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17 juin 2026

Les Dust Lovers, en vert (et contre rien)

(C) Emmanuel Mazy

Après six années d’absence, les ex Parisiens reviennent avec Green Screens. Nouvel album, nouvelles formes. Plus engagé, le disque confirme qu’au-delà de son rock supersonique, le groupe n’est jamais meilleur que lorsqu’il est en mutation perpétuelle.

En vert ne veut pas dire que les Nantais ont viré stéphanois, se sont fendus d’un trend nostalgique, ont scrolldoomé (ouais je sais qu’on dit l’inverse) les internets à la recherche de vieux maillots de foot de l’équipe de « Saint-É » période Dominique Rocheteau (qui ça ?) pour poser avec et faire genre « on est des gars rétro » ou « la coupe mulet ? Bien sûr. » Non.
Le vert, c’est la couleur donnée aux écrans d’incrustation utilisés sur les plateaux de tournages, de ceux qui permettent de shooter Spiderman le fion bien au chaud et de faire croire ensuite à nos yeux de spectateurs abrutis d’images que le gus est vraiment perché sur un bout de la flèche de l’Empire State Building. Le seul attribut footballistique qu’on pourrait à la limite coller sur le groupe, serait de constater qu’à force de s’amuser à dribbler les genres, ils réussissent plutôt bien leurs petits ponts.

Hello, my name is…

Dans le papier qu’on leur avait consacré en 2021, on louait le fait que les Dust Lovers sont des anguilles : jamais là où les attends. L’aventure, démarrée en 2012, mélangeait avec bonheur influences cinématographiques évidentes et rock’n roll sombre. Me and the Devil, leur premier album assumait totalement ses artifices, créant au passage le genre du stoner spaghetti. Film Noir, l’opus suivant, sonnait comme la BO d’un film perdu, intemporel. Mais déjà le groupe cherchait à prendre le large : de la country au bluegrass en passant par le punk, les Dust Lovers aiment le rock mais pas celui écrit sur l’étiquette de présentation à la con collé sur leur marcel. En 2020, ils sortent Fangs. Si la pandémie tue l’album dans l’œuf et que les occasions que le groupe a eu de défendre ce nouveau bébé se compte sur les doigts de pieds du nourrisson (comme beaucoup d’autres), l’album est celui de la transformation. Loin du bayou des débuts, leur rock croonerisant mariait son dandy transgenre, qu’il soit vampire ou loup-garou, à l’électronique de claviers bienvenus.

Le groupe depuis leur Bandcamp :

« Habitué à écrire des chansons sur des mondes imaginaires, en puisant notre inspiration dans le cinéma, la science-fiction, la littérature fantastique ou l’ésotérisme, nous avons eu le sentiment ces dernières années, que le monde réel avait dépassé la science-fiction, glissant peu à peu vers une dystopie effrayante. »

C’est l’aspect qu’on retiendra le plus de Green Screens, sorti chez Le Cèpe Records : le fameux écran, peu importe sa couleur, sert autant à projeter la foi profonde du groupe en l’âme enivrée du rock’n roll que la capacité du genre à lever le poing pour contester.

Confortés dans la grandiloquence d’univers cinématographiques forts, d’atmosphères immédiatement identifiables, les Dust Lovers quittent l’étroitesse de leur petit théâtre bricolé et truffe au vent, trainent désormais en bas des tours des tordus de ce monde. Témoin la pochette, exact contre-champ de The Car, le dernier Arctic Monkeys en date, à ceci près que les Dust Lovers n’ont pas cédé à l’esprit minet de bar à tapas de Cavalaire-sur-Mer dans lequel se noie désormais le groupe d’Alex Turner. Ce nouvel album est « né de l’angoisse de vivre dans un monde numérique. À l’ère de la post vérité et de la manipulation par les images qui nous fait questionner la réalité elle-même. On a essayé de dépeindre le cynisme total et l’abandon d’espoir que l’on peut ressentir en cette période. »

Gold Medals est une charge contre le masculinisme en puissance et Yes Life s’amuse en noir de l’injonction au bonheur factice voulue par nos sociétés consuméristes. Est-ce que pour autant Green Screen(s) rime avec déprime(s) ? Trouble, My Body Be Cold, Leave Me Alone ou The Next Wave, rappellent à la formule rouleau-compressoro-romantico-noir qui pilotait Fangs et l’humour n’est jamais très loin. La cerise sur le coucou vient surtout des nouveaux chemins empruntés, voulus entre « post-punk et new-wave » : la chanson titre retombe dans la chimie synthétique du Prince Harry période 2015 (puisqu’en 2017, ils n’étaient déjà plus les mêmes), No Sleep Til I Die donne envie de sortir son chien un lendemain d’incendie en bas de son immeuble et l’énergie embarrassée de Dancing in slow motion invite à venir se trémousser dans le noir d’un dancefloor qui suinte. Nouvel album, nouveau souffle, plusieurs questions : ou ce vent nouveau va-t-il entrainer notre équipe de rageux ? Attendrons-nous six années avant de voir se concrétiser un autre opus ? Et surtout: quelle sera sa couleur ? L’écran désormais en place, chacun projettera ce qui lui plait à sa surface.

https://texaschainsawdustlovers.bandcamp.com/album/green-screens

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