Format pop 60’s, chansons incisives et personnalités bien trempées… Il ne m’en fallait pas plus pour tenter la rencontre de TV Guests, un duo de Paris qui crée au quotidien une musique française de grand cru. Quelque chose entre la pop et la variété, lorsque cette étiquette n’était pas un genre putassier censé entourlouper le consommateur avec un gros fluo et des djs supermarket. Evolution de la musique digitale, amour des mélodies, lassitude des groupes à bisous, tout y passe.. Le duo de TV Guests répond en chœur (un minimum) à mes questions. Rencontre au Baiser Salé.
JB : Marrant de se retrouver ici, au Baiser Salé, c’est là que nous avons donné notre premier concert..
Oui mais le barman est dégueulasse, à chaque fois j’attends trois plombes avant d’être servi… Bon, vous et le rock ? Quel rapport avez-vous avec votre musique ? Comment la voyez-vous grandir, évoluer ?
JB : C’est une question qu’on se pose tous les jours. Dans la mesure où on travaille à coté pour vivre..
JM : On ne peut pas en vivre, c’est pas une décision de travailler, c’est une nécessité.
JB : Après l’album est sorti en autoprod’, diffusé dans 4/5 boutiques branchés sur Paris, je sais pas on a du en vendre 15 à tout casser.. Mais on est totalement alternatif, on a signé avec un distributeur ( Reshape-music ) sur le net, en distribution physique et numérique.
JM : C’est un nouveau mode de distribution.
JB : Et puis il y a des signatures pas dégueus comme Benjamin Fincher, qui est un groupe bourré de talent. Ou même Chapter 9 qui a un putain de single déjà radiodiffusable. Si tu regardes tous les groupes comme Cocoon ou Hey Hey my my, personne n’a encore LE single…
Vous faites presque partie d’une génération qui vivra peut-être la distribution digitale à grande échelle… Ca vous fait peur ?
JB : Disons qu’on est de la génération myspace, limite en même temps que ses débuts en fait.. C’était il y a environ 3 ans. Et du coup tous les groupes sont vraiment plus visibles, médiatisés, trouvent des scènes, tout le monde est plus connu mais les signatures ne suivent pas. Le marché n’a pas vraiment bougé pour autant. Nous, après on fait de la pop, on a envie d’être connu , soyons honnête.
JM : Et on arrive à la limite de ce qu’on peut faire en indépendant..
En même temps j’ai vu de bonnes revues de presse sur vous…
JM : Et c’est là où on est contents. on ne fait pas notre pute, les bisous, les requests, c’est pas notre truc. Et cela ne nous empêche pas d’avoir de bons retours sur notre musique.
JB : Ce qui est assez rigolo c’est que TV Guests, c’est le concept Warholien poussé à l’extrême. En toute modestie bien sur, on s’est dit qu’après le quart d’heure de succès, tout le monde pouvait maintenant être connu. C’est la suite des Soup Campbell, Jackie Kennedy ou Mao… Après, à titre personnel, j’aime beaucoup les Television Personalities. Le coté TV nous fait rire dans l’absolu.
Et puis il y a ce clip, sur Kitchen Floor..
JB : Ca c’est l’idée de So many Pictures, qui a réalisé le clip. Nous notre truc c’est la musique. Ca tombe bien il a choisi le titre qui passe sur Radio Nova ! (Rires) La chanson Kitchen Floor est venue d’un processus d’écriture très scolaire qu’on développe de la même manière à chaque fois : chacun compose telle ou telle chanson et à chaque fois l’autre devient le producteur de la chanson.
JM : C’est assez ambiance 60’s, chacun arrive avec ses chansons, bon après il peut y avoir des clashs ! Tout peut partir de n’importe quel instrument. En l’occurrence sur Kitchen Floor c’est parti d’un piano. Il faut dire que nous possédons un amour pour la mélodie. C’est la mélodie qui prime, quoi qu’il arrive.
JB : Le seul truc pas encore markété dans la musique, c’est la mélodie en fait.. Alors on en profite ! On tente de partir dans tous les sens, sans barrière.
Et justement lorsqu’on parle de pop, on pense mélodie, Bacharach, les Brill Buildings.. Tout un univers passé.. Comment réinventer la mélodie, la pop en 2007 ?
JM : Personnellement je suis fan de Blur, qui est pour moi un modèle. Ca c’est de la vraie bonne pop, chaque album est nouveau. Il y a un son Blur, qui leur appartient. Nous essayons de faire la même chose.
