Dans la solitude effervescente d’une nuit d’été, la réalité se dilapide en limbes d’amour et porter du noir soigne les reins. Vu de loin, l’ensemble ressemble à des copeaux d’idéaux tombés au milieu d’un hall d’entrée. Seul l’idée des jours revenant chaque matin permet de passer à l’instant suivant et aussi étonnant que cela puisse paraître, ils passent avec la même aisance que le surfeur pro attrape la next vague.
Quelques fois, le monde change concrètement, tu le vois, tu le sais, tu le laisse faire. Mieux, il n’est pas dit que tu choisisses d’y participer et ce malgré un discours volontaire. Discours nécessaire vu que les mots font croire le cerveau. Ils le persuadent du réel de leur sens, un peu comme deux dames jouant à incarner la soi-disant noblesse du temps. Elles portent des gants, et celle au chapeau va donner l’adresse de son couturier personnelle à sa complice.
La complice a déménagé et vendu tout ses biens. Son mari était diplomate, il a voulu faire homme d’affaires, mais les qualités et les enjeux demandés dans l’un et l’autre étant radicalement différents, il s’est rétamé. Depuis, il est mort sans qu’on sache vraiment de quoi. Souvent, ils allaient pêcher en amoureux aux alentours de six heures du mat’. Ils emportaient des rames, un bateau et une flasque de whisky. Ah oui, ca se passait sur un lac écossais et il aimait lui répéter : « t’as de la chance d’avoir un mari pêcheur ». Frigorifiée elle répondait « oui, oui » et s’enfilait une gorgée. Elle sourit en racontant ses souvenirs.
Aujourd’hui, elle porte un haut blanc transparent. On aperçoit les cotés dentelés de son sous-tif, devant y a trop de frou frou pour voir quoi que se soit. Elle a aussi un d’jin serré, les ongles maquillés et reste debout pendant que sa copine est assise sur un tabouret en compagnie de son parapluie et d’un panama qu’elle ne quitte jamais. A la fin de l’histoire écossaise, la dame au chapeau rappelle que « madame est comtesse », « comme vous ma chère », et les voilà partis à minauder telles deux gamines.
Même si elles sont amies depuis peu, elles n’ont pas besoin de se parler pour se comprendre. C’est du moins ce que la veuve affirme et que l’autre confirme, elles enchaînent sur le pourquoi des gants et sur la vie qu’est pas facile. Finalement, elles partent encore plus convaincus d’être ce qu’elles sont. Cela pourrait les rendre plus fragile et proche de l’univers sans gants, mais malines et expérimentées, elles ont balisées la sortie en prévoyant leurs routes au millimètre afin de ne jamais retomber dans la réalité.
Bah, le chemin serait le but. « Bonne chance » serait-on tenté de laisser échapper, comme pour l’unijambiste qui veut devenir skateur.
« Non, j’crois trop à l’amour. »




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