Paris, le 16 février 2008. Je retrouve Fiston et son Nikon à minuit devant l’espace Pierre Cardin, métro Concorde. On connaît la salle, on y avait vécu l’enterrement de nos dernières illusions sur l’avenir d’Ed Banger lors du 4e anniversaire du label, en même temps qu’on y découvrait que personne n’organise de boums aussi chaleureuses que celles des Fluokids, invités alors à animer un bout de couloir en sous-sol avec leurs amis.
Aujourd’hui on ne sait pas très bien ce qu’on célèbre au juste, la seconde jeunesse du magazine Trax après un salutaire changement d’équipe qui avait pourtant soulevé bien des craintes, ou bien l’amour de la techno de Cologne en communion avec ses deux plus illustres représentants réunis en une dream team de super héros à faire pâlir n’importe quel avatar Marvel. Mais c’est en tout cas à la meilleure soirée We Love Art depuis des lustres qu’on va assister.
Une fois la porte passée, bref tour des lieux. Le public est globalement plus âgé que pour les We Love habituelles, on ne s’en plaindra pas, et pas mal de gens ont suivi à la lettre le thème de la soirée en venant déguisés en super-héros. Du plus volontairement ridicule au plus élaboré, permettant aux serveurs et organisateurs de se sentir moins seuls.
Il y a quelque chose de touchant dans cette exhibition de cellulite et de ventres à bière en collants rouges et bleus. La nuit rend beau, définitivement.
Le dancefloor est relativement calme, il n’y a encore pas beaucoup plus de son que dans les écouteurs de mon Ipod, on localise l’espace fumeur en extérieur et sa mini-clôture facilement enjambable qui fera le bonheur de tous les crevards de Paris ce soir-là, puis on monte à l’étage, histoire de voir la gueule de «l’espace bar». Et ça a de la gueule. Immense. On comprend d’emblée qu’on va passer pas mal de temps ici, d’autant que les frileux du public l’ont transformé en fumoir. Pratique.
On salue comme il se doit le fluokid (et journaliste à Trax) Redhotcar et le jeune espoir de l’electronica française Mondkopf, puis on va chercher notre premier verre de la soirée. Puis le deuxième. Au jeu de la course de serveurs, Superman explose X-OR avec une bien jolie performance. Moins de 10 minutes pour se faire servir. Manquait que le sourire.
On serait ensuite bien resté contempler l’effet de la lumière noire intermittente sur notre verre de vodka-tonic, mais Timid Boy, le rédac-chef adjoint de Trax, se rappelle à notre bon souvenir et nous rappelle pourquoi on est là en enchaînant bombe minimale sur bombe minimale.
Superpitcher et Michael Mayer jouent depuis une demi-heure et se décident à passer le Play The Game de Kenny Hawkes, mini-classique qui a fait bouger bien des culs dans les boites de camping lors de l’été 2002, et qui vieillit décidemment très bien malgré la voix insupportable de Louise Carver. La texture de synthés si délicieusement particulière sans doute.
Nos super héros préférés ont décidé de profiter de la large plage horaire qui leur est accordée en s’aventurant au delà du tout venant minimal. Dans un large spectre allant de Justus Köhncke à Alter Ego, sans s’interdire de surprendre, et pourquoi pas de jouer une version instrumentale du fameux tube french touch You Are My High de Demon. Le genre de sets qui renforce notre incompréhension face à la tendance des promoteurs en général à empiler les noms sur leurs flyers, ne laissant qu’une heure de set à leurs invités.
L’ambiance sur le dancefloor est excellente, elle aurait été encore meilleure sans cette cohorte de blaireaux qui bousculent sans ménagement et sollicitent indûment. Une jeune fille croisée lors d’une pause clope mettra ça sur le compte de la cocaïne («Tu en parleras dans ton article, hein, du comportement des gens ?»). Fait. Tu me dois un verre. En tous les cas c’est pénible. Non, connard, je n’ai pas de drogues et tu penses bien que si j’en avais j’aurais tout gardé pour moi. Non, connard numéro 2, cette charmante jeune fille qui m’accompagne ne parle pas anglais, ni espagnol, et je crois qu’il y a quelqu’un qui t’appelle là-bas, à l’autre bout de la salle.
Un repli stratégique dans l’espace bar transformé en dancefloor pour agoraphobes plus tard, c’est l’alarme incendie qui nous dérange. La fumée probablement. Ou le dancefloor qui a littéralement pris feu lorsqu’après un break avec le Sexual Sportswear de Sébastien Tellier, les Supermayer passent leur Two Of Us, bombe hypnotique (et seul morceau à surnager de leur plutôt médiocre album commun).
Courte pause sans son, ce sont les sirènes de police du Revolution 909 des Daft Punk qui chassent l’alarme incendie, et la soirée repart de plus belle. La salle s’est vidée et l’atmosphère devient nettement plus respirable pour une fin de set mémorable en mode étoiles dans les yeux, qui s’achève sur le Sunday Morning du Velvet.
Le mot de la fin à cette inconnue extasiée qui applaudit les 2 bras autour de mon cou : « C’était bien, hein ? et ben nan : c’était parfait».
Reste à me rappeler comment cette perruque bleue a atterri sur ma tête…
Texte: Pek.
Photos: Fiston




ETRE DIEU
Quel style mes aïeux…
C’est à vous donner envie de renoncer aux parties en tête à tête avec soi-même!