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UN HEROS DE NOTRE TEMPS La bonne blague

Mais non, vous n’avez rien compris : les jeunes cons, les vieux cons, le passé, le présent, tout ça… Il n’a jamais été question de cela ! Tous (...) suite

Mais non, vous n’avez rien compris : les jeunes cons, les vieux cons, le passé, le présent, tout ça… Il n’a jamais été question de cela !

Tous ces verbiages (jolis, stylisés, parfois avec du fond) qui traînent dans le coin, récemment, ça éveille en moi l’écho de nombreuses conversations sans fin.

Du genre éthylisées, les conversations, quand on en arrive au point où il semble terriblement vital de partager son avis passionné sur, au choix, les films d’horreur belges, la cravate du prof de sociologie, l’amour ou le sens de la vie. Bref, vient toujours le moment où deux types s’engueulent à propos de la date exacte à laquelle a été enregistré le titre de Bowie qui passe (inaudible, d’ailleurs, parce que le mp3 est de mauvaise qualité) et, comme le voudrait la loi Godwin de ce genre de conversation – si elle existait – ça finit toujours avec un des types qui trouve que c’était mieux avant, plus authentique, plus vrai, plus charnel, plus réel, tu vois.
Et l’autre qui préfère vivre l’instant présent à fond, genre l’hédonisme est ma valeur centrale, mec, et tous les gens dont tu me parles sont vieux et ridés. De toute façon, tous les deux tomberont finalement d’accord : ils trouveront que la grande blonde qui s’en va avait décidément un chouette cul, et qu’il est sérieusement temps d’aller chercher une autre bière dans le frigo (vide).

UN HEROS DE NOTRE TEMPS Mais non, vous n’avez rien compris, je recommence : le truc qui nous donne vraiment du fil à retorde en 2008, c’est le premier degré. Le problème (si du moins on accepte qu’il y ait un problème, ce qui reste à prouver scientifiquement) des gens d’aujourd’hui avec la musique, et, voyons grand, la culture et l’art d’aujourd’hui, ce n’est pas du tout une question de passéisme mortifère versus épicurisme écervelé. Le problème, c’est que la modernité, le modernisme, la modernisation, nous interdisent le premier degré, la simplicité, les enthousiasmes primitifs.

Les types qui ont inventé, au hasard, la sémiologie, le pop-art, la déconstruction, les cultural studies et les contre cultural studies, la théorie critique, la psychologie, l’art contemporain… Est-ce qu’ils s’imaginaient une seule seconde que toutes ces bêtises allaient inexorablement condamner les générations suivantes à n’avoir plus le droit au premier degré le plus plat ? A être incapables, ou plutôt dans la pure et simple impossibilité de s’émouvoir, s’éprendre, se passionner, s’intéresser sans arrière-pensée, sans interprétation, sans intertextualité ?

Voyez plutôt : prenons un potentiel héros de notre temps, genre Pete Doherty, avec son arsenal bohème, sa poésie incompréhensible, ses frasques sulfureuses et son chapeau melon tout défoncé. C’est probablement ce qui se rapproche le plus de l’archétypal idole des jeunes en mal de romantisme rock’n roll. Et pourtant… qui oserait l’aduler tout simplement ? Même les vrais jeunes (j’en suis, j’ai la carte) dissèquent sans pitié ses références musicales et littéraires plus ou moins bidons (pour les plus indulgents), ou trouvent qu’au fond, quand on laisse de côté la mythologie en toc et le plaisir de faire semblant d’y croire, ce type est quand même un sacré guignol. Un tocard, qui le sait et qui en joue.

Ça n’empêchera personne de garder un peu de tendresse pour le gars, d’écouter ses disques, d’avoir carrément frémi et senti quelque chose se nouer dans l’estomac à l’idée des Libertines. Mais l’admiration, si elle existe, sera toujours comme entachée d’un soupçon de scepticisme, voire de condescendance.

Plus qu’une simple méfiance dans l’œil du public, on a parfois l’impression que toutes ces idoles générationnelles en puissance refusent elles-mêmes qu’on y croie trop. Genre : je fais de la musique, c’est super, mais bon, ne prenez pas ça trop à cœur, hein, les gars. Moi ce que j’aime bien, finalement, c’est surtout aller boire un café au Starbucks du coin (les Strokes ?). Ou : de toute façon, la musique et tout ce cirque, là, c’est pas important, c’est juste une excuse pour prendre des drogues (Klaxons ? MGMT ?). Et ne parlons même pas des machins déjà tellement englués dans les clins d’oeil et les plaisanteries intello (Franz Ferdinand ?) que personne n’a jamais envisagé de les prendre au sérieux (au sens le plus premier du mot «sérieux»).

Même les aspects les plus terre-à-terre du folklore autour des icônes sont détournés : aujourd’hui, les groupies de 15 ans ne poireautent plus vraiment devant l’entrée des backstages, pas plus qu’elles ne restent à rêvasser humidement dans leur chambre face à l’élu de leurs pensées épinglé au mur. Elles passent plutôt des heures devant leur écran d’ordinateur, à écrire ou lire des fanfictions slash mettant leurs héros en scène, sous toutes les coutures et dans toutes les situations imaginables. Dans le genre démythification par l’érotique et l’absurde, on fait difficilement mieux : après avoir lu deux ou trois histoires labellisées porn without plot, essayez d’aller voir un concert de Carl Barat sans glousser d’un air entendu.

