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THE MAGNETIC FIELDS (Contre) distorsion

Distorsion, dernier album des Magnetic fields, annonce la couleur : feedback et mélodie, en descendance directe du Psychocandy des Jesus and mary Chain. « Chef d’œuvre ! », (...) suite

Distorsion, dernier album des Magnetic fields, annonce la couleur : feedback et mélodie, en descendance directe du Psychocandy des Jesus and mary Chain. « Chef d’œuvre ! », entonne la critique. « Disque impasse, » répond Syd Charlus, s’intercalant pour rompre le concert de louanges. Au fou ?

Avant de chausser les gants, il y a l’étape de la pesée, histoire de s’assurer que l’on boxe bien dans la même catégorie. Je monte donc sur la balance : oui, j’ai été déboussolé par les Jesus and Mary Chain en leur temps ; oui, Psychocandy m’a flanqué un tournis du diable -Darklands aussi d’ailleurs- et oui, Distorsion des Magnetic fields n’a cessé de tourner depuis plusieurs semaines dans mon manoir de la rive droite. C’est un disque sans aucun doute réussi qui mérite sa pluie de lauriers. Qui mérite aussi une bonne branlée.

On a compris l’idée derrière l’album : Stephen Merritt, cerveau de l’affaire, a repris le style créé par les frères Reid des Jesus and mary chain avec l‘album Psychocandy. Soit fuzz, mélancolie pop, réverb Spector enveloppant le tout dans un coton imbibé de rêve chimique. Et, effectivement, The Magnetic fields fait littéralement revivre les morts ! C’est à se damner ! Psychocandy est là devant nous, avec de nouveaux morceaux. Les larsens incontrôlables suintent au moindre break, s’infiltrent dans les failles laissées par les autres instruments, fascinante lave sonique, fleuve bouillant où l’on ne pense qu’à faire la planche quitte à griller sur place. Tout est là. Le groupe pousse l’hommage - et le vice- jusqu’à jouer comme les Mary chain d’époque (en plus assagi, tout de même) : droit au but mais hésitant, batterie ne tenant que sur une caisse claire une grosse caisse et un tambourin, comme Bobby Gillespie faisant sa révérence à Moe Tucker.

Stephen Merritt explique à longueur d’interview qu’il a voulu reprendre la « dernière révolution esthétique en matière de pop music », qu’il a « habité » une forme existante. Tu m’étonnes que les rigolos pleins de poils de Chronicart aient plongé. Ne manquez pas leur prochain dossier « Les passerelles multimédia haut-débit et le repackaging pop, une tendance de fond. Témoignage d’un sociologue danois contredit par un gourou californien ».

Mais ce style, ce mille-feuilles fuzzy, précisément… Ce sont les Jesus and Mary Chain et sur un seul album. Comment ne pas préférer l’image de cette bande de branleurs d’Ecosse, assemblant ce puzzle improbable pour déboucher, sans trop le savoir, sur un disque immaculé ? Est-il possible de préférer un genre de Roland Barthes à poil ras et rare qui prétend se glisser dans le « concept » ?
Des types qui n’ont rien pour eux si ce n’est une collection de disques qui s’enferment dans un garage pour tromper l’ennui, fuir la pluie ou les réparties vachardes des filles et qui découvrent un son, cela reste quand même l’un des miracles fondateurs du rock. Renier ça pour la compétence…

Et, please, trois fois please, je ne suis pas en train de dire qu’il faut « inventer » quelque chose de nouveau ou une connerie de cet acabit. D’ailleurs, à sa façon, Merritt invente, ce n’est pas le problème. Je m’en tape de l’invention pop ! Je sais comme vous que c’est bouclé ! Faudrait être naïf ! Le trip rétro d’Amy Winehouse (je parle du disque pas du cirque), je dis bravo ! Youpi ! En plus, elle botte le cul à toutes les chèvres chaudasses du R&B en chantant laid-back : vive elle, quelque part ! Vive You am I quand ils saluent les 60’s en un album, l’incompris Hourly Daily ! Vive la jeune Duffy ! Et le gonzai-chef Bester Langs pourra continuer à me jeter des pierres, me menacer de me couper les vivres ou m’interdire l’entrée de la rédaction (avenue Foch, côté soleil), je défendrai toujours Divine Comedy et son incroyable œuvre pop baroque Absent friends.

