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DICK HEBDIGE Sous-culture, le sens du style

Les Editions Zone viennent ces jours-ci d'avoir le bon goût de faire traduire en francais le cultissime livre du sociologue anglais Dick Hebdige: Subculture -The Meaning of Style. Écrit (...) suite

Les Editions Zone viennent ces jours-ci d’avoir le bon goût de faire traduire en francais le cultissime livre du sociologue anglais Dick Hebdige: Subculture -The Meaning of Style.

Écrit à l’apogée du mouvement Punk anglais par un auteur que l’on pourrait qualifier de Levis Strauss de l’Underground, Sous culture - Le sens du style est un texte fondateur qui mêle écriture poétique, enquête de terrain et développement théorique au service d’un projet atypique: une authentique sociologie du Punk et des sous cultures anglaises en général.

sous-cultureHebdige soutient ici que le punk a émergé comme un style principalement blanc quand le jeune Noir anglais est devenu plus séparatiste au cours des années 1970 en réponse à la discrimination de la société britannique.

La première partie du livre met à jour une homologie entre les différents aspects des styles sous culturels anglais (la robe, la coiffure, la musique, les médicaments),et en arrive, en deuxième partie, à la conclusion que bien que le Punk Londonien emprunte un part de son style à toutes les sous cultures qui l’ont précédé, sa seule homologie concrète demeure le chaos.

Dick Hebdige interprète les cultures jeune du point de vue d’un dialogue entre l’adolescent Noir et l’adolescent blanc. Avec cette théorie il rejoint celle que développe Norman Mailer dans son livre, The white Negro, mais en l’appliquant non pas à l’Amerique mais à l’Angleterre où le monde des “subcultures” adolescentes est plus visible que n’importe où ailleurs avec sa cohorte de Teddy Boys, Skinheads, Punks, Glam-Rockers, Hippies et Rasta.

Pour Norman Mailer, la société adolescente américaine se scinde en deux camps distincts : le camps des Hipsters(Branché), sorte de dandys prolétariens qui fondent leur style à partir d’éléments étroitement liés à ceux des Noirs du ghetto, offrant par cela une expression formelle à un lien vécu, à l’existence d’un espace partagé, d’un langage commun et de préoccupations similaires, (contrairement au Beat qui eux nourriront une relation imaginaire au noir en tant que bon sauvage) et le camps des Squares qui ne sont autres que des Américains moyens pour qui l’American Way Of Life est réalité et non supercherie.

Le Hipster, en tant que Négre blanc, se place lui-même en marge d’une société qui se présente à lui comme moralement et esthétiquement inacceptable. Le Hipster/Branché, tel que le décrit Mailer, choisit une vie de danger, d’humiliation, qui en comparaison de celle de l’Américain moyen est excitante, violente et authentique.

Hippie hipster Dans les années 50, le Hipster est donc en même temps un psychopathe masochiste et un artiste, un philosophe et un narcisse qui se considère comme faisant partie d’une élite qui ne possède pas seulement ses propres valeurs et ses propres normes, mais aussi sa propre langue. Le but est alors pour lui de se rapprocher le plus possible de l’idéal d’une création absolue de soi.

Pour le Hipster, l’Afro-Americain est un modèle car l’existence de ce dernier, encore plus que la sienne, se place dans un équilibre constamment instable entre “l’humilité constante” et le “Danger permanent”, entre la servitude et la liberté.

Par cette réflexion sur la société adolescente, Norman Mailer offre à la sociologie moderne une clef qui permettra de décoder tout les styles sous culturels à venir. Et avec cette version pop du structuralisme de Levis Strauss il ouvre la voie aux sociologues de la trempe de Dick Hebdige.

Drahos pictureMais pour faire plus simple, ce livre pourrait être considéré comme l’improbable rencontre de Tom Wolf et de Roland Barthes, des mythologies Rock’n'Roll en somme. Et pour illustrer encore mieux la pensée et la façon de procéder de Dick Hebdige, voici un extrait de son essai, Le systeme du Mod. Extrait dans lequel il définit et distingue, tout à la fois, les deux mouvements sous culturels Teenage que sont les Mods et les Hippies :

“La distinction des deux styles ne peut être mieux illustrée que par la comparaison entre la manifestation symbolique majeure de la solidarité Mod – les rassemblements des jours fériés – et son équivalent dans la culture hippie : le festival.

Sur la côte, les mods réagissaient impatiemment contre la passivité de la foule. Chaque mod était un créateur capable de captiver un public d’adultes sans imagination en exhibant avec arrogance le blason de son identité à une nation d’interchangeables consommateurs d’images. De l’autre côté les festivals hippies évitaient délibérément le contact avec les autres cultures (Quand cela s’est produit, comme à Altamont, ce fut en général désastreux).

Ils étaient organisés dans des lieux protégés, dans une atmosphère complaisante d’auto-célébration, centrés sur la consommation passive de musique produite par une élite de superstars intouchables.
(Cf. Eisen, (ed), 1970 pour un recueil d’études décrivant comment plusieurs milliers de spectateurs restèrent impuissants devant quelques vingtaines de voyous à moto.)

Si cette comparaison paraît déplacée, il suffit de se pencher sur la consommation de rock and blues et de Tamla Motown par les mods dans leurs clubs. Ils ne consommaient jamais leur musique de façon statique – en règle générale les hippies s’asseyaient et regardaient – mais utilisaient la musique comme catalyseur de leur propre effort créatif sur la piste de danse, dansant seul si besoin.
Risquons de formuler la distinction en deux équations:

Classe ouvrière +Mod +Amphétamines =Action.
Classe moyenne +Hippie +Marijuana =Passivité.

Sous-culture, aux éditions Zone.

