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THE BYRDS Space Cowboys et Herbes Mexicaines

The Byrds Live at The Royal Albert Hall 1971 (Sundazed) Si la musique des Byrds de la période1969-71 n’a jamais eu de descendance, c’est pour deux raisons. Premièrement, l’inquisition (...) suite

The Byrds Live at The Royal Albert Hall 1971 (Sundazed)

Si la musique des Byrds de la période1969-71 n’a jamais eu de descendance, c’est pour deux raisons. Premièrement, l’inquisition du rock sixties a toujours préféré les petits anges blonds frêles et innocents, chantant Mr tambourine man ou virant quelque peu psychés avec 5th dimension, aux barbus freaks boueux, nourris aux westerns spaghetti et maltraitant leurs pedal steels avec orgie de fuzz.

Mcguinn on stage, 1970La deuxième raison réside dans la simple constatation que peu de groupes actuels, même américains, ont le niveau technique de Roger McGuinn, Clarence White, Skip Battin et Gene Parsons en 71. Une alchimie à quatre qui en matière de country psyché les a définis comme les tueurs les plus rapides de l’Ouest. Donc les Byrds de 71 restent un point d’orgue d’une musique qui n’a jamais été aussi proche des étoiles. Une traversée mal comprise devenue obscure avec le temps.

A cette époque Mc Guinn n’a plus rien à perdre, l’âge d’or de sa carrière est déjà derrière lui. Les autres ont traversé les sixties comme musiciens de studios réputés et cherchent la sueur et l’ivresse d’un groupe connu. Les cachets des musiciens au sein des Byrds ont du être également un argument. Donc le 13 mai 1971, les Byrds jouent au Royal Albert Hall, le moment phare de leur tournée anglaise, un an avant l’explosion à jamais de cette comète. Enregistré à la base pour les musiciens, souvenirs ou éléments de travail, ce live sort aujourd’hui sous la fine direction de Mc Guinn.

D’entrée de jeu, Lover of the bayou annonce le bon goût d’herbe mexicaine de la soirée. Sur cette première face du Dylan (You ain’t going nowhere, My back Pages) du Jimmy Reed (Baby, what you want me to do) ou du Jackson Browne (Jamaica say you will), les gringos mélangent les influences, les régions américaines dans une énième allure d’Easy rider. La voix de Mc Guinn s’apparente certes à un Zimmermann de Tijuana, mais quand ils se mettent tous à chanter à l’unisson, je donnerais presque tout pour être sur scène à ce moment là et voir le regard tendre de jeunes gamines hippies. L’air de ce début de concert est résolument amoureux, électrique et sans mise en scène, à une époque ou Genesis commençait le carnage non loin de là.

Quel était le public du Royal Albert Hall ce soir là ? un public folk ou les premiers nostalgiques du milieu sixties?

The ByrdsLa face 2 est acoustique. Juste Clarence White et McGuinn, banjo et gratte. Le traditionnel bluegrass d’entrée part à fond la caisse, une chevauchée où les mecs ont laissé leurs bécanes au bord de la route pour galoper à poil dans le désert. Mr Tambourine man semble la petite fantaisie commerciale de la soirée, le public attendait ça, vu l’ovation audible sur la bande dès les premières notes. Quel bande de connards, le même public qui ne comprendrait pas pourquoi les Stones ne joueraient pas Satisfaction aujourd’hui en concert. Bref c’est un autre sujet et un autre débat. Après une reprise de Woody Guthrie (Pretty Boy Floyd) et un autre traditionnel (Take a wiff on me), les mecs jouent leur tube de l’époque Chestnut Mare. Une beauté country magnifiquement interprétée sur un tempo rythm’n’blues. Mineure et dorée des couleurs de Clarence White, véritable feu d’artifice de la guitare country, Chesnut Mare a ce truc indéfinissable qui donne des frissons. Revenir à la source, écouter de la musique sans réfléchir, comme à 14 ans.

