Premier télégramme – Date illisible.
Syd Charlus to Ground Control
Trop de nouveautés, trop de disques, de myspace de jeunes, de facebook de vieux, d’inversement, de vice-versa, de tout-se-vaut : ai pris la fuite, « before they make me run »… stop. Inutile de chercher à me joindre. Stop. La fuite en avant et non à rebours. Plutôt Colonel Kurtz que des Esseintes. Stop. Ai emporté les Nocturnes de Chopin, Coney Island Baby, Village green preservation society et The young mods forgotten story. Stop. Ecrire à Maitre Palabaud en cas de communication urgente. Stop. Aucun e-mail ne sera lu. Stop.
Deuxième télégramme – Date illisible
Syd Charlus to Ground Control
Connerie des disques pour île déserte : Some girls me manque. Imprévisible. Stop. Ecoute de la musique locale. Horrible biniou world. Aucun retour prévu cependant. Stop. Pas là par hasard, maintenant le comprends. Ai entendu hier un titre de variété française échappé d’une radio. « L’horreur , » m’a soufflé Kurtz. Bien dit, mon gros. Stop. Ai repéré vos hommes. Vos commis. Ne reviendront pas, eux non plus. Stop. S’absenter puis s’abstenir : à méditer… Stop.
Troisième télégramme – daté de février 2008.
Syd Charlus to Ground Control
AI vu une fusée rougir la nuit. Naufrage. Surtout ne pas bouger. Stop. Trouvé : le dernier album de Supergrass, échoué sur plage boueuse. (Pourquoi tout le monde s’imagine des plages immaculées ? L’eau et la terre donnent de la boue et rien d’autre.) Ai donné le disque aux gamins du coin. Leur ai enseigné la philosophie du freesbee : aussi intéressant à lancer qu’à recevoir, jouir de la vue de l’objet qui plane, « Ô temps, suspends ton freesbee ». Stop. Des souvenirs, malgré moi : Moving, Richard lll, le talent naturel de Gaz Coombes, songwriter comme il respire, quelques grands concerts… Supergrass au-dessus du lot. Stop. Devraient arrêter, s’absenter eux aussi. N’iront pas plus haut que Life on other planets, cette merveille. Stop.
Quatrième télégramme- Mars 2008
Syd Charlus to Ground Control
Accrocheur. Froid. Fier… ai rechuté pour le dernier Supergrass. Stop. Bowie plane sur tout le disque. Bowie de Lodger et Scary Monsters… Brillant, maîtrisé, irrésistible quand il le décide. Stop. Du fun glam aussi, plaisir brut et guitares lourdes, à la Bolan. Premier titre finalement très bon malgré intro repoussoir. Gaz m’a gagné avec son « Ohhh, can’t you see » sur premier refrain. Stop. Froid comme l’hiver chez vous, mélodique et dansant comme le printemps à venir. Un disque de transition. Rythmique défonçant chaque temps, comme des talons hauts sur un trottoir ensoleillé d’avril. Ai de nouveau envie de Paris. Stop. Rebel in you, grandiose. Final funky en son clair sexy : mon royaume pour une décapotable. Stop. Rebel in you encore : ai dansé seul hier, sous la pluie tiède, à cheval sur le tracé de l’Equateur, un pied au Nord, l’autre au Sud, beat Tamla et mélodie inquiète, le juste milieu entre deux hémisphères. Dansé torse nu pendant des heures. Regards moqueurs des descendants incas. Stop.
Cinquième télégramme – Une semaine plus tard.
Syd Charlus to Ground Control
Pochette stricte, glacis néo-mod, symbole de la reprise en main : Supergrass, Boudu sauvé des eaux normandes (Road to Rouen). Rough Knuckles se raidit comme du Talking Heads. Stop. Ai identifié la chanson sixties, Ghost of a friend , l’ai chantonné hier. Inutile d’y résister. Impossible. Stop. Titre final à la gloire éternelle de Bowie. Le Thin white duke peut se retirer des affaires, sereinement. Travail accompli pour combien de générations encore? Stop. Des gimmicks aux claviers, beaucoup. Tant mieux. Tellement de guitares stupidement empilées chez tous les autres. Stop. Son, compos, groupe : jouissif ! Brides abattues ! Pas de posture « grand disque dépressif » ici. Danse. Headbanging. Claquements de mains. Comme avant. Avant d’avoir accès à tout, avant de faire les malins avec les disques que personne ne connaît. Définition de la pop : l’enfance de l’art et l’art de l’enfance (pompé chez Paul Morand). Stop.
Sixième télégramme – Reçu hier
Syd Charlus to Ground Control
Retour Paris prévu, vol Air France 74243, arrivé ce dimanche 3H 30 du matin. Voyage : Supergrass en tête mixé avec les réacteurs bourdonnant et le kérosène s’échappant en volutes. Paris… doit bien rester encore quelques fêtes et quelques romances. Stop. Sinon, il faudra inventer. Stop. On a la bande-son. Stop.
Supergrass // Diamond Hoo Ha // EMI
http://www.myspace.com/supergrass
5 commentaires
Clap clap clap.
Oui Road to rouen, jeu de mot-hommage au Road to ruin des Ramones car le grpupe vivait près de Roeun à l’époque. Pas leur meilleur disque cela dit…
Ils ont enregistré le disque en normandie aussi, je crois.
J’ai trouvé l’album nul mais ta chronique est géniale ![]()




ETRE DIEU
Leur dernier album s’appellait “Road to Rouen”. Et juste pour ca il faut apprécier à vie ce groupe.
Vive la normandie libre.