Appuyer sur play. En espérant, oh dieu du binaire tout puissant, que ça fonctionne. Immédiatement. Tendre une oreille, puis deux. Passer au morceau suivant. Les oreilles bougent toujours, idem pour celui d’après, pas possible… Ah, celui d’après fait déjà moins le malin… Bon, il se pourrait quand même que j’en tienne enfin un. Un quoi ? Ben un vrai disque rock, pardi. Tout entier.
Celui dont il sera donc question ici s’appelle Lunglight, ses géniteurs se font appeler The Shaky Hands, viennent de Portland et pour ce qui est de leur rock, j’ai deux trois choses à en dire.
LunglightEn réalité, j’ai triché… Trop d’artistes, trop de sorties, trop de disques. Je tenterais bien la métaphore du premier shoot mais on me dit dans l’oreillette que c’est mal… Il n’empêche, y a cette idée des premières fois qui s’estompent, le coup de fouet qui s’amollit : trop de disques, trop de groupes, les oreilles qui s’endorment au son des labels qui signent à tour de bras. Et je ne parle même pas de myspace : tous ces liens où cliquer, ces mails qui vous invitent à découvrir de nouveaux groupes avec des looks pas possibles… Non, je préfère m’en tenir aux galettes brillantes, sûrement un reste de fétichisme au cœur de cette vie en 2.0 où tout est accessible mais sur lesquelles on a jamais le temps de s’arrêter. Alors plutôt que d’appuyer frénétiquement sur next, j’enclenche le bouton rewind. Again and again.
Et si vous n’êtes pas contents, je ferai mien ce magnifique et poétique slogan en vogue chez les supporters qui peuplent ma ville : « allez tous vous faire enculer ». Fédérateur, non ? Mais je diverge. Le rock, donc. Celui de The Shaky Hands. Un groupe de ricains à guitare de plus ? Ah, non. Et qui n’ont surtout pas besoin d’être vulgaires, eux, pour fédérer : leur talent suffit. Oups ! Un gros mot. Mais enfin, quand ça saute aux oreilles, impossible de botter en touche.
Vous pouvez rester, aucun mal ne vous sera fait.
Non, je triche encore : vous allez souffrir : le son est affreux, le chant parfois approximatif, la batterie tout à fait basique, la basse, presque inexistante : le tout sonne assez brouillon. Mais ils ont l’art de la NONCHALANCE. La vraie. Celle qui vous fait lâcher prise. Cette façon de jouer les accords presque à contretemps, à la limite d’appuyer sur stop. D’ailleurs, vous pouvez encore rebrousser chemin. Mais sachez que la nonchalance peut accoucher de tempos d’enfer. Avant de les écouter, je n’en savais rien. Vous faites comme vous voulez, moi je continue.
Mais assez jacassé : rentrons dans le vif du sujet. Des guitares hirsutes, Un poum poum tchack au poil. Quand tout est trop binaire, la voix fait la différence, dessine la mélodie et c’est reparti (Air better com). Des percus sixties copiées-collées et parfaitement détourées, des riffs besogneux qui arrivent à leurs fins (We are young… et ça s’entend : pas possible de claquer un truc pareil à plus de… c’est vous qui voyez). Du chaloupé à distorsion (Loosen up), de l’indie à peine croyable, skinny, âpre, rêche (Neighbours), à se demander comment s’en sortir, à faire le 18 et puis appuyer sur replay… Non, non, restez là, c’est pas fini. Y a encore Settle one, un tube de face B. Des constats faciles : World gone bad et ce qu’on en retient, c’est que ça valait bien un morceau pareil.
Du binaire déguisé en tribal ; grimace et sourire en 3mn (No say). Au moins un hymne à hululer entre potes (You’re the light) et ces roulements de caisse claire qu’on imaginait plus possibles. Du Clap Your Hands Say Yeah en beaucoup mieux et un quasi final où ils jouent enfin le jeu : Wake the breathing light démarre avec la fièvre… et à la fin, vous avez fabriqué le vaccin tout seul. Entre les deux, la guitare tient le rythme, à l’ancienne, c’est-à-dire qu’on sait que la suite va tenir ses promesses et nous en mettre plein les oreilles ; un bon vieux gros riff sur trois accords en route pour le crescendo. Ne partez pas maintenant, c’est le dernier. Pour la route. Voilà donc Oh no et ses allures de Neil Young ET le Crazy Horse : après 40 minutes d’écorchures et de pansements, ils osent nous faire le coup du couché de soleil…
Accroché dès la première écoute. Plusieurs écoutes. Ecoute.
The Shaky Hands // Lunglight // Memphis industries / Cooperative
http://www.myspace.com/shakyhands
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5 commentaires
Jamais écouté les Libertines mais pour les Strokes, y a de ça… En beaucoup mieux, vous l’avouerez. Sinon, pourquoi avoir honte ?
Alors, oui… Alors, non…
Reprocher à un groupe d’avoir un morceau au constat facile alors qu’on commence son article comme le morceau d’un chanteur astaffortai moustachu passéiste… Ce serait pas de la mauvaise foi, ça ?
Sinon, Vairnon, love…
C’est quoi, “un chanteur astaffortai moustachu passéiste…” ?
On t’a reconnu face de pour ou contre.
Quand est-ce que t’écrira français.




PLAY BLESSURES
Références peut être plus très branchés et avant gardistes, mais ça fait me fait étrangement penser aux premiers albums des Feu Libertines et surtout aux Strokes.
Et j’ai honte de l’avouer mais ça fait du bien.