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TENDANCE Le Gonzo journalisme

Les sots n'ont qu'à bien se tenir. Voilà la phrase qui tourne en boucle dans mon esprit. Les sots n'ont qu'à bien se tenir. Parce que s'attaquer au (...) suite

Les sots n’ont qu’à bien se tenir. Voilà la phrase qui tourne en boucle dans mon esprit. Les sots n’ont qu’à bien se tenir. Parce que s’attaquer au Gonzo journalisme, c’est un peu comme vouloir faire du roman picard ou du jazz fusion : ça ne s’improvise pas. Ça demande un peu de rigueur un peu de compréhension et de savoir vivre. Au moins cela.

gonzovisionEt pourtant, notre chère forme de journalisme sera le grand truc de la rentrée 2008. On le sent venir gros comme une maison. Après un dossier honnête mais sans flamme dans Technikart, voilà que toute la lie de notre contexte culturel (j’entends par là nos jeunes cadres travaillant dans les médias, parisiens, branchés, journalistes dans le pire des cas, systématiquement blogueurs) vont s’emparer de la chose à deux mains.

Oui, il y a six mois, ils ne connaissaient pas Thompson, aujourd’hui c’est l’explosion de “pur gonzo journalisme”. Affolant. Enrageant serait plus exacte.

Mais bon, ainsi va la vie. On arrive bien à survivre au revival rock, on devrait soutenir l’épiphénomène gonzo. Jusqu’a sa diffusion sur la TV hertzienne. Parce qu’il ne faut pas nous la faire: il existe en tout et pour tout moins de 10 écrivains gonzo historiques dont aucun n’est arrivé à la cheville du maître dans l’exercice (peut être Bangs). Le gonzo, c’est surtout une influence souterraine dans la presse Nord Américaine, une nouvelle manière de mettre en scène l’investigation politique. Mais la démarche hallucinée et moqueuse thompsonienne… assez rare à lire sous une autre plume.

Et en France… j’en parle même pas. Si “gonzo” c’est un papier sur ma soirée sous MDMA ou dans une boîte cul… Car en France, la filiation est lourde de sens. Du journalisme à la première personne, pour nous, c’est Proust dans le Figaro ou Balzac et sa Chronique de Paris. C’est tout de suite la pause dandy et l’écriture romantique. Parce que nos freaks à nous ne sont pas beaux à voir. Trop marginaux pour être compréhensibles. Et ils se moquent du système, donc ne peuvent avoir un regard critique dessus.

etre-gonzo-par-juulJe n’aurais pas la prétention de m’annoncer meilleur gonzo journaliste que la lie. Après tout, cela se pause là. Ni ma vie, ni le contexte et encore moins les gens qui l’habitent le permettent vraiment. Pourtant, notre société n’a jamais eu autant besoin d’un regard décadent. Mais au moins, on potasse les livres, cherche les possibles. Pourquoi le dossier Technikart occulte l’autobiographie de Thompson, le dernier livre qu’il n’est jamais sorti, son testament avant la balle dans la tête. Allez, je ne vous en donne pas le titre, démerdez vous pour le trouver.

L’oeuvre de Thompson est toujours étudiée sous la thématique de la drogue, parfois de l’humour. Mais la fondation de son oeuvre, la vraie matière du gonzo journalisme, c’est la peur. Oui, c’est la peur qui fait avancer le rédacteur tout au long de son périple. La peur provoquée ou subite, pour parler plus vite, se cacher, fuir. Le gonzo journalisme aujourd’hui, c’est le photographe de guerre ou la vision quasi artistique d’une réalité crue.

Le problème, c’est que la réalité n’intéresse pas cette catégorie de gens, les branchés. Le but du quotidien bourgeois n’est-il pas la fuite de cette réalité ? S’enfermer dans les disques, la drogue et le networking. Se construire un rempart avec l’extérieur. L’attitude contraire au psychédélisme, culture au combien déterminante dans la création du gonzo journalisme.

Aller à la gardent party du 14 juillet sous MDMA est il gonzo ? Certainement pas. C’est aller à la Garden party qui est gonzo. Aprés, l’être sous MDMA ou sur un chameau, tout dépend de la personne qui prend la plume. Le tout est d’être fidèle à soi-même.

Cliché: être gonzo ça ne se crée pas, ça se sent. C’est une intuition profonde du soi inadaptable au système de pensée classique. C’est le refus naturel des règles didactiques et d’esthétisme dans le sérieux. La base de toute révolution culturelle.

