L’autre soir, tout allait mal. J’étais seul.
Le riz commerce équitable, les merguez Monoprix, tout ça ne présageait rien de bon. Les papilles gentiment meurtries, c’est vrai, j’ai rien vu venir.
Chopin. C’était là, dans cette pièce, dans ma tête, il était là le Frédéric, à me vomir dans les oreilles tout ce qui chante la gloire du trentenaire, de l’intellectuel, de l’amoureux de l’unanimement beau, du bourgeois pour qui le rock n’est qu’une danse qu’il pratique dans les rallyes de maman.
Il m’a pris, ce con, il a touché son piano. Avec ses doigts. Autant ne pas parler de couilles, autant oublier la notion de coeur. Non, il a utilisé ses doigts, alors que les mauvais épices remontaient le long de ma glotte. Et il m’a vomi dans les oreilles.
Il jouait du piano assis. C’est peut-être un détail pour vous, n’empêche que ça voulait dire beaucoup. Chopin, ça voulait dire : “Ecoute-moi, tu n’es qu’un con mais moi, ma tendre Pologne me manque et je vais le dire à tout le monde, que la Pologne est un beau pays et que je suis triste ici, moi, tellement triste que je joue du piano. Avec mes doigts. Et tu vas en chier sévère ce soir.”
Subterranean Homesick Blues. La testostérone en moins, et qui n’a même pas la décence de rester sous terre.
Il a bien fallu que je me rende à l’évidence : une petite place dans le ghetto de Varsovie m’aurait fait plaisir. J’aurais voulu partager la crasse des Juifs persécutés, embourbés dans la klezmer et chialant sur leur Torah. Ah je les enviais, et j’avais envie de leur dire qu’ils ne savaient pas, qu’ils ne pouvaient pas imaginer à quel point ce qu’ils vivent est réjouissant. Parce que là d’où je viens, il y a un musicien de chez vous qui m’insupporte profondément. Et que beaucoup de gens aiment, comme il faut aimer le bon vin aux dîners du préfet.
Les gens, ils s’extasient. Ils imitent les masturbations de Télérama sans le savoir, ils font couler une petite larme. Et ils ont presque de la peine pour moi, moi qui suis incapable de faire couler quoi que ce soit, pas foutu de chialer quand il le faut. Pas foutu de me conformer à l’amour forcé de Chopin.
Derrière les murs du ghetto, des enceintes. Elles hurlent des chants nazis, et même du Pink Floyd de fin de carrière. On a même eu droit au Dark Side. Les salauds. Tous les petits Judas devenaient fous, évidemment, et moi j’aimais ça. Ces bruits d’hélicoptère à la Sylvie Vartan, cette profondeur sociale, cette subversion, la soumission totale qu’on perçoit dans les solos de Gilmour. La basse qui exulte de tyrannie et le Floyd qui se conforme sagement en pensant au pognon qui sauvera l’honneur. J’ai adoré. Orgasme total. Rien à dire.
Il a fallu qu’on me réveille en plein Brain Damage. Une tirade mémorable.
« Non mais Chopin, tu sais, c’est génial, le mec il s’est engagé dans l’armée française, il a combattu pour nous, contre les Allemands, à quatorze ans ! Il a menti sur son âge et il a fait la guerre alors qu’il était même pas Français ! Alors je trouve que c’est un très bon argument pour les gens de droite qui croient que les immigrés nous volent notre identité ».
Je ne sais pas ce qui a poussé ce trentenaire (j’entends par trentenaire tout individu de moins de trente-neuf ans s’enfilant au moins deux heures par jour les podcasts de France Inter parce que ses études le lui recommandent) à un tel élan patriotique. Je ne sais pas non plus pourquoi je ne lui ai pas sauté à la gorge. Parce que j’étais pétrifié de dégoût, sans doute.
Chopin.
Génial.
Armée française.
Nous.
Bon argument.
Gens de droite.
La merguez ne fait qu’un tour dans mon estomac. Il est temps de l’avouer, de briser ce tabou universel : Nicolas Demorand n’est pas quelqu’un de bien.
Ma tête était mise à prix. On sentait bien que j’étais imperméable à l’amour de Chopin, de la patrie et de France inter, et on avait envie de me faire comprendre que c’était très mal, et que mes parents avaient probablement raté quelque chose. Il a donc été unanimement décidé que je ferais la vaisselle. Frissonnant d’avance à l’idée du contact de mes mains avec la graisse de merguez, j’invoque le droit de choisir le prochain morceau.
