Etre compileur, c’est toujours assumer son côté fossoyeur. Une fois passé cette acceptation, il faut souvent se dépasser pour proposer une compilation qui accroche le sillon sans déraper sur le vulgaire, le déja-vu, ou pire: l’inutile.
Derniers arrivés sur le segment cosmic-disco-je-te-propose-ma-version-qui-est-meilleure-que-les-autres-quand-même, Alexis Le Tan (Journaliste, Dj) et Jesse (du duo Jesse & Crabe, french touch forever) s’ils sont peu diserts sur leur travail, représentent en revanche l’apogée du passionné type vivant au milieu de ses disques. High Fidelity, vu du coté électronique. Dans une époque qui s’interroge de plus en plus sur le mythe électronique (A-t-til existé? Qui sont ses héros? Y-a-t-il un avenir pour les platines?), leur compilation Space Oddities reste une réponse sans appel: NO WORDS, JUST MUSIC.
Space odditiesUn recueil définitif (je n’emploie pas ce terme à la légère, il sera difficile de faire mieux) des années européennes du milieu seventies, celui des musiques d’illustration sonores, jamais sorties, peu entendues, aujourd’hui cultes.
J’ai rendez-vous, paradoxalement, près de l’Opéra de Paris. Les immeubles sont haut, l’air est plus pur, et j’apprends par la suite qu’une nouvelle compilation est déja en cours de fabrication, que Space oddities est sold-out, et que la prochaine “parlera” de rock psyché. L’essence des branchés, quoi qu’ils en pensent, Jess et Alexis, se situe bien là: dans la magnificence des volumes, lorsque la pureté de l’air frictionne sur le divin. Rencontre avec les deux savants fous.
J’aimerai bien qu’on débute cette interview en revenant sur le livre tollé de Sagnard (”Enquête sur la tyrannie des branchés”), dans lequel on peut même retrouver ta soeur (Olympia le Tan, NDR). En écoutant cette compilation que vous sortez, vous prolongez la branchitude non; sortir des titres inconnus, jamais sortis nul part, qui se joueront dans les clubs….
C’est peut être branché pour certaines personnes ouvertes à ce genre musique, mais jouer ces musiques dans un cercle hype, ca ne marchera pas du tout. A la limite, les seuls branchés que cela pourrait intéresser, c’est ceux qui sont avides de références, de choses nouvelles. Autant te dire qu’ils ne sont pas nombreux. Ils préfèrent écouter du rock en jean slim ou de l’électro edbanger’isante… L’essence du branché c’est toujours un peu consanguin, je n’ai pas lu le livre, mais je suis sûr qu’il parle de cela.
Le tracklisting de cette compilation, il a débuté quand?
Jesse & Alexis le TanJess: Presque 5 ans, lorsque j’ai chopé un lot de 1500 disques. A un gars qui avait une boite de post-production dans les 70′. Moi au départ c’était plus pour prendre des samples. Je suis reparti avec tous les disques, pour un prix dérisoire. J’ai commencé à faire des regroupements thématiques et l’affaire était lancée..
Alexis: Le truc c’est que ce n’est pas parti que des 1500 vinyles.. A la base nous voulions un double CD, avec plusieurs directions possibles. Par la force des choses, on s’est recentré sur l’axe disco cosmique, plus dans l’air du temps.
Et Space Oddities arrive après plusieurs compilations sur le même thème…. Même Volume, des Inrocks, s’est arrêté sur l’événement “Cosmic Disco”….Inquiétant non?
Ah oui mais tu auras les pires difficultés à trouver nos titres sur d’autres playlists, ou d’autres compilations. Le travail des compileurs, pardon, à l’exception de Baldelli, s’est arrêté au piochage dans des bases de données déjà existantes.
Le délire “musique européenne mid 70′”, c’est venu d’où?
Jess: Alexis mixe depuis des années ce genre de musique, plus que moi par exemple.
Alexis: Et pour sortir sur Permanent Vacations (le label), c’était aussi plus pratique, on se doutait bien qu’ils aimeraient ce mix, d’autant plus que a plupart des gens ne connaissent pas la musique d’illustration sonore.
Jess: Ce ne sont que des musiques européennes jamais sorties nul part.
Mais bon, les gars, vous pouvez m’en dire plus sur la musique d’illustration?
Jess: Des musiques non destinées à la vente, faites pour des synchros, des émissions, des jingles, des radios… tirées à peu d’exemplaires, 1000 tout au plus.
Et vous les avez déniché comment tout ces titres? Les 1500 vinyles de Jess, faut se les taper quand même non? (Rires)
Alexis: Oui, déjà, et au-delà de cela ma collection personnelle est plus ciblée. Les albums d’illustration sonore, il faut le savoir, sont généralement très décousus. Tu peux, avec un peu de chance, tomber sur trois, quatre bon titres sur un album.
Jess: Sans parler des trucs de très mauvais goût, qui ne servent à rien.
Alexis: Et si l’idée était de donner une direction spécifique, la musique d’illustration sonore, l’objectif était également de proposer notre album rêvé. En ce sens, oui, on a peut-être fantasmé un courant musical, mais au final la compilation tient la route.
Jess: Et aussi compiler des pistes qu’on pourrait jouer aujourd’hui, en 2008.
Si l’on rentre un peu dans le détail, et qu’on cherche des informations sur les auteurs de ces musiques, c’est un peu le vide quand même.
Alexis: Et pourtant Claude Perraudin est l’un des plus connus du lot, un homme qui a fait beaucoup de choses. Sauveur Mallia était un requin de studio réputé, qui jouait dans le groupe Voyage, il a fait des sessions avec Cerrone, tous les gens de l’époque….. Et Bescombes est une figure du rock prog’ français. Tu sais, on les a quasiment tous rencontré, ne serait-ce que pour la question des droits.
Un artiste comme J.P. Decerf, l’un des meilleurs compositeurs pour moi de la compilation , est-il totalement inconnu, ou bien est-ce moi qui suis inculte?
Non, je te rassure. Mis à part quelques connaisseurs, personne ne le connaît. Il est très sous-estimé. Ce sont ces personnes qui m’ont toujours intéressé, ceux qui n’étaient pas connus du grand public. Un français qui soit-disant serait en train de remettre le couvert, composerait pour de nouveaux projets.
Un truc de branché finalement….
Alexis: …..
Le prend pas mal, je veux dire… pour être branché dans le bon sens du terme, il faut donner les clefs de certaines portes, donner l’accès à certaines musiques, révéler des talents….
Ca c’est l’objectif premier de la compilation, effectivement. Et c’est même ce qui s’est perdu chez les Dj depuis longtemps.
http://www.myspace.com/myspaceoddities




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