Le One man band, encore. L’obsession de l’homme seul, de la guitare, la sueur et la rage. Alors rencontrer Tiger Man, on ne pouvait s’attendre qu’a rencontrer une panthère. Méfiante, maligne. Un être un peu fantastique, connecté avec les forces de la nature. Pourtant, c’est un homme gêné qui nous parle, extrêmement timide. Coincer entre le MacBook et moi…
La photocopieuse n’arrêtant pas de tourner. Pas franchement les conditions idéales pour parler de Dieu, du Blues et du Paradis. Mais rencontre tout de même avec Paulo Furtado, alias Legendary Tiger Man, leader de Wraygunn.
On va commencé par les informations manquantes: tu peux nous parler un peu de Wraygunn?
Wraygunn c’est un groupe de 7 personnes avec beaucoup d’influences. Je crois que la principale d’entre elles, c’est la rock & roll mais nous écoutons aussi du Hip Hop, du Gospel, Blues soul, funk. C’est un mélange de différents genres musicaux. Mais il y a la permanence du Rock & roll qui fait fusionner le tout.
Vous êtes sept, vous avez des filles dans le groupe?
Oui, deux filles, qui chantent. Dans ce nouvel album, il y a des chansons où il n’y a qu’elles qui chantent. C’est la grosse différence avec notre album précédent: elles ont prit le contrôle de cet album. Elle ont beaucoup travaillé sur leur voix, ont trouvé plein de gimmicks, d’aspects qui prennent le contrôle de l’album.
Quand tu es tout seul sur scène, en one man band pour Tiger Man; quel est ton état d’esprit ?
C’est complètement différent de Wraygunn: je dois être vraiment concentré sur ce que je fait. Le Tiger Man Show demande vraiment une concentration sur la technique, sur ce que je fait. Il n’y a pas vraiment de liberté, de possibilité d’improvisation. Je pense que ces deux projets sont complémentaires pour moi: ce sont mes deux visions de la musique qui peuvent s’exprimer. Avec Wraygunn c’est juste s’amuser, pour Tiger Man, cela demande beaucoup plus de travail de ma part.
Est ce que tu crois au Mojo des bluesman?
J’y crois s’ils y croient. Je n’y crois pas pour moi mais si beaucoup de gens croient en quelque chose, c’est que ca doit exister. Donc je devrais le prendre un peu pour moi aussi.
Je pense sincèrement que pour créer, il faut un moteur, une envie… l’urgence. Qu’est ce qui t’animes?
Ma vie est vraiment composée de l’urgence de faire les choses. J’ai toujours besoin de faire énormément de choses. C’est pour cela que j’ai ces deux projets. L’album de Wraygunn sort en France alors que l’album de Tiger Man sort au U.S.A et au Brésil. Puis je vais tourner mon premier film en Janvier. Je sens tout le temps cette urgence de faire le plus de chose possible, vivre la vie rapidement. C’est cette urgence qui me pousse a faire des choses auxquelles je crois encore.
Est-ce à cause d’une certaine fureur?
Il y a 10 ans, j’était pressé par cette fureur et cette envie de changer le monde, les choses qui me semblaient ne pas aller. Maintenant, je suis bien plus tolérant et j’essaye de vivre les aspects positifs de la vie. Ne pas être seulement un spectateur mais vraiment me concentrer sur les aspect bénéfiques.
Tu parlais d’un film. C’est amusant parce que la première fois que j’ai vu la pochette du Wraygunn, ca ma vraiment fait penser à un film de Roberto Rodriguez.
Sur le look de l’album nous avons essayé de résumer des tas de clichés, condenser les besoins de gens, ce que les gens recherchent et croient. C’est la composition d’une nouvelle iconographie du paradis. Le titre de l’album, Shangri-la, repose sur l’idée de la reconquête d’un paradis perdu. Le seul endroit où l’on peut trouver son propre paradis, c’est en soi-même. Alors nous sommes allés pendant 10 jours dans une maison en pleine montagne, nous étions complètement isolés. Ca nous a permis de mettre le maximum de nous même dans les chansons. Et cela permet le meilleur travail collectif possible. Nous avons tant d’influence que nous devons nous isoler de tout cela pour pouvoir nous recentrer sur nous même, et après revenir à… la cité.
