Un groupe mené par le leader des Arctic Monkeys, sur le papier, cela n’a rien de bien attrayant. Parce que vraiment, les Arctic Monkeys, avec leurs fans incultes, leur batteur qui se pointe en jogging à Taratata, leurs gueules primitives, leurs immondes pochettes, ça donne même pas envie d’écouter ne serait-ce qu’une intro. Mais, pourtant…Il y a de cela presque un an, le NME parlait déjà dans ses lignes du nouveau projet d’Alex Turner et de Miles Kane des Rascals: The Last shadow puppets…
Puis, vint cet entretien avec les deux concernés dans les colonnes d’un magazine français que l’on connaît si bien, où ces jeunes anglais en caban et au teint livide parlent d’orchestration, de beauté pop, de Serge Gainsbourg… J’étais déja preneur. Direction Itunes store, où leur EP quatre titres était disponible, une petite semaine avant la sortie de l’album. Et quelle claque!
La première chanson, The age of the understatement (qui donne d’ailleurs son nom à l’album) est une cavalcade rythmique intense et qui suggère un doux mélange entre Ennio Morricone et Scott Walker: déjà, la messe est dite. Ces Anglais seront toujours surprenants.
Qui aurait cru que le type qui a formé le groupe le plus chiant du XXIème siècle puisse écrire quelque chose de si beau?
last-shadowIci, les violons envoûtants flirtent avec les guitares incendiaires, et les voix, parfaitement harmonieuses entre elles, viennent compléter le tout. Et ce n’est pas fini: le deuxième morceau est un autre brûlot aussi rageur qu’esthétique: Two hearts in two weeks, où le son des guitares, incomparable, est d’une perfection qui n’avait pas été atteinte depuis longtemps. Puis on souffle: une balade (ils ont même fait une balade!), jouée entièrement à l’orgue, avec le son d’un “Bal des lazes” et une rythmique presque northern soul. La chanson s’appelle Wondrous place, et parle d’un endroit paradisiaque…dans les bras d’une femme: un thème baudelairien en somme, ô combien romantique.
Enfin, le EP s’achève sur un petit bijou pop, In the heat of the morning avec la recette qui marche: un pont parfait entre couplet reposant et refrain entraînant.
Voilà une envolée musicale qui, espérons-le, va marquer son temps comme il se doit: quatre chansons irréprochables, tant sur la mélodie que sur la cohérence, un vrai défi rythmique, “Rave up” comme disaient les Yardbirds. Nous tenons là les deux prodiges de la pop music des années 2000, à laquelle ils achèvent de redonner ses lettres de noblesse: on croirait une production de Phil Spector! Merci à eux.
Alors impatiemment, j’attends les quelques jours qui me séparent de la sortie de l’album, et, le jour J, légère déception: le disque est, comme la plupart de ceux qui sortent aujourd’hui, quelque peu ennuyeux, et aucun titre ne vaut les trois qui étaient présents sur le EP et absents de l’album. Evidemment, cela reste correct, et largement au-dessus de la moyenne.
L'age-de-raison Mais, pas de quoi s’extasier; une réflexion s’offre alors à moi, au sujet du format EP justement. Un format, qui, au temps du vinyle, faisait loi, et qui a tant fait ses preuves dans les sixties. Un format qui n’aurait jamais dû mourir à vrai dire. Parmi le peu d’artistes qui s’y sont réessayer, j’entends à l’échelle du grand public, il y eut les Babyshambles, et d’ailleurs, il s’agit de leur unique disque écoutable, The blinding Ep.
Le maxi 45tours, obsession des collectionneurs, pièce idéale pour l’écoute, plus conséquent qu’un single, ce qui permet de mesurer l’étendu réelle du talent de l’artiste, mais plus efficace en quelque sorte qu’un album, puisque plus court, plus frappant, sans oublier, en ce qui concerne le vinyle, la qualité du son optimisée, grâce à l’espacement des sillons.
Peu d’albums en réalité ont lieu d’être, quand il ne s’agit que d’une suite de chansons. En effet, s’il n’existe pas de cohérence dans l’enchaînement des titres, à quoi bon en enregistrer plus de dix sur un même objet, si ce n’est pour respecter les closes du contrat signé avec la maison de disques?