La face 3 est un peu le truc que j’attendais. Le truc que tous les abrutis de la new wave, du punk ou du post punk et de toutes ces conneries, appelez-les comme vous voulez, n’ont jamais compris (excepté Television). Une version de Eight Miles Hight de 18min38. Le moment où les musiciens se relâchent et s’éclatent le plus. Une taffe avant et la notion de groupe n’a jamais été aussi bien définie. Une jam de luxe qui pousse nos quatre cowboys au maximum, devenus des Kowalskis de la perfromance rock n’roll. Ce tube psyché indouisant et coltranien dans l’intention datait de 1966.

The Byrds live at Royal-Albert Hall Autant dire que la version de ce soir là n’avait rien à voir. Ils partent en roue libre country, faisant grincer quelques pneus sans pour autant tout donner dès le début. Arrive le grand barbu Skip Battin et le très funky Gene Parsons, qui prendront quelques minutes pour délivrer un basse/batterie fascinant saupoudré de «Yer » venant de Mc Guinn ou de White. Impressionner ses partenaires est l’élément qui déclenche la magie. Le son très soul de la basse fait grimper la percussion de Parsons dans ses meilleurs retranchements. Arrivés à l’orgasme, des riffs de grattes reviennent et la locomotive s’envole pour toujours. Un peu de chant pour rappeler le morceau et la suite est irréelle. Les deux grattes se percutent jusqu’à une explosion finale qui repart en fait sur une minute de boogie comme des malfrats sortant de la banque en courant, sourire aux lèvres.

La dernière face est pour les tubes. So you want to be rock n’roll star, Mr Spaceman, joués avec une finesse et une électricité qu’ils n’ont pas dans leurs versions studios. Et ce putain de kick de batterie qui résonne dans ma tête. On n’a jamais entendu une grosse caisse de batterie aussi bien que dans ce live. I trust, compo de McGuinn et Nashville west, écrite par Gram Parson et Clarence White rendent ces boys attachants parce qu’en fait ces gars se sont éclatés et n’avaient pas besoin de se métamorphoser en morts vivants pour créer, comme cet enfoiré de Lou Reed. N’y voyez pas là une médiocre leçon de morale digne des meilleurs évangélistes mais c’est juste que les Byrds de 71 avaient cette folie de liberté et d’électricité, ce goût d’herbe qui reste scotchée au palet et ces cheveux venus d’un autre monde. Un truc qui me fascine à mort.

Version country pour terminer ce disque d’une autre histoire de l’Amérique. Roll over beethoven, suivie d’un traditionnel à capella, Amazing grace. La messe est dite. Pas de positivisme forcé après l’écoute de ce disque, juste l’impression d’être invincible face à la soupe populaire des festivals de l’été.

Si vous ne comprenez pas ce disque ou si vous trouvez ça chiant, ce n’est pas grave, vos parents sont déjà passés à dix mille de tout ça. C’est donc génétique et c’est moche pour vous.

2 commentaires

Je vous ai reconnu, Alexis, vous étiez à Londres en 1971 - vous aviez peut-être répondu à l’appel du Général en 1940 et trouvé la Tamise brumeuse plus adaptée à votre tempérement que la Loire doucereuse et la Seine vulgaire.
Bref vous étiez dans la foule ce soir-là, on voit bien que vous revivez le concert de mémoire. Moi, j’y serais bien allé à l’époque, mais mes petits-enfants n’avaient pas voulu signer le bon de sortie de la Maison de Repos André-Malraux.
Du coup, suite à votre article, j’ai ressorti le coffret des Byrds qui traine à la Maison de Repos, et, non, il n’y a rien à faire, je fais parti des indécrottables dont vous parlez plus haut, à part les titres les plus pop et les covers de Dylan, je reste assis sur le perron.
Quand même, il va falloir que je fasse pression sur le service culturel d’ici pour qu’ils commandent ce live…

Commentaire par requis, le Lundi 9 juin 2008 à 22:52

Wouhaou,
Superbe Chronique.
Déjà que (untitled) était mon disque de chevet, à cause de la formation Byrds de cette époque… Je vais donc m’empresser d’aller écouter celui ci.
Et vraiment, superbe chronique disque, bravo.

Commentaire par lol, le Lundi 9 juin 2008 à 10:41

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