Steve Tallis a la soixantaine bienveillante. Sa biographie raconte qu’il a joué avec les plus grands, de BB King à Dylan en passant par Clapton (Une erreur de parcours sans doute). Les gens disent que Steve Tallis fait du blues, d’autres écrivent qu’il fait de la World (Plonger ses doigts dans les racines algériennes, africaines et américaines fait-il du premier bluesman venu un world-music maker ? Encore une connerie d’homme blanc..). Ce que les gens ont tendance à oublier, c’est le regard de Steve Tallis. Un mélange de profondeur abyssal et de sagesse sans âge. Une modestie et un sens du bon -sens- qui font dire que Steve Tallis ne ment pas. Et pire que ca, Loko, le dernier né, guérit les âmes.
Le fait d’avoir enregistrer cet album, Loko, en seulement 5 heures, avec vos musiciens, autour d’un concept simple, laisser tourner trois accords de manière tribale…. Manière consciente d’aborder votre musique ou simplement l’envie d’évasion transcendantale ?
Je ne pense pas, je ressens. J’écris, et après advienne que pourra. Ce n’est pas important d’avoir une multitude d’accords. Les accords ne sont rien en fait. La plupart des chansons que j’aime tiennent sur un seul accord. Le blues…
C’est le concept du «less is more » ? The less you make, and stronger the song…
J’aime bien l’idée des couches qui se superposent. Les percussions sont une couche par exemple. Je n’aime pas répéter, aucune répétition. Je laisse le percussionniste improviser et jouer sa musique. Ma musique ne joue pas en répétition. Je joue depuis longtemps (1962, NDLR) et j’ai développé une forme de musique que certaines personnes acceptent de sortir avec respect. Ce qui n’empêche pas que toutes les compositions de cet album aient été enregistrées avant l’enregistrement.
Pas de trip « jam session » enregistrée en prise directe ?
Oh si, c’est une jam session. Enregistrer une performance live c’est une jam session. Je n’aime pas copier mes compositions sur bande.
En tant qu’auditeur, vous écoutez vos propres albums ? Le coté blues transcendantal vous touche-t-il également ?
Je fais du yoga en écoutant ma musique. Lorsque j’écoute les masters, je médite longuement tu sais… Des images viennent pendant l’écoute, un tas de choses, la mort également ! (Rires). J’ai toujours une vision assez claire de ce que doivent être mes compositions avant d’enregistrer en studio.
L’un des thèmes de cet album semble être la rédemption, la guérison (Healing by the first intention sur Loko) par la musique…
Pas mal de choses ont changé depuis le dernier album, j’étais nettement plus en colère. Depuis, j’ai arrêté de boire, de fumer, j’ai arrêté toutes les drogues. Pour Loko j’étais enfin «clean», autant au niveau physique que spirituel. Tout mes autres albums ont été enregistrés dans un état second. Ce qui n’en fait pas de meilleurs albums pour autant. Mon ancien album, l’album gospel, est l’un des meilleurs alors que j’étais déjà plus ou moins clean. Tout ce que j’ai pu lire dans ma vie, au delà des poèmes et des romans, tourne autour religion et philosophie. Le bouddhisme, l’indouisme, le soufisme, toutes ces religions, le vaudou, me passionne. Je me rapproche peut-être plus du bouddhisme remarque… Pour revenir sur le thème de la guérison, un aborigène m’a dit un jour quelque chose de très vrai : Quoi que tu désires faire, à toi ou aux autres, c’est l’intention première qui s’impose toujours. La guérison se rapproche de cela, et l’arrêt des drogues y est étroitement liée.
Stopper les drogues et la cigarette, cela vient donc de ce changement ?
Tu sais cela fait 40 ans que je joue dans les clubs, et c’est mon corps qui m’a demandé d’arrêter. Je chantais moins bien, mes poumons étaient pleins. Et j’étais alcoolique en plus. C’est une vie ascétique qui débute et je le vis parfaitement bien. Je n’ai plus 21 ans, et j’aime être en bonne santé ! (Rires)
Ce mythe sur Robert Johnson semble poursuivre tous les bluesmen, le fait de vendre son âme au diable… Et vous, vous chantez que votre âme n’est pas à vendre.. Vous vous considérez comme un bluesman au fond ?
Je ne crois pas à ces conneries. Pas du tout. J’ai eu assez d’expériences dans ma vie, notamment avec la magie noire, pour entrevoir mon côté sombre. J’en suis revenu, par chance. Je comprends la magie noire, sa pratique, ses répercussions, le fait par exemple de te jeter un sort me reviendrait fatalement dessus…
Vous pourriez me jeter un sort ?
Oh oui, bien sur…
Vous ne le ferez pas ?!
Non bien sur ! (Rires) Même si tu publies un mauvais article. Tu sais je pense être l’un des seuls artistes à lire tous les papiers écrits sur moi, et remercier chaque personne qui s’intéresse à mon travail. Que l’article soit bon ou pas. Il n’y a pas assez de respect dans le monde de la musique. Je me rappelle d’une journaliste anglais spécialisée dans la World-Music, qui écrivait que je me revendiquais de la World, alors que je ne déclare jamais rien à propos de ma musique. Je lui ai écrit, je peux te dire qu’elle a été surprise…
Bert Jansch était récemment à Paris pour un concert.. Je me dis… Les vieux joueurs de blues sont-ils meilleurs vieux ?
… J’adore Bert Jansch. Après… Holwin’ Wolfe a commencé à enregistrer à 40 ans… Certains artistes deviennent meilleurs avec l’âge, d’autre non..
Clapton par exemple.
