Mardi 13 novembre. Paris glacial, grève des transports, concert de The Dagons à la Mécanique Ondulatoire, le nouveau haut-lieu parisien du garage-rock de qualité. J’enfile mes gants. J’en prendrai moins pour poser mes questions.
Car le duo de The Dagons, aussi intrigants soient-ils, doit bien avoir sa vérité. Quelque chose d’indicible qui le pousse encore et encore vers le Venus in Furs du Velvet. Le force à se culbuter mécaniquement sur ce besoin de malaise. Sur ces violons (absents de Reverse, comme quoi mon rapprochement n’est pas si évident que cela) de John Cale noyés dans les guitares de Lou Reed, l’envie de se jeter du ravin sur un dernier accord noisy. The Dagons pratique le même malaise hurlé par une chanteuse à la voix d’une fille de quatorze ans. Et quinze étés.
J’arrive. J’enlève mes gants, trouve un siège. Karie la chanteuse est là, Drew Kowalski – un nom de serial killer, pour sûr, remarquez c’est un batteur qui joue du sitar- également, plus en retrait. Les deux viennent de LA, et semblent s’aimer. Déjà un bon début lorsqu’on sort un quatrième album à la fulgurance noire, et que le monde extérieur vous rappelle toutes les deux minutes que l’avenir est digital et les roses fanées.
Je lisais les articles parlant de vous avant de venir…. Tout le monde vous compare soit 1. Aux White Stripes. Soit 2. Au Velvet. Le Velvet je comprends mais…vous n’en avez pas marre d’être comparé à des duos ?
Karie (qui rigole, sans que je comprenne si c’est ironique ou sincère) : Oui, j’ai cru voir les mêmes comparaisons aussi dans les articles. C’est évident que nous nous rapprochons plus du Velvet Underground que des Stripes. Je pense que cela est du au fait que nous sommes un couple. C’est forcément réducteur.
Mais forcément minimal du coup non ? Le fait d’être deux, un homme une femme, seuls sur scène…
Karie : Oui mais cela fonctionne très bien comme cela. La mode semble être aux duos, on est pile dedans ! Et Drew est multi-instrumentiste, en studio nous essayons une multitude de choses pour avoir ce son. Le minimalisme ce n’est pas forcément être seulement deux sur scène.
En fait, Reverse sonnerait presque comme une musique enfermée dans une boite trop petite.
Karie (piquée au vif) : Ah, tu trouves ?
C’est… euh… Un compliment en fait.
Drew : Le minimalisme ce n’est pas forcément jouer avec moins d’instruments. On a enregistré l’album dans un studio pas plus grand que cette pièce (la pièce en question n’est pas très grande, NDLR) mais je crois qu’il se dégage une réelle ambiance de ce disque. On est revenu des dizaines de fois sur chaque piste pour aboutir à ce résultat.
Ok… Mais vous le réécoutez chez vous le disque, je veux dire, pour le fun ?
Drew : Pas souvent non. C’est très difficile.
Karie : Et dès que je le mets je repense à chaque étape de la création des chansons, des moments, des notes…. Maintenant que j’y repense on n’a pas enregistré tout l’album dans le même studio. Il y a cette chanson, Scylla, qu’on a faite dans une église. La réverbération était incroyable. Tout cet espace pour nous. C’était l’endroit parfait.
Scylla c’est la meilleure dédicace possible à Suicide en fait. Et justement, votre album me fait étrangement penser à un Los Angeles sous acide. C’est un rejet pour vous ? Entendons par là une forme de résistance au soleil et à la silicone ?
Karie (insondable) : Los Angeles ce n’est pas que les clichés que vous pouvez voir dans les téléfilms américains. Tout ne tourne pas autour de Sunset Bd et des palmiers. La réalité est vraiment différente. Plus grise en fait. C’est du bitume et des autoroutes. Et nous vivons en périphérie de LA.
Drew : Proche du désert en fait. C’est totalement excentré.
Concernant LA je m’en tiens à la stricte description qu’en fait Bukowski, rien de plus… je ne pense pas que cela ait beaucoup changé.
Karie : Oui…. Je te conseille quand même le film LA Stories sur le sujet. Et puis pour revenir sur ta dernière question nous avons également vécu à la Nouvelle-Orléans après LA, comme quoi tout n’est pas question de situation géographique.
C’est de là qu’est venue la chanson Not Enough je présume ? (Not enough parle de la gestion de la crise par Bush suite aux inondations en Nouvelle-Orléans, NDLR)
Karie : Oui, premièrement. Ce n’est pas une chanson tellement rentre-dedans en fait. On en prépare une pour le prochain album qui est nettement plus dure (sourire complice avec Drew). Ca nous semblait logique d’aborder ce thème, puisque nous l’avons vécu de très près.
Une majorité de groupes de rock américains semblent aujourd’hui tentés par l’engagement politique contre Bush. Les Smashing Pumpkins l’ont fait sur leur dernier album, Springsteen, Neil Young (okay, il est canadien, NDLR) même Laura Veirs….. Vous n’avez pas l’impression d’avoir raté un wagon ? De vous réveiller trop tard ?
Karie : J’ai travaillé sur les élections de 2004, j’ai vu la façon dont les élections ont été truquées, donc, non, excuse-moi, il me semble que le sujet est encore d’actualité. C’est dingue de se dire que sur sa deuxième élection Bush a été encore plus vicieux puisque dans chaque district des gens de son camp étaient pour biaiser le vote de justesse, juste de quoi assurer la victoire sur le fil.
Pour vous la musique peut encore faire évoluer les mentalités, comme dans les 60’ ?
Karie : J’ai plutôt tendance à être cynique sur ce sujet en fait (Rires). J’ai l’impression qu’il y a moins d’engagement et de réaction aujourd’hui. Regarde le président qu’on se tape ! (Rires)
Vous aurez peut-être un ancien acteur/gouverneur de la Californie comme prochain président en plus…. Bon sinon le prochain album sonnera comment ? Après avoir exploré au maximum l’angle Venus in furs, je veux dire, ca va partir vers quelque chose de différent ?
Drew : Oui totalement. Je vais ajouter pas mal de sitar, pour créer une autre ambiance. Quelque chose que peu de groupes tentent aujourd’hui. Et puis le fait d’être passé à l’enregistrement en numérique nous ouvre pas mal de perspectives. On peux vraiment s’amuser à l’infini maintenant.
N’y a-t-il pas le piège du tout numérique, sonner sale en digital, ce n’est pas moins intuitif ?
Drew : Non, je crois pas. Si tu écoutes bien l’album tu vois bien qu’il y a pas mal de son trafiqués, d’ajouts sur les pistes, etc…
Karie : Et avant on enregistrait sur un 8 pistes classique, ce qui limitait terriblement les prises. On prenait ma voix avec énormément moins de facilités qu’aujourd’hui. Bon on y va le concert va commencer.
2 commentaires
En fait j’étais rivé sur mon magnétophone qui marchait à moitié alors que mes lèvres avaient tellement froids que je bredouillais un anglais qu’elle passait son temps à “traduire” à son compère…. donc j’ai pas trop regardé.
Mais il me semble qu’elle était tout à fait épousable.




PLAY BLESSURES
Hum, elle est a l’air assez magnifique Karie. En photo du haut. Tu confirmes en live ?