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Y A PLUS DE JEUNESSE Etre jeune gréviste, en 2008

Une fois n’est pas coutume, l’actualité s’était déplacée en bas de chez moi, et non l’inverse. Ca m’avait évité un billet de train pour Paris. Accessoirement j’avais pu (...) suite

Une fois n’est pas coutume, l’actualité s’était déplacée en bas de chez moi, et non l’inverse. Ca m’avait évité un billet de train pour Paris. Accessoirement j’avais pu sortir en jogging avec mon T-shirt de Kiss 1974. Pas tout à fait raccord je vous l’accorde, mais à presque la soixantaine on se fout un peu des traditions païennes.

Enghien-les-Bains le jeudi matin, c’est toujours très calme. J’en avais donc profité pour sortir et partir à la recherche de cette revue sur mai 68, où j’avais raconté ma révolution, celle de mon époque ; cette période où je me rêvais rock-star (ce que je fus, en un sens), celle où Tonton Jean n’était pas encore cheminot engagé politiquement chez FO, accessoirement champion de pétanque 82 (et pendant ses heures de travail s’il vous plaît !).

C’est alors que je passais devant le lycée de mon branleur de fils, Brandon, afin de surveiller s’il n’était pas encore en train d’écouter de la musique de jeune décérébré (Justice, les Wombats, ou même tiens ! Futureheads), que le drame arriva. Une grève de jeunes, comme en 68, par des lycéens. J’avais suivi la situation au JT de PPDA, les autres soirs, en sirotant une Corona, l’œil parallèlement concentré sur le formulaire syndical que Tonton Jean voulait que je remplisse pour l’entreprise de maçonnerie qui allait fermer (J’ai jamais compris qu’on veuille « délocaliser du ciment », m’enfin bon).

Et là, seul en survêtement, j’assistai à la révolution des jeunes, des parkas militaires cachant fièrement leurs visages, bravant les forces de police pour une sombre histoire de profs qui seraient moins nombreux l’année prochaine. J’ai pas pu m’empêcher d’être fier d’être français. A cette instant, celui où j’ai vu la jeunesse affronter les forces de l’ordre et éviter les semonces de flash-ball, lançant courageusement un « Flic, enculé ! » en détalant comme des lapins pour un combat dont ils semblaient tout ignorer. Mis à part le fait que si il y avait moins de profs l’année prochaine il y aurait moins de cours au lycée et donc moins d’occasions de ne rien foutre.

En tout ça c’est ce que mon fils m’en a raconté, de leurs révolutions du nouveau millénaire. Pour la première fois, je me suis dit : «Guy-michel, tu peux être fier de ton fils, c’est un futur militant politique». Peut-être un jour serait-il délégué syndical d’une grande entreprise, empêchant les patrons d’exercer leurs pièges à cons. Je rêvais je rêvais, et je remis Dr Feelgood sur la platine.

Lorsque la situation a clairement dégénéré et que ça faisait BAM BAM BOUM dans les rues d’Enghien, j’ai subitement eu envie de faire comme les jeunes, et crier à la flicaille que nous les Français on en avait marre de la dictature.

Mais fallait que je rentre à la maison, pour le début de mon Derrick. En plus, j’avais une crampe à la cuisse gauche. Mieux vaut laisser l’insurrection à ceux qui ont encore des jambes pour courir.

5 commentaires

1 flic = 1 balle

Commentaire par a.Lhand, le Lundi 21 avril 2008 à 18:44

Et moi qui croyait qu’il n’y avait que des canassons qui couraient dans cette belle ville…

Commentaire par Hilaire Picault, le Lundi 21 avril 2008 à 0:07

Guy-Michel, je lis (toutes!) tes péripéties familiales avec passion.
Embrasse Brandon et Pamela pour moi.

Commentaire par sophie-chloe, le Lundi 21 avril 2008 à 23:40

putain, ils me font pitié ces mecs, ils captent rien à l’époque dans laquelle ils vivent!

Commentaire par matt oï, le Lundi 21 avril 2008 à 14:26

tte façon, l’idée même d’une grève lycéenne fait pitié. Y’a des gens qui sont vraiment dans la merde et qui n’ont d’autres choix que de la fermer. Alors pourquoi ces ptitss morveux, ils l’ouvrent sans arrêt pour un oui ou pour un non? Qu’ils assurent à l’école, ça sera djà une ptite révolution pour eux.
Et si ils sont pas contents, qu’ils essaient d’être un tantinet plus créatifs et constructifs dans leurs manifestations. Pas de visées personnelles.

Commentaire par matt oï, le Lundi 21 avril 2008 à 14:32

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