Y avait un chat, un chien et une femme qui attendait au milieu d’un escalier avec un grand sac blanc. Elle y farfouillait toutes les deux minutes afin de se donner une constance ou d’aider le temps à passer. Y avait aussi monsieur M. sur un banc vers 2H00 du mat’, mais soudain le désespoir et la pleine lune.
Le mec arrive en titubant, ses premiers gestes seront pour ramasser un des deux tabourets qu’il essaye de squatter. A coté, un vieux bô se la joue efféminé et prévient le serveur pour le mec et les tabourets, «t’inquiète» il lui répond. Au fond y a des mafiosis qui tirent les ficelles de c’que tu ne verras jamais autrement que dans un mouvie. Le mec attend depuis quelques minutes quand le barman lui confirme qu’il ne le servira pas. Il demande pourquoi, le serveur le raccompagne.
Seulement, le mec s’arrête en terrasse pour gratter une clope, le serveur le prévient de s’éloigner, il n’en fait rien et reste accro à un plot. Il attend un peu et retourne leur demander du feu. Le barman, plutôt costaud, sort et lui confirme son départ. Le mec fait deux mètres avant de retrouver un nouveau plot. Il savoure sa clope tandis que tout redevient comme avant. Les alcolos du bar poursuivent la descente, le barman fabrique ses cafés et en terrasse on rigole d’un chien tout blanc avec juste une oreille noir.
Sans crier gare, le mec revient, il doit estimer que la clope l’a requinqué ou il n’a pas aimé le coté gros bras du barman et puis il fait soif. Seulement le barman dit au serveur, «t’inquiète, j’m'en occupe». Effectivement, il le prend par les épaules et l’amène manu militari sur le trottoir. Aussitôt, tous les mecs du bar foncent dehors, histoire de voir et d’éventuellement participer mais surtout d’arrêter de s’emmerder. Le mec essaye de le fritter mais vu son état et la taille du serveur, il se retrouve sur le bitume en moins de deux. Cependant le barman ne l’a pas frappé, il l’a juste immobilisé avec une clef de bras et un genou sur les reins.
Le mec reste face au bitume le temps que le serveur appelle les flics. En attendant, les mafiosis sourient et une voix au comptoir s’élève contre cette immobilisation. Elle la trouve trop longue et raille tous ses mecs qui font valoir leurs puissances alors que le gars est déjà couché et qu’il était seul. Le serveur revient pour prévenir le barman que les flics ne viendront jamais. Le barman lâche et rentre derrière son comptoir un peu tremblant. Le mec part souriant et presque rabiboché avec lui même, il marche droit.
Au bar, la polémique enfle. La voix prétend que l’immobiliser ainsi face contre terre pendant cinq minutes est plus humiliant qu’un bon poing dans la gueule, surtout que vu l’état du mec, une poussette suffisait pour qu’il tombe. Le serveur lui dit de la fermer, un client vante au contraire cette passivité, il s’est déjà fait frapper par cinq gars et ne semble pas avoir apprécié. Pendant ce temps, les personnes en terrasse s’apprêtent à partir, le barman va à leur rencontre et embrasse sur la bouche une des deux filles, celle qui traîne une valise et ne sait plus où il habite, celle à qui le mec avait taxé une clope, celle pour qui … ?
Quelqu’un susurre «j’aime la vie», un autre crie : « donnez-moi mon rouge à lèvres».
A ce qu’il parait, elle le rend toujours.




ETRE DIEU