Ca a l’air d’être un paradis assez violent avec toute ces poules et ces flingues…
C’est une corruption de l’idée sainte. On peut se dire stupidement que le paradis pour un homme serait une chambre pleine de filles. Pour nous, c’est un moyen de jouer avec les attente des gens.
C’est un pari moderne assez fou de vouloir concentrer l’envie de l’univers avec un groupe qui possède une répercussion minime au final!
Je n’ai jamais penser à cela et je pense que la plupart des musiciens qui aiment leur travail et le font de manière honnête n’y pensent pas. Le privilège de faire de la musique, de la montrer au gens, c’est la meilleur chose qui peut t’arriver. Les chansons doivent être vus comme des enfants: vouloir les faire grandir, les rendre plus fortes. Sinon tu peux les rendre gentilles et amicales. La relation que l’on a avec nos chanson, c’est que l’on ne sait jamais se qu’elle vont devenir. C’est probablement dure pour quelqu’un qui vend des centaine de milliers d’album de continuer après cela. Nous, nous pouvons relativiser, nous n’avons pas a nous préoccuper de ce que les gens vont penser de nos chansons… juste espérer qu’ils vont les aimer.
Peux-tu un peu nous parler d’un pays que l’on connait très mal: le Portugal…
Ce pays change vraiment très rapidement. Le Portugal, qui n’a pas eu la démocratie avant la fin des année 70… du coup nous sommes 20 ans derrière le reste de l’Europe. Mais c’est un pays qui prend soin de l’art maintenant, et qui a énormément de bon groupe dans plein de style différent. Beaucoup de bonnes choses sont faites la-bas. C’est très excitant de faire parti de cela. Puis les jeunes sont comme tous les jeunes de la planète… Ils doivent aimer Britney Spears. Mais bon, moi même j’aime bien Toxic.
Alors ce film ca va parler de quoi?
Ca va s’appeler Femina, et cela sera une demi-heure de la vie de 6 femmes. Comment elle réagissent à leurs problèmes, comment elle vivent. C’est un essai de voyeurisme minimaliste dans l’esprit des femmes. Je me suis beaucoup appuyé sur les actrices pour le script. Dans un sens, le script final va être à moitié masculin et a moitié féminin.
La musique, le cinéma… tu as beaucoup fantasmé jeune sur les Etats-Unis?
Quand j’étais jeune, il y avait tellement de musique et de culture américaine… Mais je suis allé plusieurs fois au U.S.A, partout. Donc les fantasmes sont tombés. Je trouve vraiment que le sud est incroyable. Ce pays résume vraiment un tas de pays différents, mis bout à bout avec la même langue et le même système politique. Mais tout est tellement différent. Les américain ne sont pas si mauvais que les européens le pensent. C’est bien plus complexe que ce que l’on veut croire. La plupart des musicien qui viennent en Europe s’excusent des actions de leur pays; ce qu’il devrait pas faire. Voyons ce que les prochaines élections feront pour eux.
Je ne crois pas aux musiciens qui sont directement engagés politiquement.
Je pense souvent a cela, en voyant des gars comme Bono, ce genre de chose. Dans un sens, ils aident certainement. Mais si tu veux aider un pays, quelqu’un, il faut l’aider physiquement, directement. Si Bono va vivre au Mozambique, peut être va-t-il sauver le mosan bique. Car la il vivra dans les mêmes conditions que les gens qu’il défend. Dans un sens c’est bizarre de vouloir aider des gens dont on ne partage pas les conditions. Peut-être que cela sert à quelque chose, mais je ne pourrais jamais le faire… Je ne serai pas à l’aise avec moi-même.
Toi qui fais parti du blues moderne: penses-tu que dieu est toujours aussi présent dans cette musique ?
En musique, la chose est de ne pas avoir de règle. Il ne doit pas y avoir de règle sur les croyances ou les modes de vie. Il faut essayer de faire les choses honnêtement avec ta musique, ton public. Il faut une relation, un lien. C’est la choses la plus importante.
Wraygunn // Shangri-La // Exclaim
http://www.myspace.com/wraygunn




ETRE DIEU
Belle interview d’un type et d’un groupe qui le mérite. Chapo bas.