Je suis un type simple. Il y en a qui profitent de leurs vacances pour visiter des musées, faire du jet-ski, marcher dans la montagne ou plein d’autres trucs du même acabit, moi non. Surtout pas. Je ne glande rien pendant les vacances, hormis traîner dans les bars ou lire des livres. C’est instructif et ça fait toujours son petit effet dans les pubs alors que raconter qu’on a fait du jet-ski au mois d’août, ça agace et c’est tout. Car c’est fait pour ça, les vacances. Pour ne rien faire. Et si tout le monde faisait comme moi, il y aurait moins de gens stressés dans ce pays. Parfaitement.
Malheureusement, dans l’univers impitoyable du rock’n’roll où je me vautre pitoyablement tout le long de l’année à grands coups d’hectolitres de bière et d’additions colossales, il existe des forcenés du travail qu’on appelle des musiciens et qui ne respectent ni l’estivale trêve sacrée (les salauds) ni les chroniqueurs en vacance (les barbares). Un véritable scandale.
Ce vendredi 22 août, alors que j’examine d’un œil morne mon facebook en me maudissant une fois de plus d’avoir englouti autant d’alcool la veille (je n’aurais pas dû relire l’intégrale de Bukowski cet été), voilà que je perçois le « bing » significatif d’un mail qui vient de tomber dans ma messagerie. Intrigué, je consulte le courrier. On ne sait jamais, c’est peut-être une fille (Arf ! bonheur !). Hé, hé, hé…Voyons comment s’appelle ma future partenaire sexuelle, je me dis mentalement en me frottant les mains (et avec la tête du sadique libidineux qui correspond).
« White Veranda Association »
Mouais….
Americana ParisA première vue, ce n’est pas une fille (ma diabolique capacité de raisonnement m’épatera toujours). Toujours aussi intrigué mais un peu plus dépité (l’orgie pornographique s’éloigne à grands pas, misère) je dissèque le contenu du mail, qui me dit à peu près ceci :
« White Veranda est une association dont le but est de fédérer des groupes de musique (de France et d’ailleurs) autour d’un style de musique partagé entre le rock 70 de San Francisco (Grateful Dead, Quicksilver Messenger Service, Jefferson Airplane) et celui de Denver (16H, Gun Club, Violent Femmes, Slim Cessna Auto Club…). Nous recherchons actuellement une résidence dans une salle à Paris afin d’y organiser des « Lives » avec plusieurs groupes… (etc, etc.) »
Ah, tiens, c’est pas idiot, ça. C’est vrai qu’il n’y a guère de scène en France pour les amateurs de ce genre de musique. Le gaillard est astucieux. Qui est ce type, au fait ?
Jack Daw.
Parfait. Jack Daw, le leader de The Crow & The Deadly Nightshade. Je connais. Coup de bol, ils sont en concert ce soir à la Mécanique Ondulatoire. Ça tombe bien, j’ai une chronique à écrire moi. Allez hop, cowboy, une petite douche et on y va. Concentration, respiration, élévation, sérénité, petit scarabée…. Et un, et deux, eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeet….
Bon. Une petite douche, O.K., mais une bonne trentaine d’advil d’abord.
Urbain et civilisé (et propre et réveillé), je me pointe à la Mécanique Ondulatoire avec une bonne heure de retard et deux amis. J’ai occulté la première partie assurée par Astings, un groupe de lycéens qui drainent dans son sillage toute une meute de kids furonclés et criards. Très peu pour moi. J’ai 39 ans, un tatouage sur l’épaule et des bagouzes plein les doigts, alors le partage fraternel du coca communautaire avec les prépubères, c’est gentil mais non. La Mécanique Ondulatoire me déçoit un peu sur ce coup (et ce n’est rien par rapport à ce qui va venir).