Le coté artisanal dans lequel vous êtes en ce moment n’est-il pas le meilleur moment pour vous ? Se faire chier pendant 15h sur un truc qui vous en aurait pris 3 avec le bon matos…
JB : Oui et non. Certaines fois on aimerait bien partir dans un trip orchestre avec violons, etc… Mon groupe préféré de tous les temps reste le Velvet, avec ses expérimentations.. Et là on peut pas. Un peu frustrant.
JM : J’ai l’impression que lorsque les labels ont du pognon ils bossent mal mais lorsqu’ils en ont pas ils se déchirent pour les groupes…
JB : Oui mais voila ! On en revient encore à la célébrité, au concept des TV Guests… Lorsque tu parles avec les groupes aujourd’hui, ils ne te parlent pas de ventes ou d’albums, ils te parlent de musiques de pubs ! Combien de fois j’ai entendu « c’est bon les mecs, vous avec Kitchen floor et Punk rock star vous avez deux singles, ca sent la musique de pubs »… C’est dingue !
C’est le syndrome The film avec Can you Touch me quoi… C’est quoi la suite dans les prochains mois ?
JB : Déjà un EP de Remix, avec des artistes qui reprennent nos titres. Déjà l’excellent groupe Neonbirds qui reprend I’m gonna loose you tonight. Puis il y a également l’artiste I am Pooh, l’un des groupes favoris d’Ultra Orange.. Le type est un mélange entre Beta Band et Sparklehorse.. Un talent monstrueux.
JM : Mais l’EP sortira uniquement en digital, limite en accès gratuit avec téléchargement de toutes les chansons.
JB : Et puis notre clavier fera surement un remix funky disco de Kitchen floor. C’est assez hétéroclite !
Face à pas mal de groupes parisiens, je ne vous sens pas intra-muros, pas dans le trip «tiens regarde comme elle est grosse ma mélodie », c’est une volonté affirmée ou un hasard ?
JM : Disons qu’on s’en est rendu compte un jour en allant au Shebeen (le bar hype de Paris où une partie des groupes parisiens s’autobranlent en collectivité, NDLR). Là on s’est vraiment senti en décalage avec toute cette scène, Popklub Arsenal, etc…
JB : Mais il faut avouer qu’il y a un renouveau avec cette scène, je peux enfin sortir et voir des concerts agréables sans que cela soit des potes. Ca c’est nouveau et ca fait du bien. Par exemple on est fans de Fancy tu vois, c’est ultra glam ! Et puis regarde la scène anglaise, elle est totalement dévastée ! C’est devenu totalement has-been ! D’abord ils se sont pris une taule par les américains, Wilco, Flaming Lips, puis maintenant les français qui les remettent à l’heure.. Là les anglais en sont à réinventer les Happy Mondays, oui, ben… c’est bon merci !
JM : Personnellement ma dernière claque reste Anthony & the Johnsons… Un sacrée branlée sonore et un artiste incroyable. On a repris You are my sister sur scène par exemple… Enfin bon en France y a un groupe qu’on aime pas vraiment et ..
JB : Arrêtes on en parle pas !
De qui vous parlez la ? Dites moi !
JB : On s’est déjà fait baiser en interview, on en parle pas..
JM : De toute façon ils nous détestent….Du Rock studioline hyper poseur. Sur leur myspace, c’est plein de bisous… Je t’ai déjà donné plein d’indices…
Peu importe le nom finalement, c’est le bonheur et les fringues colorées, dégré zéro de subversivité quoi…
JB : Et c’est surtout la nouvelle donne des groupes, tu te ballades sur CQFD, myspace ou Virb, t’as des bisous partout c’est horrible ! (Rires)
EP Okay Today à écouter (voire plus si affinités) sur http://www.myspace.com/tvguests
5 commentaires
Cher Lolo,
Je suis tout à fait d’accord avec vous.
Aucune objection.




ETRE DIEU
moi je crois que sans violence, musicale j’entends, tout ce limon dégeulasse qui salit nos parisiens de pubs dont vous parlez seront toujours considérés comme “nouvelle scène”. baby rocker ou pas, myspace ou msn, de toute façon le changement n’est pas arrivé, mec. Et amener le changement, nécessaire, avec le rock ou la pop comme vous essayez de le faire c’est se mesurer à très gros, n’oublions pas, pour paraphraser un chanteur bien allumé, “rock’n roll is dead”. Il faut donc choquer, violer insulter grâce a des mélodies et des sons qui pourraient par exemple être un medley d’ “I want you’ de “heroin” et pourquoi pas de NTM. Tu vois le genre? un truc dont tu remet pas, qui n’a pas forcément d’étiquette (punk, rock, pop…) mais qui a les bonnes influences et surtout un autre objectif que de se retrouver dans une pub comme tu dis si bien.
“Don’t give up the fight”.