Jacques D.Résultat : une génération malade, en manque de rock-stars totales capables de susciter l’adhésion totale, question de vie ou de mort. Les uns s’excusent d’être là, les autres théorisent à tout va : voyez comme je suis malin, comme j’ai bien tout compris, comme je détourne les codes. L’impossibilité d’y croire, ici et maintenant, à fond ?

Pas que cette situation soit particulièrement à déplorer. Des gens (plus ou moins) intelligents et cultivés parlent à d’autres gens (plus ou moins) intelligents et cultivés, sur un registre purement intelligent et cultivé. Génial. Mille niveaux de lecture, en plein dans les dents. Cela laisse simplement peu de place à la naïveté, au dénotatif, au sens premier – ingrédients nécessaires à la foi, la ferveur ?

Alors ne nous étonnons pas que beaucoup aillent se réfugier dans l’ailleurs. Partout sauf ici et maintenant, pour évacuer toutes ces questions un peu pénibles de foi et de ferveur. Aimer les histoires de cowboys, les starlettes des années 50, les dinosaures de l’historiographie rock’n roll, c’est si facile. Aucun enjeu propre, aucun combat. Personne n’est impliqué personnellement, il n’y aura pas de casse, aucun mal ne vous serait fait. Restent, en guise d’excitation ultime, le référentiel allègre, les clins d’œil à répétition, les mises en abîme à tiroirs, l’infini second degré. Tout comme il nous est impossible de danser sans imiter quelqu’un qui danse, de flirter sans y inclure des tonnes de sous-texte ingénieux, on se regarde se regardant faire semblant d’y croire. Et on en rit, parce qu’il n’y a probablement que ça à faire, n’est-ce pas ?

Il faut toutefois rester pragmatique. Ce fardeau de la post-post-modernité dépressive, d’une conscience de soi et de son époque trop aiguë, ne concerne finalement qu’une part infime de la population – ceux qui, lors de conversations éthylisées, ressentent le besoin vital et irrépressible de partager leur réflexions sur, au choix, les films d’horreur belges, la cravate du prof de sociologie, l’amour ou le sens de la vie.

Les autres ne s’y intéressent pas. Et s’amusent sans arrière-pensée.

6 commentaires

Elea, merci pour cet article, et cette photo (qui fait du bien au 36ème degré) d’un petit chaperon bleu et d’un grand méchant ouf sur leur engin chromé …

Commentaire par Monsieur Aa, le Lundi 3 novembre 2008 à 15:40

pas envi d’aller au fond des choses mais juste tu sais il y a des gens qui aime pete D au premmier degrés et qui aiment des groupes et de choses qui datte d’après 2000 au premmier degrés et sans empéché qu’ils soit cultivés. si si jte jure.Et ce que tu dit a propros d’mgmt est faux ils sont au premmier degrés, ils prennent ce qu’il font au sérieux, ce qui n’empêche pas l’humour mais je ne sais pas ou tu a vu qu’ils afirmaient quelque par que en faite ctai pour la drogue mais bon; de toute façon ce dont tu parlait se n’est pas la modernité, la modernité c’est ce qui est tourner vers le bien et l’avenir, hors le second degrés n’est pas quelque chose de tourné vers l’avenir pas quelque chose de positif tu parle justement des déconstructeurs de cette modernité sauf qu’il serait peut être tps de passé à autre chose. juste tout sa pour dire que j’ai aimé ton article mais que se n’est pas parce que toi et les gens que tu fréquente sont des imbéciles ironiques qu’il faut génèralier, surtout que tu vient d’écrire sur Le site ou l’éxitation et l’émulation spontané au premie degré pour tout ce qui date d’aprè 2000 est proscrite, enfin c’est mon sentiments par la je veux dire que ta constatation n’est vrai que pour certaines personnes cultivés mais stupides. et puis merde vous m’emerder avec vos génèralité à la con genre après cette jeunesse n’attant rien bla bla bla on a le cette jeunesse est incapable de premmier degrés arrêté de croire que vous parlez de la jeunesse alors qu’en faite vous parlez de trentenaires ironiques qui si délectent des théories post moderne parce que faire autrement sa démanderai un effort intellectuel un peu tro dur pour eux.

Commentaire par tonks, le Lundi 3 novembre 2008 à 16:52

C’était mieux en 40, moi j’vous l’dis ! Y’avait des vrais héros de ce temps là !

Commentaire par Tum0r, le Lundi 3 novembre 2008 à 16:58

(Honky) Tonks, tu es la preuve qu’il ne faut désespérer de rien ! En 2008, il n’ y a pas que le premier degré à avoir du plomb dans l’aile : visiblement, la syntaxe et l’orthographe aussi !!

Un trentenaire ironique pour qui te lire a demandé “un effort intellectuel (presque) un peu trop dur” pour lui …

Commentaire par Monsieur Aa, le Lundi 3 novembre 2008 à 20:03

En tout cas je suis super-contente d’avoir passé du temps à écrire ce truc, en particulier le dernier paragraphe, pour que tout le monde le lise super-attentivement (surtout le dernier paragraphe), et comprenne vraiment le fond de ma pensée avec, genre, beaucoup de subtilité :)

Commentaire par Elea Von Picnic, le Lundi 3 novembre 2008 à 0:02

Ah merde, cet article est génial, et très lucide, je trouve (surtout le dernier paragraphe, lisez-le !). Bref, j’aime beaucoup. Encore, encore !! Au fait, vous trouvez pas que la cravate du prof de socio était affreuse aujourd’hui ?

Commentaire par Tom Select, le Lundi 3 novembre 2008 à 11:56

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