Ceci étant dit, l’apparition des “plateformes de téléchargement légal” a permis au format EP de renaître de ses cendres, ce qui donne l’agréable impression qu’enfin, il y a de l’action dans le monde musical, que la concurrence est de retour, au même titre que la spontanéité et que l’esthétisme pop. On se souvient du maxi sorti par les Shades en 2007, aussi sorti en vinyle, comme preuve de bon goût: le jeune groupe avait alors livré quatre véritables bombes adolescentes, dans la pure tradition du flash rock and roll.
Et enfin, gardons en tête The Last shadow puppets, qui ont exploité avec génie ce si beau format. Dommage que cela ne fut que virtuel: posséder l’objet restant le mieux.
Enfin, un souhait qui vaut ce qu’il vaut, mais qui se doit d’être dit ici: pourquoi ne pas revoir les groupes sortir des EP en vinyle, tous les mois en trouver de nouveaux, comme à la grande époque (passez moi cette expression), pour la maudite somme de cinq euros, avec de jolies pochettes, comme preuve que le cd ne vaut rien… En voilà un de renouveau de l’industrie du disque non?
Pensons-y. En attendant, The last shadow puppets, chapeau bas et affaire à suivre…
www.myspace.com/thelastshadowpuppets
13 commentaires
Comme si un groupe de musique (en l’occurrence je précise Les Arctic Monkeys parce que apparemment vous ne les considérez pas comme tel) se résumait au jogging du batteur ou à la “gueule primitive” de ses membres. Si on s’était contenter du look, on aurait jamais écouté les Beach Boys et si on emettait des doutes sur le talent d’une personne à cause de sa tete, le pauvre sebastien
Comme si un groupe de musique (en l’occurrence les Arctic Monkeys, je précise parce que apparemment vous ne les considérez pas comme tel) se résumait au jogging du batteur ou à la “gueule primitive” de ses membres. Si on s’était contenter du look, on aurait jamais écouté les Beach Boys et si on émettait des doutes sur le talent d’une personne à cause de sa tête, le pauvre Sébastien Tellier n’aurait pas élu domicile dans Technikart depuis un an.
Je ne suis pas une réelle fan des A.M et c’est justement pourquoi je pense qu’on peut les démonter autrement qu’en s’en prenant aux baskets de leurs membres (et ce même si cela offusque profondément votre âme de mods ou de dandy).
Cher louis
je pense que le second album des arctic monkeys n’est pas à la hauteur mais que leurs compositions ont le mérite de proposer des morceaux à la rythmique irréprochable . Certes le Batteur devrait retrouver la rue d’un bon styliste, mais je ne les trouve en aucun cas “chiant”.
Ils ont la force, la rage et la mélodie britanique qui me manquait depuis le premier supergrass.
Ensuite, en ce qui concerne le format EP il reste très cher à mon coeur tant leur pochettes nous sont envié dans le monde entier car l’exception culturelle française nous valait la gloire de pouvoir avoir quatre titre sur un petit 45 tours avec une pochette cartonnée et en couleur.
ce qui donnait un petit plus à le musique et je vois arriver avec joie le retour de ce format.
Mais en revanche en ce qui concerne l’album des LSP, certes le EP est de très grande qualité comme tu le soulignes, mais le LP à la force des musiques de films et des références qu’il cite.
chaque morceau me semble indissociable des autres et reste à mon sens une linéarité presque filmique. Nous aurions donc trouvé dans ce fantastique duo la grâce d’un gainsbourg, l’efficacité d’un De roubaix, d’un michel magne d’un francis lai bref
un disque et un groupe anglais qui une fois de plus damne le pion aux français lol
bel article encore une fois même si certains points meritent discussions.
petite precision
in the heat of the morning est un morceau chanté par bowie
moi j’aime bien le look des Beach Boys.
pas tout à fait d’accord pour l’effet des plateformes. Le téléchargement a surtout donné une accélération à la vente de titres à l’unité.
Ce qui il est vrai a un peu joué dans le panier puisqu’en choisissant un maxi (parfois un simple single surgonflé comme un wonderbra) l’acheteur s’évitent dix titres pour avoir un single et quelques try-out, edits ou remixes ni valorisants ni intéressants.