The crow and the ...Sur le trottoir de la Mécanique, j’aperçois Jack Daw (chanteur). Je bifurque adroitement vers lui d’un pas majestueux, accompagné de Lara (pote) qui me suit d’un pas élancé et de Vincent (pote testeur) qui nous précède d’un pas chevrotant. Ce dernier nous a grandement impressionné dans le métro, Lara et moi, avec cette saisissante révélation qu’en France, s’il n’y avait pas de lignes noires dans le chemin de fer métropolitain (à la différence de New York ou de Londres par exemple), c’était parce que le pays souffrait d’un complexe de culpabilité post-colonialiste. Dingue… (J’apprendrai dix secondes plus tard que Vincent a testé en début de soirée les nouveaux produits illicites de Marie (Las Vegas Parano feat Paris). Tout s’explique).
Sur le trottoir de la Mécanique donc, Jack Daw nous rassure en nous confirmant que la boum du Lycée ne vas pas tarder à s’achever (ouf) mais dans le même temps, nous inquiète en nous précisant qu’ils joueront sans sono et que le backline sera directement repiqué sur la façade, ce qu’il ignorait lui-même avant de faire les balances à 18 heures. Autrement dit, il faut s’attendre à un son tout pourri. Flegmatiques néanmoins, car aguerris par des dizaines et des dizaines de présences en concert, on entre.
Effectivement, c’est tout pourri.
Acoustique aléatoire, façade saturée, hurlements nubiles dans la salle et aucun retour son pour les musiciens qui, malgré tout et à la force du poignet, parviennent à accoucher d’un set honorable. Gloire et respect aux Crows d’avoir réussi ce tour de force dans des conditions aussi lamentables. Mais ce qui est franchement inexcusable par dessus tout, c’est de ne pas les avoir prévenu, les musiciens. La Mécanique n’a finalement pas d’ondulatoire que son nom. Son professionnalisme l’est également, et The Crow & The Deadly Nightshade mérite amplement qu’on diffuse son myspace ( http://www.myspace.com/tcatdn), car ce trio qui synthétise au mieux l’acid-rock, le rock psyché et le rock 70 avec des références affichées au 16 Horsepower de David Eugène Edwards ou du Gun Club est sans aucun doute l’un des groupes les plus prometteurs de la scène parisienne en ce moment.
Après le concert, quelques pintes, une tentative ridicule pour capter une vidéo du set sur mon Nokia tout pourri (lui aussi) et le départ à la Flash Gordon de Vincent pour un monde meilleur (son lit), je réussi néanmoins à soutirer au frontman des Crows quelques substantiels renseignements concernant le fameux projet White Veranda, renseignements que je m’en vais te donner céans, ami lecteur, parce que tu le vaux bien.
Pour information, j’ai aussi essayé de lui soutirer une bière mais là, ça a moins bien marché.
WHITE VERANDA est une association de type « loi 1901 » créée à Paris en 2007 par le frontman des Crows, Pierre Souq, alias Jack Daw. Tu me diras, lecteur, jusque-là ce n’est pas particulièrement trépidant. Des associations de type « loi 1901 » il s’en créé des centaines par jour. C’est vrai. Mais l’originalité de WHITE VERANDA se situe dans son objectif, qui est le suivant : rassembler autour d’un courant musical que les membres de l’association nomment « Psychotic blues & Twisted Country » (en gros, un mélange de Denver Sound – dont l’un de ses fers de lance, Woven Hand, sera en concert à la Maroquinerie le 23 novembre prochain – et, pour faire simple, de rock 70) tout un tas de groupes se reconnaissant dans ces influences, aussi bien nationaux qu’internationaux. Et c’est là où d’original, le projet devient intéressant, voire même salvateur, car il y a bel et bien une telle scène dans l’Hexagone, avec des bands expérimentés et un public fidèle, mais qui n’ont rien ou presque pour s’exprimer, si ce n’est au hasard de quelques programmations informelles qui ont le méritent d’exister, certes, mais sans aucune cohérence musicale. D’où l’attractivité plus que séduisante d’une telle initiative.
