Je ne me rappelle plus très bien quand ma journée a commencé. Tout au plus à un moment, je suis sûr de m’être retrouvé à la Villette pendant un festival de musique. Mais, à l’origine, je voulais juste aller chez ma mère.
Seulement, sur mon vélib, Avenue Georges V, en bon chemin, j’ai vu une troupe qui manifestait sous les drapeaux CNT, Solidaires, CGT. Devant Vuitton, en face du Fouquet’s. Ca a été plus fort que moi, j’ai rallié la petite manifestation non déclarée, une centaine de personnes dont on ne parlera pas dans la presse. Le slogan était: ’sans papiers, salariés, patrons, même combat’. Au moins ce n’est pas l’éternel “police partout, justice nulle part”. Là je me suis mis à poser des questions, je demandais pourquoi ils étaient dans la rue, où ils allaient comme ça, qui étaient leurs leaders.
Contestation #1On m’a expliqué que c’était pour les travailleurs sans papiers de la restauration. Un rassemblement avait été organisé par la rue des Vignoles, dans le but de témoigner de la solidarité des alternatifs Parisiens aux Maliens, qui bossent d’habitude dans les cuisines et qui en sortent en ce moment pour occuper leur lieu de travail. Il paraît que dans les boîtes de nuit, les salles de concerts, les salles d’attente de studios de casting, une solidarité se crée. Je m’en suis pas toujours rendu compte.
Alors que là, en plein après-midi, complètement libre et sans rien à faire de ma journée, j’ai eu un petit soupir intérieur en voyant partir une jolie fille qui allait rejoindre ses amis partis se castagner avec des CRS à Montreuil. Ils l’appellent weed, j’ai toujours pas compris pourquoi. J’en ai aperçu une autre, grande, blonde, habillée en noir avec une fleur à la boutonnière, qui s’est tout de suite intéressée à ma conversation. En fait, on est tombé d’accord sur le fait qu’on était pas trop engagés dans la lutte par rapport aux autres. A ce moment là son mec a proposé qu’on aille boire des bières sur l’herbe à la Villette. J’ai proposé qu’on y aille à pieds en buvant de la bière. Le mec a hésité, la fille tergiversé, leur spotes se rappellaient les fins de manif à Denfert. Bref, finalement, on a opté pour le vélib.
Arrivés au canal, Simon, (leur ami) me prévient: “Sébastien (le mec de la grande blonde), aime une seule chose: traîner dans son lit le matin. De préférence à la campagne. De préférence avec personne.” Il s’explique: tant que quelque chose l’amuse, il est là, quand ça commence à l’ennuyer et qu’il y a des contraintes, ça ne l’intéresse plus. Ce type m’intéresse de plus en plus. Je ne parle pas de celui au discours crypto autoritaire de la ligue communiste révolutionnaire, je parle de Sébastien. Arrivés au canal, donc, il me prévient avant de partir: quand il donne rendez-vous, il a au mieux deux heures de retard. On s’était justement dit qu’on se retrouverait dans quelques temps, juste pour lui permettre de montrer à sa copine une boutique de fringues dans le quartier. C’est attentionné de la part d’un mec.
Donc, plus rien, la grande esplanade vide à la sortie du métro de la Villette, et moi qui commence à tourner en rond. Je laisse quand même un message sur le répondeur de mon nouveau compagnon. Pour lui rappeler qu’on avait parlé de l’éternité dans un parc ensoleillé avec un peu de bière. Je suis sûr que cette manière de présenter les choses lui ira droit au coeur. Et donc, je reprends mes pieds et je me ballade dans le parc de la Villette.
Là je m’aperçois qu’une fille marche à ma hauteur. Elle me demande si le concert c’est bien par là. Elle est brune, habillée tout en noir et a les cheveux longs et un peu de maquillage. Je lui réponds que oui, je crois, mais que je suis pas sûr, on ferait mieux de demander. En chemin, je lui demande comment elle s’appelle. Elle répond Mélanie. Je souris, je laisse passer quelques secondes. Et elle me demande mon prénom, je le lui donne en souriant, et puis on continue à marcher en silence. Son portable l’appelle, elle part retrouver ses amis, elle raconte qu’elle vient de rencontrer un mec super sympa, elle peut pas savoir à quel point j’aime regarder les filles.
chrome-hoofJ’avais pas pris de livre, j’étais bien ennuyé pour passer le temps. Alors du coup, je me suis mis à écouter la musique sur scène. En ce moment, Bester arrête pas de me dire qu’il serait temps que je m’y mette. Il sera content quand je lui raconterai. Alors le premier concert, j’ai pas trop compris, c’était du hard rock electro je dirais. J’ai demandé à quelqu’un quel genre de musique c’est, mais j’ai oublié. En gros, il y avait des instrumentistes dans des capes métalliques et une chanteuse avec une robe noire sur laquelle on distinguait clairement une étoile à cinq branches, genre sataniste ou US army. Ils s’appellent les Chrome hoof. Ils suent sur scène autant que moi à force de boire de la bière tiède. Ca me fait un peu penser aux mises en scène kitch de l’Eurovision. Je parle au niveau vêtements de scène. Sinon au niveau acoustique c’était pas mal, en plein air, quand on veut utiliser son portable, il suffit de s’éloigner un peu.
