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THE DODOS Tombé au deuxième round

Je fais craquer mes phalanges qui blanchissent d'un coup. Je plie la tête sur le côté droit, puis le gauche, n'arrêtant la pression qu'au moment où retentit le (...) suite

Je fais craquer mes phalanges qui blanchissent d’un coup. Je plie la tête sur le côté droit, puis le gauche, n’arrêtant la pression qu’au moment où retentit le claquement fibreux des muscles encore jeunes (si si !) de mon cou.

Je me prépare au combat. Je ne mets pas de gants, parce que j’aime le sang sur les doigts. C’est comme le sexe ou la pisse. Cela laisse une odeur forte longtemps après que j’aime bien parce qu’elle confirme que les choses ont bien eu lieu.

VisiterC’est vrai à la fin, il y a tellement de trucs aujourd’hui qu’on fait en virtuel et dont on se demande après-coup si elles ont vraiment existé. A commencer par ces articles qu’on écrit sans être sûrs qu’ils trouveront des lecteurs. Des gens qu’on croyait avoir remporté, mais qu’au réveil moite on réalise n’avoir que fantasmé. Des cuites drôles qui déroulent des emmerdes à foison quand on réalise les lendemains ce qu’on a vraiment dit. Des groupes qui brillaient en album, et dont on passe le concert au comptoir à nier qu’on est là. Et puis, à l’inverse, des groupes qu’on se prépare à charcuter parce qu’ils le méritent bien et qui, subitement, et rien que pour vous donner mauvaise conscience, s’avèrent meilleurs en seconde écoute.

Les anglais ont une expression pour cela que j’affectionne totalement : It grows on you.
C’est joli non ? Ça vous pousse dessus. Comme du lierre. Une mauvaise herbe, à première vue. Une merveille de la nature à la seconde écoute.

Et bien sûr, Visiter des Dodos (nan, cherchez pas à faire votre mariole, ils ne sont pas de Toulouse du tout. C’est pas les mêmes, alors tu rentres chez Mémé feuilleter Télérama et tu fermes ta mouille) fait partie de ceux-là. Je vous assure que je n’aurais pas cru.
La première fois, cela m’avait collé des abeilles dans les ouïes et crispé les maxilaires. Je m’étais dit :

“Encore des puceaux qui croient qu’ils ont inventé l’antifolk.”

Oui parce que quand je suis chez moi à écouter (disons entendre) les disques qu’on nous envoie par palette, je suis rarement autrement que grossier. C’était brouillon niveau batterie, un manque d’inventivité comblé par l’usage intensif du tom basse, avec des petites voix d’ange et des arpèges sur une Takamine en plastoc. Le pire croisement entre l’énergie Pixies et Herman Düne…

J’ai foutu le machin sur la pile “A descendre à la poubelle” et sa sale gueule jaune (dont le groupe se plait à rappeler qu’elle a été dessinée par des enfants lors d’un de leur concert en école maternelle !!! On croit rêver non ? Pacadis, reviens ! Ils sont devenus fous.) m’a lorgné pendant plusieurs mois.

Alors j’ai chauffé mes muscles et bandé mes jointures et j’ai mis Play. Et là j’ai tout perdu. Comme un voleur du Bronx, cagoule et couteau prêts, qui tombe sur la chambre d’un enfant derrière la fenêtre qu’il vient de forcer. Finalement c’est très beau. Frais. Sincère et sans fausse volonté de blinder les charts et se remplir des baignoires de champagne ou de briller dans l’intelligentsia des torchons qui prônent les merveilles de l’expérimental. Alors voilà, c’est finalement ça. Du folk avec des choses inattendues dedans. Un muesly musical où on tombe parfois sur un fruit sucré qui rappelle les vergers de l’enfance où l’on chipait deux trois gourmandises avant de filer sous les gueulantes du voisin.

The Dodos ont désormais rejoint leur boitier. Moi, j’ai rangé mes gants… Un peu honteux.

The Dodos // Visiter // Wichita

http://www.myspace.com/thedodos

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