2 novembre. 16h30. La Maroquinerie. Chose promise chose due, j’interviewe David Gedge afin qu’il éclaire ma lanterne sur le passé et le futur de The Wedding Present.
Car le leader de cette formation clé de l’indie rock anglais n’a pas tenu parole. 20 ans après ses déclarations d’intentions anti-carriériste, The Wedding Present est toujours là en 2007. Ce soir, comme de nombreux soirs depuis le 18 octobre et ce jusqu’à fin décembre, ils rejouent George Best, leur premier album. Pire, lors de leur prestation ils dévoilent quelques titres “guitares en avant” d’un nouvel album prévu pour le printemps prochain qu’ils travaillent actuellement avec Steve Albini. Oui, carrément, le producteur de leur très “grungy” Seamonsters de 91.
Si j’ai pu faire l’interview après leur show, j’aurais pu questionner David sur ma découverte de leurs de leurs nouveaux morceaux. Mais j’aurais du aussi faire face à la confirmation de mon incompréhension et essayer de lui en toucher un mot. Car autant je trouve leur Take Fountain de 2005 beau, ample et tout, autant je continue à trouver assez médiocre leur George Best d’hier et d’aujourd’hui. Leur pouvoir d’attraction passé reste un mystère pour moi. Explications avec l’intéressé dans le hall d’un modeste hôtel à deux pas de là.
J’ai découvert The Wedding Present avec ce double Live 1987 et j’ai étonné parce que je l’ai écouté juste après avoir vu le film Control et m’être passé en revue la discographie de Joy Division et ma réaction a été : “Ils sont affreusement influencé par Joy Division !” Etait-ce une de vos influences majeure à l’époque ? Quelque chose que vous incarniez malgré vous ?
Ah… Je pense qu’on est toujours influencé par les musiques qu’on aime. Et on a toujours aimé Joy Division et New Order. Mais je crois qu’on essayait de ne pas être influencé par eux. Ça peut sembler stupide mais quand on écrivait des chansons il arrivait que quelqu’un dans le groupe dise : “Oh, ça c’est super, ça sonne comme tel groupe !” Et je disais : “Attends une minute ! Je ne veux pas que les gens m’accusent de copier tel ou tel groupe.”
Mais à cette époque Joy Division était sans doute plus qu’un groupe, comme une atmosphère…
Peut-être. J’ai grandi à Manchester. Quand j’étais ado il était toujours question de Joy Division, des Buzzcocks, des Chameleons, toute cette scène assez influente. Elle se retrouve donc forcément quelque part dans ma musique !
La chose qui m’a le plus fait penser à Joy Division en écoutant ce live c’est votre façon de chanter de la gorge pour produire une voix grave. Ça fait très Ian Curtis et parfois vous avez même des inflexions de voix à la Morrissey. Aujourd’hui comme hier tout ça sonne un peu cliché, dépassé.
Oui et je pense que mon chant a évolué au fil des années…
Votre musique aussi. Quand on enchaîne l’écoute de ce live et de Take Fountain, votre dernier album en date, on a l’impression d’avoir affaire à un autre groupe.
C’est vrai. Pour deux raisons. La première c’est qu’entre les deux il s’en est passé du temps, presque 20 ans ! J’ai changé, en tant que chanteur, songwriter et le line up du groupe a lui aussi changé. A chaque fois qu’une nouvelle personne intégrait le groupe elle arrivait avec son enthousiasme et son envie de prouver qu’elle était au moins aussi bonne que son prédécesseur. Ça nous fut profitable. Si on était resté les mêmes quatre membres du début on sonnerait sans doute comme un vieux groupe aujourd’hui. Donc oui, partant de là, on est un nouveau groupe aujourd’hui. Mais la deuxième raison à cela c’est que j’ai toujours tenu à ce qu’on se renouvèle à chaque album. Une fois qu’on a publié George Best, notre premier album, on est passé à autre chose et on continue de fonctionner comme ça. Ça a toujours été important pour moi d’expérimenter, de tenter des choses. Je suis donc ravi qu’entre ces deux albums tu ais l’impression d’avoir deux groupes différents !
Si vous êtes si porté sur l’avenir pourquoi ressortir aujourd’hui des enregistrements de concerts vieux de 20 ans ?