Et puis le concert s’est terminé, il y avait quasiment plus personne, à part des mecs qui boivent de la bière en parlant entre eux. Alors j’ai demandé à une fille en rouge qui distribuait des programmes où c’était la suite. Elle m’explique que c’est vingt euros à la grande halle. Je sais pas où c’est, elle me regarde avec des grands yeux exorbités comme si je débarquais d’une autre planète, mais, il faut dire, je dors pas assez en ce moment et ça me ferait pas de mal de manger un peu.
Donc pour la recherche de l’équilibre physiologique, je décide de remettre ça à un autre jour, et, après m’être fait expliquer où il fallait aller, j’y vais et je demande si il y a pas une attachée de presse dans le coin. On m’explique, pas que je sois particulièrement affable, mais les gens habillés en rouge sont très professionnels. Là je me pointe, je dis: ‘bonjour, je suis de Gonzaï, on aurait dû vous appeler avant, mais j’aimerais avoir une place pour le concert fermé de ce soir’. Là, je m’étonne qu’elle manque un peu de professionnalisme, parce qu’elle ne me jette pas tout de suite, et me dit qu’elle va en parler à bidule. Je dis bidule parce que musicalement j’aime bien les trucs comme Didier super, et que je ne me rappelle plus du prénom. En fait il s’agissait du directeur artistique du festival. Et là, poum, malentendu ultime de la journée, on me dit qu’on me filera les places tout à l’heure. J’en reviens pas, tout en me disant qu’après tout pourquoi pas, finalement j’ai fait tout ce chemin pour ça.
Je vous épargne les détails et on passe au concert. Ca s’appelle Melt banana, c’est japonais, et ils montent sur scène tous les sept ans et en gros j’ai ressenti tout ça en écoutant la musique :
D’abord un train de la mort dans une fête foraine. Ensuite une bande de collégiennes qui feraient des grimaces en hurlant. Leur meneuse est une sorte de dyslexique qui se soignerait en criant fort. Ce sont des espèces de personnages de manga qui, sortis de leur bd ultra violente, iraient coucher au Lutetia en étant saluées respectueusement par le chasseur. C’est quand même pas normal, se dit ce qu’il y a de pire en moi, d’être si petit et de faire autant de bruit.
Et puis le train fantôme de la fête foraine a semblé dérailler, pour nous emmener miraculeusement dans les nuages d’un ciel très ensoleillé. J’ai pas compris comment ils ont fait pour me faire passer d’une impression à l’autre, mais ce doit être une question de virtuosité. J’arrivais plus à distinguer les morceaux successifs, étant eux-même composés de sous-morceaux très distincts les uns des autres. Entre chaque sous-morceau, il y a un moment de silence, du coup les gens en redemandent encore plus.
Les transitions entre chaque morceau commencent sur le ton des consignes de sécurité que donnent les hôtesses de l’air dans les avions. Sauf que l’hôtesse de l’air, au lieu de finir sagement son laïus, aurait décidé d’annoncer à son employeur qu’elle quitte le métier, et visiblement ça la fait triper de l’annoncer d’abord aux passagers. Quoiqu’il y avait aussi un peu du son qui sort d’une WII quand on navigue dans les interfaces.
Sauf que là il ne s’agit pas de faire un petit jeu plan plan entre deux séances de grattage de nombril, mais de la recherche de montée d’adrénaine ultime.
“Ou alors c’est du rap” dit par une femme qui trépigne.
Une fois bien envoyé en l’air par la musique je suis tombé dans le grand n’importe quoi. J’ai cru entendre le bruit de sirènes de police dont le son aurait été étouffé par la profondeur à laquelles un peuple en transe se défoulerait dans les sous-sols. Je livre ces informations au conditionnel, notez bien.
Un peu comme lorsque la scream leadeuse décide de ne pas parler entre les morceaux pour faire les transitions. A ce moment là, elle balance un bruit mécanique et répétitif, dépouillé de mélodie, qui a aussi tendance à faire penser qu’elle nous attend au tournant.
Et puis je suis reparti, j’étais reposé, c’était pas désagréable.
2 commentaires
Tout ça pour dire que vous avez aussi de belles journées aussi à paname quoi…




ETRE DIEU
Chrome Hoof c’est clair ils ont assuré du tonnerre.