Mais ces gens ne recopient pas un album. Leurs influences se revendiquent, se mélangent et s’annulent. Amy Winehouse ne reproduit pas l’enchaînement des deux premiers titres identiques (sans l’être, abîme de complexité) de What’s goin’ on ? Elle prend – est-ce bien ou mal, on peut en discuter – un genre, une tradition (soul, groove, girl band, rock steady même) et livre son gumbo.

Distorsion serait un peu l’équivalent de ces scènes rachitiques du film I’m not there où Cate Blanchett refait à la perfection le Dylan en transit vers l’électricité. And so what ? Comme si nous n’avions pas déjà pas assez l’impression d’arriver après la bataille. Les images de Don’t look back existent, nous les connaissons, elles sont plus accessibles que jamais. Enfin, soyons honnêtes, Distorsion n’est tout de même pas aussi ridicule que le film de Todd Haynes.

Cet album fonctionne finalement comme du bon marketing : 1/ sembler déjà familier, connu ; 2/ se présenter comme indispensable. On m’objectera que tout l’art de Merritt est celui des masques, des multiples identités, que Distorsion est un genre de concept album qui parle de « distorsion des sentiments » (quoi ? passe-moi le sergent pepper, plutôt que de dire des bêtises). Si l’on accepte cette version des faits, alors tout est bouclé : c’est un faiseur doué, n’en parlons plus.

Avec Distorsion, on se retrouve en pleine blague post-moderne. La fameuse impasse, certes inévitable. Un homme amoureux ne peut plus dire « Je t’aime follement » mais, conscient des années et de la course du monde, lâchera « Comme on dit dans la collection Harlequin, je t’aime follement ». Dédouané, spirituel, il se sortira de ce piège tendu sans le savoir par tous les hommes qui l’ont précédé dans le même exercice.

« Comme dirait Psychocandy, je fais de la pop bizarre qui ne se veut pas de la simple pop, » balance Merritt. Avec une louche en plus : un clin d’œil appuyé aux types de sa génération. Le revival, pourquoi pas, celui que vous voulez. Mais Distorsion, c’est l’étape de trop, l’impasse assurée vendue comme un boulevard arboré. Encore un ou deux disques de ce type – forcément moins bons, en plus – et nous n’aurons plus envie d’écouter la moindre nouveauté. Juste de faire les malins en les décodant.

Le talent de Stephen Merritt est pourtant manifeste. Il aurait fallu être sourd à l’écoute des 69 love songs pour passer à côté. Il est clairement au-dessus du lot. D’ailleurs, sur ce dernier album, il accouche de compos assez fines, directes mais évidemment plus malines que celles de Psychocandy (exception faite de l’atroce mélodie de Zombie Boy). Il réussit même plusieurs numéros de crooner sur fond de noisy pop, comme Old fools : imparable, impossible d’en décoller.
Mais, on peut aussi se dire, après de nombreuses écoutes, que ce Magnetic Fields joue petit bras. Finalement, par rapport à la matrice écossaise, les voix sont mixées en avant, bien nettes, les chœurs nappent parfois l’ensemble, la voix féminine vient rythmer le paysage, c’est… professionnel. Rien à redire.
Quand on remet Psychocandy, on est au contraire pétrifié, pris dans la lumière (et la chaleur) blanche des phares. C’est un bloc, du ciment sur le crâne, des moellons dans la bouche. C’est épuisant et après une face, on marque le pas, essoufflé. On bénit le ciel ou qui vous voudrez pour l’avoir en LP : au moins il y a une coupure au milieu. Et ca repart sur Never understand, entre Surf et Alan Vega, grandiose avec sa fuzz hurlante comme une sirène d’alerte à la bombe. On pourrait en faire des tonnes sur la voix, à la fois marmonnée et chantée. On ne trouve pas un tel style, parce qu’on ne le cherche pas. Ça doit sortir tout seul. Ce qui stupéfie sans doute Stephen Merritt, toujours prêt à doser effets et références.