Eh bien au départ on n’avait pas prévu de sortir ça. On voulait faire une tournée pour fêter les 20 ans de George Best. Mais le problème c’est que pour faire une tournée tu dois avoir sorti un nouveau disque. On voulait donc ressortir George Best, c’était logique, mais on n’a pas pu parce qu’il avait déjà été réédité il y a dix ans. A la place on s’est donc dit que ce serait peut-être sympa de remasteriser en un double CD des cassettes de concerts qu’on vendait à la sortie de nos premiers shows. Alors forcément, le résultat sonne toujours un peu cassette et j’y entends nos erreurs, mais c’est normal. En fait, je vois ce disque comme un document, une part de notre histoire. C’est un peu nostalgique comme démarche.
De quoi parlaient vos fanzines avec lesquels vous vendiez ces cassettes ?
Au tout début c’était juste une newsletter réalisée par un fan, une page de texte annonçant nos dates de concerts, sorties de nos disques et passages radiophoniques chez John Peel. C’était assez ennuyeux. On a donc commencé à y mettre un peu de bande dessinée. Des petites BD qui racontaient la vie du groupe, nos tournées, etc. C’est Terry, notre bassiste, qui fait ça. Tiens, d’ailleurs j’ai de nouvelles planches dans mon sac. Regarde, cette planche-là a été faite récemment. Ici c’est Steve Albini, l’ingénieur du son avec qui on travaille notre prochain disque. Celle-là c’est sur notre tournée actuelle. Là c’est notre public en 1987 et là c’est notre public aujourd’hui.
C’est les mêmes gens 20 ans après !
Oui, ils ont des enfants maintenant et ceux qui avaient les cheveux longs en 87 en ont beaucoup moins aujourd’hui ! D’ailleurs, c’est toujours la même personne qui s’occupe de notre fanzine, un type qui s’appelle Lee Tucker.
Dans une interview datant de 1987 vous avez déclaré que vous ne feriez plus de musique en 2007, qu’un groupe de rock ne devait faire qu’un album puis se taire. Vous n’avez pas tenu parole.
Oui, j’ai menti. Enfin, je pensais vraiment ça il y a 20 ans. C’était juste stupide de se prononcer comme ça sur un futur aussi lointain.
En 87 vous arriviez après la new wave. En 91 avec Seamonsters, un disque très agressif produit par Steve Albini, vous devanciez le grunge. The Wedding Present n’a jamais fait parti des grands courant qui ont marqué l’histoire du rock. Vous en aviez conscience ?
Oui. Il y a beaucoup de fan attitude dans le monde musical et donc de suivisme. C’est cool si tu aimes le style de musique en vogue, mais ça peut devenir ennuyeux si tous les groupes se mettent à sonner pareil. Et d’une certaine façon nous on a toujours été en dehors des modes et des tendances. Un peu comme New Order.
Ils ont créé leur son.
Exactement. Car quand un groupe d’indie pop se met à la dance music alors il ne s’agit plus vraiment de la dance music, mais quelque chose d’autre, d’inclassable et je trouve ça bien. A l’époque de Madchester, avec les Stones Roses, la danse, tout ça, on aurait pu suivre le mouvement mais ça ne m’intéressait pas, je voulais d’autant plus qu’on fasse nos chansons, qu’on suive notre chemin. On ne s’est jamais branché sur ce qui déchaînait les passions. C’est juste notre façon d’être.
The Wedding Present est né en même temps que la scène indie rock. Quel regard portez-vous sur celle-ci ?
Je pense qu’aujourd’hui c’est devenu quelque chose de l’ordre du marketing. Mais à l’époque ça ne l’était pas. Nous, on n’avait pas le choix. On n’intéressait pas vraiment les majors, à peine quelques petits labels, comme Rough Trade par exemple. On a essayé de signer un contrat avec un petit label indé mais on n’a jamais réussi donc on a monté notre propre label. Voilà comment on est devenu indépendant. Et on aimait ça ! Parce qu’on était nos propres patrons. Quand on faisait un disque on n’avait pas un businessman sur le dos pour nous dire quoi faire et ne pas faire. Après, si on a signé sur RCA c’est parce qu’on commençait à être bien connu et qu’on avait besoin d’une plus grosse structure pour nous soutenir. On leur a donc dit : “Ok, on signe, mais vous n’avez pas votre mot à dire sur notre musique. Ça c’est notre travail.”