(Sourire).. Disons que je ne vis pas dans le passé. Je n’ai pas de règle, pas de cadres. Je suis une sorte de « punk blues singer », et encore une fois je n’aime pas répéter. Les choses se font à l’intuition. Il en va de même pour les concerts, j’aime fixer les gens et rentrer dans leurs têtes, savoir ce qu’ils pensent..
Avez-vous lu ma chronique sur l’album ?
Oui, je l’ai fait traduire..
J’y parle de Loko comme de « l’album que Keith Richards aurait du sortir au lieu de faire ses gammes derrière un guignol lippu en survêtement Tacchini »… Ca vous parle ?
J’adore Keith Richards, ses chansons. Et je préfère de loin celles chantées par Keith. J’ai hélas eu le malheur de rencontrer Mick Jagger…. Pour moi les Rolling Stones ce sont Charlie Watts et Keith Richards. C’est une sacrée rythmique. Donc je prends cela comme un compliment. J’adore Talk is cheap de Keith.
Tout le monde parle des talents de parolier de Mick… J’ai du mal à comprendre la comparaison avec Dylan..
Uh ?! Mick Jagger ? Non, pas une chance. Bob Dylan reste Bob Dylan. Personne ne lui arrive à la cheville.
Vous avez déjà joué avec Dylan au fait ?
Oui, j’ai fait trois concerts en première partie de Dylan. Il y a d’ailleurs une anecdote marrante à ce sujet. Son manager, à l’époque, m’informe que Bob n’aime pas qu’on vienne le voir en coulisses, qu’on lui parle, qu’il aime conserver son intimité.. Bref, je débute mon concert, et au bout de quelques notes je l’aperçois au fond de la salle en train d’écouter ma chanson, oh seulement quelques minutes, puis il disparaît. Une fois le concert terminé, son manager vient me voir et me dit : « Bob Dylan voudrait te rencontrer ». Je dis : « Oh, super ! ».
C’était à quelle époque ?
Au milieu des années 80 je crois… Et nous avons simplement parlé, il me demande alors quelles sont mes racines, mes influences.. Un excellent souvenir. J’avoue que j’étais assez fier, déjà d’avoir pu jouer avec lui, mais également d’avoir put lui parler compte tenu de son oisiveté… Cela donne de la confiance et de la force pour continuer. Une très belle rencontre. Bien différente de celle avec Mick Jagger.. J’ai eu le malheur de vouloir lui faire dédicacer mon vinyle – le premier Rolling Stones, édition originale en mono, un truc qui vaut une fortune aujourd’hui- et ce … s’est lancé dans une immense signature sur le verso avec marquée en énorme MICK JAGGER, de la taille du vinyle. Tu te rends compte ? Une signature de la taille d’un vinyle ! Mon dieu, quel égo !
(Hilarité générale)
… J’ai longtemps été déprimé par cet évènement, j’étais très triste. Je me disais : « Cet idiot a détruit mon édition originale ». Aujourd’hui pour avoir le même vinyle intacte il m’en couterait bien plus cher, cet objet vaut une fortune… Je n’ai plus qu’une envie, c’est de revendre cet objet pour me racheter une édition intacte.
Vous auriez du lui jeter un sort non ?!
Non non… Arrêtes ! Je ne peux même plus regarder cette pochette droit dans les yeux ! (Rires). Enfin bon, c’est du passé. Je préfère me concentrer sur les futurs projets, avec notamment une collaboration éventuelle avec Little Axe de chez Real World. Il aime ce que je fais et le contraire est aussi vrai. Ca va bien plus loin que le terme de World Music qui me fait littéralement vomir. Ca c’est une connerie inventée par l’industrie du disque. Je n’accepte pas ça pour ma musique. Parlons plutôt de musique traditionnelle.
Paris, le mercredi 4 juillet 2007 Photos: Alan King
Steve Tallis // Loko // Rue Stendhal
http://www.myspace.com/stevetallisandtheholyghosts
4 commentaires
tu as déja essayé d’embrasser une ex’ perdue de vue depuis 30 ans? Moi les Stones c’est pareil. J’arrive pas à trouver les lèvres (sic) entre les rides.
Bester, belle image certes mais… on n’embrasse pas Mick, c’est Mick qui embrasse (ou qui dit “kiss my ass”). Quand on a libéré la libido occidentale avec un déhanchement, des “yeah” et de l’électricité, on a certaines exigences.
Yep je confirme, il est totalement à part le bonhomme (et même plus que ça). Je pourrais sans problème écrire un second article sur lui, voire deux ou trois… En tout cas merci Bester, tu m’as au moins réconcilié avec sa musique (le type j’ai du mal à m’en dépêtrer), je vais donc aller écouter l’oeuvre du monsieur (et peut-être même qu’il m’offrira son vinyle “RS”, qui sait..?!)




ETRE DIEU
Ca donne envie cet interview, il a l’air effectivement à part ce Mister Tallis. Et puis, il cite Talk is cheap de Richards, ce chef d’oeuvre bancal.
Amusant ce passage où Bester et Tallis (on dirait un titre de dessin-animé) se retrouvent sur fond de critique de Jagger. Attention Mick, ça gronde dans les rades du 11eme ou 12 eme arrondissement… le bon peuple a les crocs. Aux dernières nouvelles, le rire de Mick de Jagger n’en finit pas de retentir entre le chateau en Touraine et le bar du Georges V. Et puis le coup de la signature, franchement, c’est plutôt marrant. Il aurait fallu qu’il signe dans la case prévu à cet effet ? Cela fait longtemps que Mick n’a pas rempli de papier de sécu, sorry, il ne pouvait pas savoir.
Sans rancune cela dit, je fonce écouter le myspace de Mister Tallis.