11 commentaires

Transparent red + framed pictures + modernist font is the new black.

Commentaire par Jüül, le Lundi 23 juin 2008 à 19:53

Analyse très didactique et orientée, voire scolaire, comme la plupart des thèses sociologiques, qui a sa part de vrai mais qui en vaut d’autres. Pour ma part, je ne crois pas que les blancs de la contre-culture, même punk, se définissaient uniquement par rapport aux noirs, et c’est quelqu’un qui s’est passionnément intéressé à des cultures noires comme la soul et le reggae qui vous le dit !

On peut faire une vague référence aux Clash avec leur “White Riot”, mais c’est un peu réducteur, Joe Strummer aussi était quelqu’un d’assez didactique, je ne crois pas que les jeunes punks avaient tout ça en tête.

Cette opposition Mods/Hippies est assez ridicule, ce n’étaient pas des mouvements simultanés, mais les seconds ont succédé aux premiers vers 1967-68, et la plupart des Mods sont devenus Hippies, à l’image de leurs groupes fétiches, Who, Small Faces, Rolling Stones, les plus prolétaires d’entre eux devenant skinheads par réaction (et eux vraiment en contact avec les jeunes noirs des banlieues !). C’étaient deux attitudes qui correspondaient à des périodes et des aspirations différentes : bien sûr que les Mods “bougeaient” plus, sous l’effet des amphés et du son Motown, mais et après ? On ne peut pas se contenter de danser toute sa vie dans les clubs, le mouvement hippie était plus axé sur la prise de conscience, l’introspection, la réflexion, la méditation, il en faut aussi, à moins de n’avoir comme ambition que d’être un robot désarticulé et décérébré. La masse des Hippies est sans doute allée trop loin dans la passivité, c’est pour ça qu’ensuite, vers 1976-77, il y a eu le mouvement punk et la roue a continué à tourner…..

Commentaire par Bernard B., le Lundi 23 juin 2008 à 10:29

[...] en comparaison de celle de l’Américain moyen est excitante, violente et authentique. http://www.gonzai.com/dick-hebdige-sous-culture-le-sens-du-style __._,_.___ [...]

Déclassés+Emotronic+Mojito= Troubles Bipolaires

Commentaire par Matt Oï, le Lundi 23 juin 2008 à 12:27

Oui enfin justement, je pense pas que l’arrivée des skinheads soit une “réaction” au déferlement hippie, mais justement, comme tu y fais allusion (Bernard B), le fruit d’une cohabitation entre les mods les plus prolo et les rude boys jamaïcains. Et puis il y a eu une transition aussi, quand même.

Tout ça pour dire qu’une frange mod s’est retrouvée isolée du reste et a construit une autre subculture à partir de valeurs autres que les amphétamines, les costars cintrés et les sta-prest.

Enfin bref.

Commentaire par Umberto Fantini, le Lundi 23 juin 2008 à 15:24

Si, je peux t’assurer que les mouvement skinhead, même s’il n’était pas une “réaction” contre le mouvement hippie, comme ont pu l’être le glam ou le punk plus tard, était violemment anti-hippies, une des raisons était que de par leurs origines ils étaient obligés de travailler en usine, et qu’ils en voulaient à ces petits branleurs de hippies !
Moi, à l’époque, j’étais plutôt hippie et j’avais les cheveux longs et quand j’allais à Londres, j’évitais les coins à skinheads, qui s’attaquaient aussi aux pakistanais, mais qui c’est vrai étaient plutôt potes avec les jamaïcains, dont ils partageaient le goût pour le reggae et le rock steady. A cause d’eux, j’ai longtemps eu des réticences vis à vis de cette musique que je me suis mis à adorer quelques années plus tard, le déclic ayant été la reprise de “I shot the sheriff ” par Eric Clapton.

Commentaire par Bernard B., le Lundi 23 juin 2008 à 22:07

Bon ben pour le premier paragraphe je suis d’accord, j’ai pas dit le contraire.

Par contre là ça m’intéresse. Tu veux dire qu’il y avait des skinheads qui étaient copains avec les jamaïcains mais pas avec les pakistanais ?

Je te contredirais bien mais j’étais pas né hehe.

Commentaire par Umberto Fantini, le Lundi 23 juin 2008 à 14:16

Evidemment, il faut arrêter avec ce mythe des gentils skinheads anti-fascistes, anti-racistes etc… Ca c’est la deuxième génération, celle du mouvement two-tone, du revival ska de 79.

Les premiers skinheads étaient violents, fachos, et cassaient la gueule aux hippies (ce qui n’a pas l’air de te gêner) et aux pakistanais (là par contre !), ils appelaient ça le “paki bashing”, même si par ailleurs il étaient copains avec les jamaïcains et écoutaient du reggae.

Commentaire par Bernard B., le Lundi 23 juin 2008 à 10:19

Voir et revoir Made In Britain, d’Alan Clarke (1982) avec Tim Roth (son premier rôle) pour bien saisir de quoi la vie d’un skinhead est faite. Et le bashing est parfaitement là.
Autant que que le Sniffin’ Glue d’ailleurs.

Commentaire par Hilaire Picault, le Lundi 23 juin 2008 à 11:18

[...] cette époque… et ce n’est pas Bruce Benderson qui me contredira, ni Benoit Sabatier ou Dick Hebdige. J’en entends déjà geindre, couiner (”putain ya trop de liens, faut [...]

Commentaire par THierry THéolier » Blog Archive » Le dernier journaliste de P.A.R.IS, le Lundi 23 juin 2008 à 13:40

[...] cette époque… et ce n’est pas Bruce Benderson qui me contredira, ni Benoit Sabatier ou Dick Hebdige. J’en entends déjà geindre, couiner (”putain ya trop de liens, faut [...]

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