Sinon je considère les Arctic Monkeys comme le meilleur groupe pop rock anglais depuis une décennie au moins, jetant au panier le prétendu pouvoir de composition de Pete Drogue-erty en alternant la grosse disto et le fin fuzz, les arpèges Jam aux barrés Nirvana. Et j’ai longtemps retardé l’opportunité de les évoquer ici, ainsi que l’excellent à mon sens Last Shadow puppets (Ep & LP). Et à toute fin utile, james Ford n’a rien fait d’autre qu’être producteur et session man au Black Box, mais n’a eu aucun poids sur les composition. CQFD
Je suis tout à fait d’accord avec Louis. Pour ce qui est des EP ainsi que les Arctic Monkeys qui ne valent pas grand chose. Autant leur premier LP pouvait prétendre à quelque chose, autant leur deuxième présente un ennui… monumental ! Que l’on ressent dès les premières secondes de la première écoute.
Sur l’album des Last Shadow Puppets, il y a une chanson sublime, “the meeting place”, mais je trouve le reste moyen, on dirait the Coral avec des cordes -faut dire qu’à force d’encenser de la chair à tabloid aussi anodine que ou Pete Doherty (ou Amy Winehouse ds un autre style), on en vient à hurler au génie dès qu’un groupe de lycée refourgue un peu moins mal les Who ou les Kinks aux ados -et la presse, pas folle, exploite le filon … on parlait des Inrocks ailleurs, mais quand on voit ce pauvre NME,gosh ! Donc, forcément, qd le mec des Arctic Monkeys fait Last Shadow Puppets,pas étonnant d’entendre les mêmes glapissements d’extase que qd Suede (qui ?)volait 3 mesures à David Whitaker pour épicer son manque d’inspiration
Toutafait d’accord avec toi Monsieur Aa. La musique des LSP n’a pas grand intérêt et représente même une insulte à des groupes comme Love qu’ils auraient pu essayer d’écouter un peu plus pour ne pas tenter de reproduire vainement un rock instrumental aux formes plus généreuses et aux mélodies vraiment bien senties.
Je me permets d’employer ce terme compte tenu de leur talent respectifs qu’ils auraient pu utiliser à meilleur escient.
J’aimais bien le premier album des Arctic Monkeys comme truc pour danser, sans plus chercher de génie musical, j’aimais moins le deuxième, que j’ai trouvé assez chiant.
Mais ce qu’a fait LSP me pousse à penser qu’Alex Turner compte et comptera dans la musique.
Rien que pour Meeting Place, qui m’évoque un court métrage entier. C’est mélancolique et vibrant à la fois… Ce titre m’a fait penser au film Voyage à deux, de Stanley Donen.
Je me fiche bien de savoir s’ils ont pompé ci ou ça, je me fiche aussi de savoir quel rang ils méritent dans l’Histoâr de la musique.
Tout ce que je sais c’est que j’aime beaucoup ce qu’ils ont fait pour l’instant…
En effet je pense pas que le style véstimentaire de M. Helders puisse influencer la musique des Arctic Monkeys, même si je l’accorde, ses t-shit JAMAIQUE étaient vraiment horribles.
Et je ne suis pas d’accord sur la critique faite aux Monkeys, car le premier album était un reflet du indie britannique, assez entrainant, mais quand même assez proches des autres groupes du même genre, le deuxième a été une transition, y’a eu une recherche instrumentale, avec des guitares moins saturés, delay, et l’orgue dans “505″, ou même les bois dans “If You Found This It’s Probably Too Late”, des éléments qu’on retrouve dans l’album des LSP.
C’était juste un étape avant The age of the understatement qui est en effet très bien, mais en l’écoutant on reconnait le style des Monkeys, du moins c’est mon avis et puis il faut bien partir de quelque chose pour arriver à quelque chose de bien, et Alex l’a trouvé avec Miles Kane avec l’aide de James Ford.




PLAY BLESSURES
Le vrai génie là-dedans, qui n’est pas mentionné dans l’article, c’est James Ford, le producteur et metteur en son de TLSP. C’est un des deux mecs de Simian (celui qui a un Jewfro).