Finalement, Distorsion, c’est un peu comme quand l’easy listening force sur le kitsch : au bout d’un moment, cette musique ne veut plus rien dire. Qu’est-ce qu’on a en tête après l’écoute de ce disque ? Stephen Merritt qui nous dit «Psychocandy, je peux le faire et en mieux, en plus élaboré». Et après ? Loveless de My bloody valentine chanté comme Nick Cave, avec un prix d’ami pour les trentenaires qui auront compris la blague ? Finalement, les derniers Supergrass, Malkmus ou MGMT, sortis à la même époque, valent mieux que cet album. Moins brillants peut-être (encore que…) mais aussi moins poseurs, malins et surtout livrés sans mode d’emploi.

Ce Distorsion tout neuf, briqué de près, est un genre de salon de taxidermiste, avec des trophées de chasse au mur, des têtes de cerf, de raton laveur, le son des frères Reid… Alors que la pop, ça doit être une chasse au lion ou, du moins, s’efforcer de le rester. Essayons de ne pas céder au moins sur ce point.

The magnetic fields // Distorsion // Major

http://www.myspace.com/themagneticfields

7 commentaires

OK, c’est clair que si tu compares MGMT à ce truc…sonore…
Non sans déconner la chanson drinking song de Divine Comedy vaut mieux que toute la branlette qui a pu être assenée sur ce zine. C’est tout.

Commentaire par Matt Oï, le Lundi 24 mars 2008 à 22:35

Je ne suis pas loin de le penser également (je parle pour mes propres papiers, bien sûr). Même si, Absent friends, est au-dessus de Promenade selon moi.
( PS : ne jamais trop critiquer la branlette tout de même, prudence… l’avenir a de ces surprises, parfois)

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 24 mars 2008 à 23:45

OK, pour moi tous leurs albums sont excellents (aussi a short album about love, liberation, regeneration et j’en passe).
Sinon, histoire d’être constructif jvoulais rester un peu dans l’esprit rock de mondes parallèles en proposant de chroniquer un pote de Los Angeles qui a signé sur un label toulousain et qui sera en concert bientôt en France: Beau Landry: http://www.myspace.com/beaulandry

Commentaire par Matt Oï, le Lundi 24 mars 2008 à 12:26

enfin pas moi, vous…

Commentaire par Matt Oï, le Lundi 24 mars 2008 à 12:28

Et “a singer must die” si ça vous dit, c’est une tuerie.

Commentaire par Matt Oï, le Lundi 24 mars 2008 à 13:35

Pour a singer must die, je ne suis pas encore convaincu totalement par ce que j’ai entendu (même si c’est très élégant). Je tenterais une réécoute. Je vais écouter Beau Landry dès que possible.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 24 mars 2008 à 15:15

Mais moi j’aime bien la techno parfois, on a le droit de ne pas aimer des trucs aussi merde quand à la chanson française. Y’a aussi des trucs qui se passe aussi et surtout aux alentours des moyennes métropoles,rennes, pau, ce style de villes ou daho a souvent fait des concerts, et pas que des lives playback baclés, la distortion, california girl est certainenment une sacrée bonne chanson. j’ai le sentiment que finalement on est trés peu à penser que la pop/rock américaine par rapport aux anglais, je sais pas trop.

Commentaire par gregory lemarchal nous voila, le Lundi 24 mars 2008 à 22:10

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