Pavement. Silence Kid.
« Putain, c’est pire que Dylan ».
…”
7 commentaires
Je prends rarement la défense des poulains mais là Elboras, je vous trouve dur (trentenaire) avec Umberto. Peut-être manque-t-il de références plus explicites pour que les mots se subliment?
Gonzaï, un site ou les articles n’en disent jamais trop. Et donc jamais assez.
ahahha ! En effet, là réside tout le mystère Gonzaï et surtout tronche de vie. Il ne s’agit guère ici d’une véritable critique de Chopin (parce que qu’une critique de Chopin nécessite un long épisode de la vieet de la sensibilité de Gould) mais plus une anecdote (synonyme de “tranche de vie” finalement) à propos de Copin pendant la guerre et alors pour peu qu’il n’y ait pas eu une prise de position d’un demeuré au demeurant zélé, moi qui suis un amateur de Chopin de temps en temps, je ne peux que comprendre la folie meurtr!ère d’Umberto. Mais encore, il est envisageable que tout le passage lié aux renvois du même Umberto soit lié consciemment ou non à un sentiment de joie. Umberto a toujours été fan de Farrugia …
J’ai peut-être été un peu dur, je vous l’accorde.
Je comprend bien la philosophie de gonzai, je pense que vous etes des mecs qui aiment planter le décors, selectioner un cours instant de vie et le sublimer.
Mais ici je trouve qu’on est presque dans la masturbation intellectuel (désolé si je suis vraiment vexant des mes commentaire, la critique est vraiment facile et j’aurais pas fait mieu que lui).
les phrases sont decousu et au final on a pas plus d’argumentation qu’un mexicain a 6 grammes qui te dirait “Velasquez c’est la vie” (désolé la je m’emporte)
Dans d’autre article de gonzai on plante le décors, c’est un style, et on parle sans langue de bois.
mais quand on en arrive a dire des phrases comme “Et que beaucoup de gens aiment, comme il faut aimer le bon vin aux dîners du préfet” ou “Pas foutu de me conformer à l’amour forcé de Chopin” on a l’impression d’entendre JED parler de politique, c’est a dire des critiques facile et vulgaire, je pense que les mecs de gonzai valent mieux que ca ![]()
Elboras
Sache-le, te masturber n’a jamais été mon intention.
Velasquez, ce n’est pas la vie.
Le ghetto de Varsovie n’était pas un “camp” nazi à proprement parler.
Et oui, la mauvaise foi peut être un formidable moteur dans la vie.
Critiquer Chopin au premier degré n’est pas de mon niveau, j’en suis conscient. C’est justement pour ça que la mauvaise foi est omniprésente dans l’article.
Une argumentation est-elle nécessaire, envisageable, raisonnable voire utile pour défendre la thèse :
“Lundi dernier j’ai vomi mes merguez en écoutant Chopin.” ?
Après, pour ce qui est des phrases décousues, de tout ce qui relève de l’esthétisme et des préférences personnelles, je suis pas compétent.
Peut-être mon degré d’écriture est-il différent de ton degré de lecture.
Peut-être aussi qu’on en a tous les deux plus ou moins rien à foutre.
With love…
> Sache-le, te masturber n’a jamais été mon intention.
tampis
> Velasquez, ce n’est pas la vie.
ce n’est pas ce qu’un mexicain a 6 grammes m’a repeter 600 fois sans argumenter
En faite, je crois surtout que c’est les deux phrases que j’ai cité qui m’ont sur le coup fait chier, normalement vous etes la pour faire de la critique musical, j’ai trouver ca un peu trop facile sur le coup.
Apres, je n’ai jamais voulu etre mechant ou offensant envers le travail (sauf pour jed) des articles fait ici.
tendres bisous
Et pour achever ce débat, je rajouterai juste que cet enfoire de Bester avait oublié une partie du texte.
Voila chose corrigée.
Que ceux qui souhaitent sa démission lève la main…
Arrêtez là.. j’arrive plus à compter.




PLAY BLESSURES
Je crois avoir un niveau de culture trop bas pour comprendre la finesse de ton article, ce que tu veux exposer c’est que tu n’aimes pas chopin mais que tu ne veux sortir aucun argument constructif ?
Préferant nous faire voyager au coeur des camps nazis afin de donner un peu plus de style a ton article ?
Je suis désolé mais je ne comprend plus trop la