusement la véranda pour fumeurs me permet de mettre un terme à l’interview (avant que j’en arrive à des questions de fin d’interview genre « et vous jouez où après »), j’offre une Benson & Hedge à Frida, nous parlons de la nuit, des églises, et je scrute ses amies suédoises, à mi-chemin entre l’elfe et la bombe sexuelle. Encore un peu de verbage en suédois avec ses copines, et puis Frida s’installera au piano. Une coupe de champagne pour finir, un dernier regard, le dictaphone ne tourne plus. Je me retire, persuadé que le silence est parfois plus instructif qu’une interview.

Frida Hyvönen // Silence is wild // Secretly Canadian (Differ-ant)

www.myspace.com/fridahyvonen

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