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THURSTON MOORE Trees outside the academy

Syd Charlus se prête au jeu du “Une semaine un album”. Toutes les compositions au jour le jour, digérées comme autant de repas. Cette semaine, l'album solo du (...) suite

Syd Charlus se prête au jeu du “Une semaine un album”. Toutes les compositions au jour le jour, digérées comme autant de repas. Cette semaine, l’album solo du guitariste de Sonic youth, le grand (voire très grand) Thurston Moore.

Lundi 10 septembre : où l’on apprend qu’il vaut mieux savoir où l’on habite.
En rock comme ailleurs, il faut savoir où l’on habite. « A house is not a home » avertissait le Gun Club. Connaître le chemin de la maison, c’est utile, ne serait-ce que pour s’en éloigner. Puis y revenir, forcément. Moi, j’ai deux résidences principales : les 60’ s anglaises et le rock new-yorkais. Là, je sais que rien ne peut m’arriver. (Je cache au fisc une petite hacienda en terre deep soul, trois fois rien). Ca ne m’empêche pas de me faire inviter chez Bach, U-roy, Doctor John ou de traîner en pays jazz mais, je le sais, ce n’est pas la maison.

En revanche, un nouvel album solo du guitariste de Sonic Youth, c’est un peu ouvrir les volets, rebrancher la chaîne stéréo, retrouver des parfums connus et des photos oubliées aux murs…

Mardi 11 septembre : où l’on se fie à son instinct
Dès le premier titre, c’est plié, clair et net : le disque est bon. La chronique devrait s’arrêter là. Sur ce Frozen gtr, tout est à sa place , la « non mélodie » new-yorkaise et puis ces guitares… acoustiques. Enormes, elles enrubannent le mix, libèrent des fréquences graves menaçantes, tournoyant au-dessus des têtes. Des sons folks amples qui transforment le salon en plaine, en toundra, en pampa, qui fixent une ligne d’horizon ; des guitares venues tout droit du troisième album de Led Zeppelin (rassures-toi lecteur, on me ramène à l’hospice juste après cette chronique). Du grand art. Et de l’audace, en plus : Thurston Moore glisse sur plusieurs titres d’étranges cordes, venues d’un détroit séparant folk et orient. Une question au passage : depuis combien de temps n’avez-vous pas entendu de cordes étonnantes sur une production contemporaine ?
- Rufus Wainwright ?
- Okay… mais sur un disque de rock ?
- …

Pour se convaincre de la forme de Moore, il suffit de se fier au tempo, parfait baromètre de l’état d’esprit du musicien en studio. Ici, mid-tempo, un poil lent : assurance et maîtrise. Dès le premier titre.

Mercredi 12, jeudi 13 septembre : où l’on se fait un film, adossé à un platane
Jusqu’au sixième titre (après il suffit de trier quelques « noiseries » pas méchantes), Thurston Moore livre le parfait disque automnal, un Harvest indie. Durant deux jours, on bute sur le même platane centenaire qui se dresse soudain au beau milieu de ce paysage mélancolique : Honest James , compo parfaite, avec une voix féminine en harmonie. Thurston Moore y parle de retour définitif au pays, justement.

Et cette mélodie dit toute l’histoire de l’album. Nous sommes à New-York. Avant la tournée où Sonic Youth jouera Daydream nation en intégralité, Thurston Moore traîne, un peu désabusé mais rien de sérieux. Un coup de mou. « Tourner avec Daydream nation, à quoi bon ? » confie-t-il au patron de son bar préféré. Il ne passe pas au studio pour retrouver Steve Shelley et préfère jouer de la guitare acoustique chez lui. ((Ici, prévoir plusieurs plans de Steve Shelley attendant seul derrière sa batterie, alternés avec Moore dans les rues de Manhattan). Parfois, il allume la télé et trouve une mélodie. Il l’oublie. Mais elle lui revient une ou deux semaines plus tard dans la chambre d’un Hilton, alors que Kim Gordon chausse des Salomé gris foncé en arrière-plan. « Je devrais l’enregistrer, » glisse-t-il au barman de l’hôtel, dans la soirée. Un mois plus tard, Jay Mascis lui ouvre son studio. Et l’album est là, quelques semaines après. Générique de fin sur Off work, instrumental avec cordes à la Kashmir (tiens Led Zep encore).

Vendredi 14 septembre : où l’on finit par croire à l’éternelle jeunesse
Tous les morceaux lents sont réussis. Et, finalement, les plus « rentre dedans » aussi. Fri/end, par exemple, sonne parfaitement pop et que dire de Wonderful witches qui s’emballe au premier couplet, sans jamais lâcher la guitare acoustique. Thurston Moore trouve encore l’énergie et la passion nécessaires pour écrire de simples rock-songs. Ca laisse de l’espoir.