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6 commentaires

“Si la question choc de l’année dernière, était pour moi « Alors, c’est quoi être punk aujourd’hui ? », cette rentrée, je troque pour « Gonzo, aujourd’hui… alors ? dites ! » C’est vrai que j’aime bien le mot. Qu’il renvoie a Hunter S. Thompson ou a Lester Bangs. Et que, surtout, il dit le principal : vivre le truc de l’intérieur.”

par Patrick Eudeline, le Mardi 01 Octobre 2002
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Il était alors en promo pour un livre intitulé Gonzo … ce qui lui avait donc ouvert une petite tribune dans Technikart (évidemment !) La roue du hamster continue son ronron ici …

Ca fait bien deux ans que je ne lis plus ce magazine, mais les meilleurs souvenirs qu’il me laisse proviennent quand même d’articles estampillés gonzo, eux aussi, en immersion chez des troglodytes, les sapeurs zaïrois ou encore des supporters du PSG … z’ont raison de s’y remettre.

Dans le fond, tendance ou pas ? -je crois qu’on est passé au stade du classique indémodable parfaitement toléré par le système depuis un bon moment- on s’en fout. Vouloir faire de ce “truc” une église, avec son dogme et ses prophètes n’a probablement pas beaucoup de sens ; à moins d’avoir une idée de business derrière la tête naturellement.
Et au cas où je me trompe : faut vraiment faire un schisme (voire une guerre fratricide) avec ces putains de Rock critics … pour que ça prenne un peu d’intérêt.

Commentaire par Tristero, le Lundi 28 juillet 2008 à 2:55

J’aime bien quand d’autres laisse des commentaires qui explicite ma pensée à ma place. C’est toujours ça de moins à faire niveau effort. Merci Tristero.

Commentaire par sylvain, le Lundi 28 juillet 2008 à 13:02

Que le micro-cénacle de la hype soit condamné à se renouveller à chaque instant pour se maintenir tel, et ne pas moisir d’ennui-et c’est bien connu, l’ennui dévore l’âme et amène à exhumer le fluo comme le gonzo; ça, on s’en fout, c’est affligeant,le vide intersidéral, on le sait, rien que l’écrire est assommant
Que toute contre-culture est par essence vouée à devenir culture sitôt qu’elle est nommée,définie et répertoriée, Debord, Foucault et une pléthore d’autres l’ont très bien expliqué, on peut affûter et affiner un peu, mais le principe théorique reste efficace,
Non, le vrai truc, c’est la littérature, voilà.Parce que relancer le cours de la chemise WaÏkiki, ça ne va pas être bien difficile, mais électriser les lecteurs et les convaincre qu’on combine le panache, l’acuité, l’audace, le caustique et le partial comme état naturel, et qu’Ambrose Bierce n’a jamais existé, ça…
En fait, juste vous dire merci, les gars, pour Gonzaï. Parce que vous lire, moi, ça me réconcilie avec la vie.Vraiment.

Commentaire par La fée Clochiante, le Lundi 28 juillet 2008 à 23:00

Un fantôme disparait

Presque mort. Je suis là, la tête à côté des enceintes. Autour, une foule informe s’agite, se tord et a l’air de jouir. C’est le seul mot qui me vient, celui qui me semble le plus juste : étrange paradoxe que cette acuité à sentir ce qui se passe alors que je suis presque un fantôme, un effacé, un parmi tant d’autres. Ca va faire une heure que Simian Mobil Disco joue, ils en sont au climax : basses énormes, beat marteau et aigues en lianes s’enroulant tout autour, s’adressant direct au système nerveux. Les bras sont en l’air, armée blanche soulevée, avec ou sans ecstasy, avec ou sans alcool, avec ou sans un deuxième paquet de cigarettes et qui tient à faire savoir que la sueur coule à flot et qu’elle a une bonne raison de s’échapper de tous ces corps en transe. UNE BONNE RAISON. Trouvez moi une seule bonne raison.

