80

TRONCHE DE VIE Londres, cette américaine…

Alors ça y est ? C’est fini ? Faut croire que oui. Tu auras fini par m’avoir. Victoire par KO. Bravo. Pourtant ça n’est pas faute d’avoir essayé. (...) suite

Alors ça y est ? C’est fini ? Faut croire que oui. Tu auras fini par m’avoir. Victoire par KO. Bravo. Pourtant ça n’est pas faute d’avoir essayé. Je dois bien l’avouer, Londres est un piège à con. Ou plutôt un miroir aux alouettes. On nous promet de l’inédit, de l’underground trépident et on se retrouve avec une flopée de ravers multicolores. Si c’est ça l’underground ici, je crois que je préfère encore les Champs Elysées. Au moins on y trouve à manger à toute heure.

Si par hasard, il vous prend l’envie autant subite qu’incongrue de vous rendre à Londres un jour, je vous conseille de faire une croix sur les Kinks, early-Stones et autres Small Faces. Que ce soit avant ou après le voyage d’ailleurs. Avant, car en arrivant sur la fameuse King’s Road, vous risqueriez d’être déçus. A moins d’être adepte de l’affreux Starbucks Coffee et de fringues prêt-à-porter pour femmes aux charmes finissant dans les Topshop du quartier, vous n’y trouveriez rien d’intéressant. Après cela on a du mal à croire Ray Davies quand il chante Waterloo Sunset, I am in paradise. Quoi qu’on comprenne mieux pourquoi «Gainsbourg et son Gainsborough vont rejoindre Paris, en laissant derrière eux la Tamise et Chelsea».

Il semblerait donc que Londres ait bien changé. Même si on le savait déjà, ça fait quand même un sacré choc. Et l’on repart déçu. Déçu de voir ce gâchis. Déçu de voir ces anglais pourtant riches d’un patrimoine littéraire et artistique inestimable se perdre à essayer vainement de se faire américains. Pourquoi vouloir ressembler à la nation du Big-Mac quand on est la nation de Dickens et des Beatles ? Il faudrait le leur demander. Car en effet, Londres semble vouloir imiter les pires travers américains. Si encore il s’agissait de puiser son inspiration dans l’Amérique du blues et du rock’n’roll. Mais non, il s’agit là d’une ribambelle d’ignobles fast-food qui vous servent de la bouffe soit disant italienne ou française, et qui bien sur amassent un pognon impressionnant.

Alors quand on rentre à Paris on a comme l’impression d’un retour aux sources. Attention, je ne dis pas que la capitale ne compte pas son lot d’abominations, mais il semblerait qu’ici persiste encore un petit air d’authenticité. Et il n’est pas étonnant que la France et les français soient accompagnés de tous ces clichés folkloriques à l’étranger. Quand on voit Londres aujourd’hui, on comprend qu’un anglais à Montmartre puisse se croire au début du siècle dernier. D’autant plus qu’à Londres la cigarette est strictement bannie de tous les lieux publics. Lieux de débauche compris. Si vous comptiez vous en grillez une, tranquille avec votre Guinness, c’est comme un marginal à l’entrée du pub que ça se passera. Et le pire c’est que bientôt la France va emboiter le pas. En février 2008 il sera loin le temps ou l’on voyait ce bon vieux Bernard Pivot et ses invités débattre des dernières sorties littéraires sur un plateau on ne peut plus enfumé. Fini les Cavanna menaçant de, je cite, « foutre son poing dans la gueule » d’un Bukowski bien imbibé. Bientôt le gouvernement fera main basse sur une de nos libertés les plus fondamentales : nous ruiner la santé comme bon nous semble.

Mais quelle mauvaise foi me direz-vous. Et la santé des autres alors ? Car en nous faisant mourir à petit feu c’est aussi les autres que nous faisons mourir. Juste une chose : ma grand-mère est morte dans un accident de voiture. A-t-on interdit la voiture pour autant ?

Tout cela pour dire qu’un bistrot sans fumée, et bien ce n’est plus un bistrot. En février des milliers d’ouvriers fatigués, de cadres et de chômeurs heureux se retrouverons quasi-SDF. Alors mort à l’envahisseur que l’on appelle avec hypocrisie santé publique. Dictature de la beauté des corps vous voulez dire ? Je vous invite donc à commencer dès maintenant à manger plus salé, plus sucré et à fumer. Fumer sans écouter le triste Renaud. Car nous sommes des français intoxiqués et nous comptons bien le rester.

Qu’on se le dise.

2 commentaires

C’est un beau texte, et malheureusement assez vrai, pour ce qui est de la cigarette et de l’auto-destruction volontaire mais dans ce pays, quand on parle de libéralisme et/ou de libertés individuelles, on se fait cracher dessus. C’est une question de part, ne soyons pas manichéens et admettons que visiter bricklane, admirer les mouvements incessants de la city ou se perdre dans le multiculturalisme de Marble Arch reste un attrait qui ne succombera jamais sous le joug de l’influence ultra-consommatrice américaine…
Mais justement eux, pas ce biais ce battent les couilles de la santé public…
Tu vois c’est une question de part des choses. Ne les jugeons pas tropp vite ni eux ni leurs petits frères anglais qui ont toujours de quoi jouer et jouir avec des armes que nous n’avons jamais eu.

Commentaire par lolo, le Lundi 24 septembre 2007 à 12:51

C’est vrai. J’aurais pu parler des nuits dans l’east end ou comment j’ai bu des coups avec Jack The Ripper au petit matin dans un bar à pute.
Mais voilà, il s’agit là de “strabisme artistique” et de “subjectivité objective” comme l’ont voulu les auteurs du site (voir la rubrique “gonzai c’est quoi?”). Dont acte.

Commentaire par Federico Mascarpone, le Lundi 24 septembre 2007 à 20:04

Laisser un commentaire