Samedi 15 septembre : où l’on rend grâce aux musiciens limités et aux moyens de locomotions modernes.
Tentative de portrait du musicien rock : un type sans don musical démesuré (on parle de rock-star pas d’arrangeur), mais avec un style unique, une signature qui finit par le dépasser, une « manière » qu’il ne peut jamais vraiment abandonner sans risquer de se planter. Dylan, Reed, Richards… des blocs. Pourquoi certains albums sont bons et d’autres pas ? Pourquoi Keith Richards peut-il pondre un disque aussi jouissif que Main offender et s’enfermer ensuite dans de navrants albums des Stones ? Impossible à dire puisqu’il fait toujours la même chose. Ces types doivent s’arranger avec l’inspiration et l’envie.

Les musiciens trop doués, les « touche à tout », ont d’autres problèmes. En général, ils se diluent. Prenez Mercury Rev : le temps de deux disques, ils étaient extraordinaires et puis ils ont fait les malins et ont sorti de la soupe ( Deserter’s song , cette blague…).

Thurston Moore a rallié le club des musiciens « d’un bloc ». Dès qu’il ouvre la bouche, sort la même mélodie ; s’il prend une guitare, il joue sans réfléchir des accords tendus, une note tenue sur plusieurs mesures. Ca le dépasse. Pour lui, l’alternative est simple : soit l’album fonctionne, décolle, soit il se vautre dans le déjà entendu en moins bien (le cas de son premier disque solo). Sur Trees outside the academy, c’est de toute évidence le premier choix : comme d’habitude mais en nettement mieux, même point de départ mais destination inattendue, paradisiaque. Un disque à l’humeur rêveuse, un rien triste, parfaite pour voyager. Train, bagnole, métro ou jet privé… le morceau Never light vaut pour tous les paysages défilant derrière une vitre. Pour faire route vers la maison et y rester un bon moment, en attendant les premières neiges. Home sweet home.

Thurston Moore // Trees Outside The Academy // Ecstatic Peace
http://www.myspace.com/thurstonmoorefansite

6 commentaires

Ce disque est automnal nous sommes bien d’accord.
Alors que jamais je n’aurais qualifié un album de Sonic Youth de la sorte.

Commentaire par Kill Me Sarah, le Lundi 17 septembre 2007 à 10:28

C’est exactement ça, la grande différence avec un disque de SOnic Youth. Ils n’ont jamais créé ce genre d’ambiance

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 17 septembre 2007 à 13:30

[...] ou pas, ce disque de Thurston Moore est un disque d’automne. Un automne noir et blanc un peu triste et humide. Un automne [...]

Commentaire par Killing Me Softly (weekly) » Anyone can play guitar, le Lundi 17 septembre 2007 à 12:07

dans la lignée de “nurse” des accords qui plongent,avec des violons et une guitare sèche en plus, les violons j’aime bien ça, mais là y’en a un peu beaucoup pour le style je trouve. c’est enjoué, c’est frais. c’est bien joué. le gars c’est pas mal calmé, genre moins énervé par la musique qui fait des sous. j’aime bien cet album. c’est finalement mieux quand ça ressemble à quelque chose, arf.

Commentaire par un roi sans divertissement, le Lundi 17 septembre 2007 à 13:35

Comment peut-on prendre en compte le commentaire d’un type qui considère “Deserter’s song” de Mercury Rev comme de la soupe?

Commentaire par Benoît, le Lundi 17 septembre 2007 à 1:21

Etant un fan de sonic youth depuis mtnt des années,
c’est avec un plaisir immense que je me suis évadé dans cette parade automnale délicate , dramatique et enjouée..

Avec “Rather Ripped” - 2006, on a pu découvrir un visage plus codifié du groupe (Sonic Youth), plus dans “la norme” … cette nouvelle dimension plus “commerciale” n’est à mon goût pas déplaisante du tout…

Je ne trouve pas que Trees Outside The Academy soit vraiment si proche de Sonic Nurse, même si dans une moindre mesure on peut y trouver qques dissonances similaires.

C’est pour moi un album passe-partout, accessible très rapidement , et ce contrairement au dernier opus de Thurston, qui était plus fadasse et nettement moins accrocheur.

On a ici un album qui pourrait être une porte d’entrée adéquate au monde dissonant de Sonic Youth, une sorte d’apéritif hallucinogène et bienfaisant dont les fioritures se découvrent et se redécouvrent au fil des écoutes…

C’est évidemment un des cd que je conseille à tous les curieux du net , à tout ceux en quête de sensations étranges et bien évidemment de bon son!

Dans un tout autre style, je vous conseille vivement l’album de Miracle Fortress- Five Roses : un album qui n peut pas décevoir, un style aérien et réfléchi… A découvrir vite !!!

Au plaisir de vous avoir informé,
et à bientôt
Skayn

Commentaire par skayn, le Lundi 17 septembre 2007 à 15:24

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