Peut être qu’il n’y aura jamais de vrai rock français. Le problème n’est pas tant les groupes que la constitution d’une scène. Des qu’il y a un semblant de scène, les exclus s’insurgent, on crie au complot ou au sectarisme. Sinon vient la dérision systématique et la réduction symbolique. Ah les français, des vrai pros pour ce qui est de l’engueulade et du débat. C’est la dispute entre les anciens et les modernes ; à force d’apprendre de telles choses à l’école, on en finit par devenir un peuple incapable de croire en soi culturellement parlant.
Nous sommes le 14 juillet et des cons lancent des pétard un peu partout. Cette année la fête nationale s’annonce en catastrophe: un concert gratuit de Tokyo Hotel sous mes fenêtres. Et alors que j’essaye de boire un verre de whisky pur (Je vous le déconseille, à moins d’être déjà bourré), je pense que c’est le retour des allemands sur le champ de mars.
“Got a creepy kind of talk/ and a creepy kind of walk”. Creepy, comme dans les films d’horreur cheap. Film pour émoustiller les jeunes filles de 14 ans, avec un Frankenstein qui ne doit rien à Boris Karloff. Sauf que là c’est la fête. Des orgues en petite notes surplombées de guitares surf et la voix de James Arrr. Un enchantement gothique. Enfin gothique potache. On est tout de même en terrain Cramps, un gothique fifties dirons-nous. Comme à cette époque, le décor de cette album n’est constitué que de zombies, araignées, on oserait un cercueil mais guère plus.
S’il y a des fantômes qui planent sur ces chansons, ce sont plus ceux d’Eddie Cochran ou Link Wray. Squelette vêtu de cuir. “You Make Me Sssick”, chanson lourde, les perles de sueur habillent un front au teint de cuivre. Des instruments en sourdine, quelques cordes qui glissent, un Rhodes qui donne une teinte amère au sifflement du serpent. Les Mission Creep ont accouché d’un album magnifique, quelque chose qui devrait ravir tout les fans de guitares spectrales et de batteries inquiétantes. Une musique éthérée, sexy malgré toute attente. Peut être est-ce une sorte de traumatisme enfantin, la peur d’une première scène comme aurait dit Freud. A chaque recoin de ces chansons pourrait surgir l’image d’un défunt ou d’une femme panthère. En tout cas il s’agit d’un fantasme… Celui des harmonicas au soleil de minuit, des boots décharnées et des coyotes aux yeux lumineux dans la nuit. La nuit est noire, le mal rode, les rockeurs sont des gens hantés. Le tout est de savoir sortir ses fantômes au moment propice pour pouvoir danser avec eux… plus près… Plus près de nos corps.
The Mission Creep // In Sickness and in Health // Refractory Records
http://www.myspace.com/themissioncreeps




ETRE DIEU