Accoudé au bar. Une bière XXL dans la main, mes oreilles s’habituent au relatif calme de l’endroit ; dans un festival, le silence n’existe pas. J’attrape une cigarette, hésite à la manger et puis je me fais une raison ; je l’allume. Un individu s’approche du bar pour commander, me reconnaît, je tends la main, il veut me faire la bise, j’hésite, ça doit durer deux secondes ; aucune bonne raison ne me vient… «Ca joue, hein ! C’est du bon son, non ? » Je hausse les sourcils d’un air impressionné en guise de réponse, m’empêchant de lui répondre qu’il parle à un hologramme et que lui aussi m’a tout l’air d’en être un, la tentation de lui passer le bras au travers du corps me vient, pour lui prouver que j’ai raison, des images de Blade Runner me reviennent (replican, pas replican ?), des images de David Lynch me reviennent (y a t il quelqu’un dans la pièce, pourquoi ai-je si peur?), des images de Georges Romero me reviennent (quoi de plus effrayant qu’un zombie ? qu’un MORT VIVANT ?) et pour finir des images de Sergio Leone me reviennent (ces batailles de zoom, quel classe quand même !) je pense « à quoi ça peut bien ressembler, un duel de fantômes ? », je réhausse les sourcils, façon impressionné, avec moue de rigueur, je le salue, je m’en vais. Sur la route, je bois quelques gorgées de ma bière. Trouvez moi une seule bonne raison.

La bite à la main, le verre coincé dans ma bouche, je regarde tout autour de moi, du haut de cette pissotière géante. Là bas, une jeune fille maigre en treillis tape un rail de quelque chose, juste à côté de moi, un échalas à casquette de travers secoue mollement son bidule, plus loin, un groupes de trois ou quatre très jeunes gens ont l’air de bien se marrer, à côté d’eux, une mini-enclave à bobos se passent et se repassent un téléphone portable, il semble y avoir un problème TECHNIQUE, talons à la con pour elles, slim à la con pour eux, airs désabusés pour tous, le putain de téléphone continue à ne pas vouloir marcher ça a l’air d’être UN VRAI PROBLEME, l’un d’entre eux fume un ENORME JOINT qui n’a pas l’air de vouloir quitter sa bouche, à en juger par l’épaisseur de la fumée il a dû le charger comme une mule des images de Las Vegas Parano me reviennent, ce film ultime où il n’existe pas UNE SEULE PUTAIN DE BONNE RAISON. Je secoue à mon tour mollement mon bidule, jette un œil au groupe qui se marrait tout à l’heure, ils ne sont plus là. Alternant regards à mes chaussures et devant moi, je retourne me plonger dans le son.

Je danse. Je danse comme un dératé. Je transpire. A peine si je frôle les gens autour de moi. Pour quelques instants, Dj machin me tient dans le creux de sa main, je pense boule à facettes, baskets trouées, mouvement de foule, fantôme chevauchant une comète de smarties, je pense déhanché, électricité, déesse electricité, la seule l’unique, je pense rock, rock et encore rock, je pense à mon fils écoutant les compos d’un pote et essayant de lui parler dans l’écouteur, je pense c’est toujours marrant ces mecs qui hurlent qu’ils ne sont pas furieux, je pense colère, colère et beauté mélange explosif à se damner je pense c’est quoi l’âme, je pense mais qu’est ce qu’il fout ce mec là-bas avec ses lunettes de soleil alors qu’il est presque 4h du matin, je pense bouge bouge bouge je pense absolu, infini, je pense ô temps suspend ton vol je pense crie, hurle, saute à deux mètres de haut, je pense déchire tes vêtements je pense litres et litres de whisky, je pense quelle belle grimace je pense agencement, design et architecture musical, je pense chacun sa danse et merde à dieu, je pense une seule bonne raison et puis je ne pense plus.

Presque mort. Les doigts dans la mayonnaise. Quelle blague ! Je ferme les yeux. La frite trouve tant bien que mal son chemin jusqu’à ma bouche, l’envie de vomir est en train de passer, celle de chialer, un peu moins. Dans cinq minutes, je quitte le festival, un taxi vient me prendre sur le bord de la route, je lui souffle l’adresse, lui demande s’il peut éteindre la radio, ce qu’il fait. Alors je colle mon front contre la vitre et je regarde défiler les lumières de la ville, ce qui est un lamentable cliché pour dire que j’ai l’âme qui se tord mais comme c’est vrai, je serai à moitié pardonné. Pour l’instant, je mange une frite molle dégoulinante de mayonnaise.

Commentaire par Reno, le Lundi 28 juillet 2008 à 21:39

hum, hum…

et donc?

Commentaire par Little Johnny Jet, le Lundi 28 juillet 2008 à 12:41

les illustrations méritent aussi un salut bas

Commentaire par charline, le Lundi 28 juillet 2008 à 11:34

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