Amener – il était temps – du lien à ce courant musical, faire jouer ces groupes sur les mêmes scènes, l’idée est ambitieuse mais remarquablement attrayante. La scène alterno des années 80/90 avait relevé et réussi ce défi, du moins avant de se faire massacrer par les major productions, républiques bananières du monde musical qui contrôlent, régentent, bref caporalisent plus de 85% du marché. Depuis, il faut bien le dire, il ne se passe plus grand-chose d’intéressant dans le landerneau musical français. Limite, on s’ennuie…
WHITE VERANDA aura besoin de pugnacité, de fonds, de lieux, de publicité. De la pugnacité, ils en ont à revendre. De fonds, parce que l’association rétribuera tous les artistes invités. De lieux de scène correctes, parce que ces artistes et leur public le méritent. De publicité enfin, car s’il y a une initiative qui doit être défendue et soutenue, c’est bien celle-là.
Plusieurs groupes on déjà répondu à l’appel de WHITE VERANDA, dont les survoltés bretons du Craftmen Club, les bordelais d’Arcahuetas, les parisiens de Parlor Snakes, Scarlet Queens, The Crow & The Deadly Nightshade (évidemment), les lillois de Blindhorses ou d’Alasev, mais aussi Cosmic Charlie, Reza, Bogger Red (Newcastle), O’Death (New York) et jusqu’à la puissante scène de Denver elle-même avec Munly & the Lee Lewis Harlots et surtout le fameux Slim Cessna Autoclub. Preuve, s’il en fallait une, qu’il y avait bien un manque à combler quelque part…
Un manque à combler également dans ma glotte d’ailleurs, maintenant qu’on en parle.
Je m’apprête à aller me récupérer une petite bière (enfin, plutôt une grande) quand, Fatalitas, ma pote Lara ne se sent pas très bien. Assoiffé mais inquiet avant tout, je préfère abandonner la bière pour l’accompagner jusqu’à un taxi proche.
Fin de la soirée.
Dans le métro qui me ramène chez moi, je fais le bilan de la soirée, toujours autant assoiffé mais soulagé, pour quatre raisons :
Un, Lara va mieux. Elle est chez elle, d’après le texto qu’elle vient de m’envoyer. Très bien.
Deux, je me rappelle subitement qu’il y a une bouteille de vin à peine entamée chez moi (Alléluia).
Trois, j’ai trouvé le corps et le titre de ma chronique : « White veranda : from Denver to Paris”.
“White Veranda : from Denver to Paris”. Ca sonne bien, je trouve. Ne pas oublier de joindre les coordonnées de l’association, maintenant. C’est important (si, si, c’est important).
WHITE VERANDA
whiteverandaassociation@gmail.com
Pierre SOUQ (Président) : souq.pierre@yahoo.fr
Voilà, c’est fait.
Ah oui, j’oubliais.
Quatre : écrabouiller la chronique de Jérôme Hurdy-Gurdy, chanteur au talent inversement proportionnel à la taille de son ego pharaonique et chroniqueur prétentieux, grotesque, exaspérant pour Arkronik (les pauvres), décrédibilisant par son incompétence toute la profession, à l’exception notable d’une de ses phrases : « Moi, j’chronique pas… »
Oui, en effet Jérôme, tu as raison. Tu ne chroniques pas. C’est le moins que l’on puisse dire…
NASH
3 commentaires
Merci, mais il n’est pas de moi… il est de vous…
Je pense à un truc rigolo, là. Une fois tous les correctifs apportés (ils viennent d’être envoyés sur ton e-mail), on devrait envoyer la chronique à Arkronik et plus spécifiquement à Jérôme Hurdy Gurdy… Le bonhomme à u un droit de réponse. Ca serait plutôt marrant, je trouve. Qu’est ce que tu en penses ?




PLAY BLESSURES
Intéressant, cet article, LJJ…