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STEPHEN MALKMUS Comment Janet Weiss nous a réconciliés

Stephen Malkmus and the Jicks – Richard’s on Richards, Vancouver, 3 mai 2008 « Tu crois pas que les Jicks sont en train de devenir un groupe plus excitant (...) suite

STEPHEN MALKMUS Stephen Malkmus and the Jicks – Richard’s on Richards, Vancouver, 3 mai 2008

« Tu crois pas que les Jicks sont en train de devenir un groupe plus excitant que Pavement ? » me dit mon double comme on entre dans le club. Ça fait quelque temps déjà qu’il ne me lâche plus la grappe. Il profite du fait que, depuis quelques temps, ce soit redevenu « cool » de faire état de son passé progressif, de son admiration pour les premiers Yes et les albums 80’s de King Crimson, bref il surfe sur le retour des solos de guitares à la tierce, genre Hotel California.

Justement, the Joggers qui ouvrent pour les Jicks s’en donnent à cœur joie : mesures alambiquées, parties de guitares indémêlables. Les chansons sont rendues illisibles par une fréquence basse sournoise qui écrase tout sur son passage et qui fout mal au crâne…
STEPHEN MALKMUS C’est technique, c’est compliqué, mais on dirait qu’il y a des mélodies. Mon double exulte. Il est bien de sa génération. Moi, je monte au balcon pour échapper au pilon de cette basse, et en regardant le public canadien – hypocrite fan de pop sur le retour, mon semblable, mon frère – je me sens un peu nauséeux. Mon double ne remarque pas que sur scène aussi, les Joggers renvoient la même image d’étudiant en Lettres à vie que lui et moi.

Quand je reviens avec nos bières, les Joggers ont fini leur set, et mon double et sa dulcinée sont au milieu d’une réflexion sur les vertus comparées des peuples – plus tard Joanna Bolme des Jicks reprendra ce thème en posant la question au public, un sourire moqueur au coin des lèvres, à peine dissimulé : « Do you know, guys, that you have got a reputation of being so fucking nice ». Je n’arrive toujours pas à savoir si le fan de Wowee Zowee que j’étais est à sa place ici.

Ils entrent sur Elmo Delmo. Il faut du cran pour faire ça. SM porte les lunettes verres fumées des motards de Chips. Ça flotte, les parties s’enchaînent. Et soudain je me rappelle pourquoi je suis venu : la caisse claire de Janet Weiss. C’était déjà le fil d’Ariane de ce bordel organisé sur l’album, c’est d’autant plus vrai en live. Suivent Hopscotch Willie et We Can’t Help You (tout droit sorti de Blood on the Tracks, si vous voulez mon avis), Stephen Malkmus est clairement venu défendre un album. On se défend quand il y a un danger, me direz-vous, et alors on s’entoure du mieux qu’on peut. Lou Reed, avant lui, était allé chercher Maureen Tucker pour l’épauler.

Celui qui pourrait faire des tournées best-off comme ses cadets de Wilco, joue 8 chansons des 10 du dernier album. On est en plein dans cet «album d’acid-rock vendu sur eBay». Je sais que mon double raffole de ces enfilades de parties, ces changements de tempo, comme sur l’incroyable Real Emotional Trash et pour ma part, je suis captivé par l’intensité avec laquelle Janet tape – ou ne tape pas – sur ses cymbales. C’est du sérieux. En plein milieu de Baltimore, dont on s’accordera à dire qu’il s’agit d’un morceau assez faible, les quatre fans de hockey qui se murgent copieusement au bourbon à côté de moi depuis le début du concert, se mettent à hocher furieusement de la tête sur le passage hard-rok de la fin et … moi aussi ! Quelle communion ! La guitare et la batterie se répondent, le morceau part, ça n’a plus rien à voir avec la version du disque. Dans la fosse, plus bas, mon double est en transe. Un peu plus tard, il aura même réussi à serrer la main de son héros entre deux morceaux.
Janet, malgré son jeu solide, et parce qu’elle ose des plans périlleux, aura ramené le sens du risque dans ce groupe. Une leçon pour ceux qui se demandent comment négocier le tournant de la quarantaine.

Ni Jeanny and The Ess-Hog, ni le morceau sur Yul Brynner ne convainquent vraiment, mais on était pas là pour ça. A la fin du dernier rappel, on se tombe dans les bras, mon double et moi, et on se rabiboche à coup de « c’est con qu’ils aient pas joué No More Shoes, ni Wicked Wanda, « de toutes façons, le concert était trop court ». On rentre à la maison, bras-dessus, bras-dessous, comblés – et pourtant vaguement incertains de ce que l’avenir nous réserve, après ça.

http://www.myspace.com/stephenmalkmus

4 commentaires

Héhé… Ca se sentait que cette batteuse en avait (c’est mon côté joueur de hockey). Le pire serait que l’avenir nous réserve le même disque, non ? Ce qui nous pend au nez tout de même.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 5 mai 2008 à 13:21

Moi, perso, je l’avais pas vu venir ce disque. Je voyais bien comment on allait avoir droit à une escalade au niveau des guitares, mais j’avais pas envisagé la naissance des Jicks en tant que groupe.
La suite? Pourquoi pas un enregistrement avec Albini, et lui faire retrouverle son chaud et tranchant de After Muder Park?

Commentaire par Requis, le Lundi 5 mai 2008 à 14:27

Evidemment ce serait le rêve… Effectivement “Baltimore” est ignoble.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 5 mai 2008 à 15:03

Au détour d’une plage de grand désoeuvrement dont seul le salariat en a le secret, je me branche sur un site de radio en ligne, juste pour voir ce qui est “disponible” (il est bien lui, non? Tu l’utilises combien de fois par heure? Et son homologue étranger, available?) et ce qui ne l’est pas. Ca me donne l’occasion de remettre Watery Domestic, dans des versions sur-compressées, bien sur. C’est frappant à quel point Gary Young (batteur de Pavement jusqu’à Crooked Rain) peut faire penser à Janet Weiss : un curieux équilibre entre le lâcher et le retenu, une frappe assurée, constante et des explosions soudaines.
Je vois d’ici l’armée des analystes se jeter sur la découverte de cette similitude et les études ultra-documentées qui vont aller remplir les rayons des bibliothèques universitaires…

Commentaire par Requis, le Lundi 5 mai 2008 à 11:24

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