Cette éthique “indie” a-t-elle été décisive pour vous distinguer parmi les autres groupes de l’époque ?
En un sens, oui. Même si je suis sûr que d’autres groupes avaient la même éthique. Ce n’est pas toujours facile de fonctionner ainsi. Ça peut être dur de refuser de signer sur une major. On a parfois envie de céder et de se dire : “Ok, filez-moi l’argent…” Mais j’ai toujours aimé m’impliquer à fond dans toutes les étapes de notre travail, de voir comment faire tel son, comment enregistrer ci et ça. Je suis un peu obsessionnel à ce niveau, j’aime pouvoir tout contrôler ! Mais voilà je ne suis pas en train de dire qu’il y a une bonne et une mauvaise manière d’envisager la musique et d’en faire. Nous, on a juste fait ça de la manière qui nous ressemblait.
Pourquoi avoir choisi de reformer The Wedding Present en 2005 ?
En 1997, j’avais un nouveau groupe, Cinerama, avec qui j’ai fait trois albums. Et quand on a commencé à travailler sur Take Fountain, au départ ça devait être un album de Cinerama. Mais au fur et à mesure qu’on l’écrivait, l’arrangeait et l’enregistrait, il est devenu de plus en plus évident que ça sonnait comme du Wedding Present, même si c’était encore proche de ce qu’on avait fait avec Cinerama. Il y avait encore beaucoup de cordes et d’orchestrations car à l’époque j’étais très intéressé par Ennio Morricone et John Barry, mais il y avait de nouveau pas mal de guitares aussi. Le déclic s’est produit quand on a fait une session pour John Peel. Un ingénieur du son est venu me voir et m’a dit : “Ecoute David, ça ce n’est pas du Cinerama, c’est du Wedding Present.” J’en ai discuté avec le guitariste de Cinerama, parce que ça dépendait aussi de lui, et il m’a dit : “Ok, mettons ça sur le compte de Wedding Present.” C’était donc facile de réactiver The Wedding Present, car ça s’est fait naturellement, malgré moi.
Il parait qu’au tout début vous vous demandiez si The Wedding Present était un bon nom de groupe, que tu trouvais que ça sonnait comme The Birthday Party et que ça faisait plutôt penser à un titre de livre…
Oui, c’est vrai, c’était un nom bizarre. Mais ça m’amuse aujourd’hui, parce que ça fait 20 ans que ce nom fait sa vie. Maintenant j’entends même des gens qui disent : “Tiens, ça c’est une guitare à la Wedding Present.” C’est devenu comme un genre, une marque de fabrique ! C’est étrange mais je ne m’en plains pas !
Alors, qu’en est-il du successeur de Take Fountain ?
Il n’y aura plus de violons sur notre prochain disque, on va remettre les guitares en avant. J’ai presque fini les chansons. Quand on aura fini cette tournée, c’est-à-dire en janvier, on les enregistrera. L’album sortira donc au printemps prochain.
Qu’écoutez-vous en ce moment ? Suivez-vous quelques groupes originaire de Leeds, ville natale de Wedding Present ?
Non parce qu’en ce moment je vis à Los Angeles donc j’écoute des groupes de Los Angeles ! Mais je n’ai rien découvert de précis là-bas même si tout le monde joue plus ou moins et qu’il y a donc pas mal de bonne musique. Ce que j’écoute beaucoup en ce moment ce sont des groupes de la scène rock canadienne comme Metric, Broken Social Scene, The Dears, The Starz. Tous ces groupes sont bons. Il y a beaucoup de talent là-bas !
Vous ne connaissez donc pas les anglais d’Iliketrains ?
Ah si, je les ai déjà vus en concert, ils sont très bons !.
Une dernière question David : avez-vous vu Control dont nous parlions tout à l’heure ?
Non, par manque de temps, mais tout le monde me dit qu’il est bien. Une fois j’ai eu l’occasion de le voir mais j’ai loupé le début de la séance et comme je voulais le voir en entier je n’y suis pas allé. Peut-être que je le verrai plus tard en DVD !
www.myspace.com/theweddingpresent
http://www.talitres.com/weddingpresent_f.htm




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