A l’écoute des Heures de raison de Soy un caballo, on se dit un peu penaud qu’il faudra bien s’y faire, les Belges chantent mieux le français que les chanteurs de l’hexagone. Et ce premier album, Les heures de raison, c’est en quelque sorte le recrutement de douze salopards de la pop et du folk, tous réunis dans une pièce pour produire un objet coloré et heureux. C’est un peu perturbant ce bonheur dans un monde qui se focalise sur le tri des déchets et le réchauffement climatique. On ne pense plus que très rarement à Laura Ingalls dévalant la prairie au ralenti. Enfin, bon.
Voila le pitch : Aurélie Muller (Melon Galia, Raymondo, Hank Harry) rencontre Thomas Van Cottom, l’ancien batteur de Vénus. Coup de foudre à Bruxelles, les deux décident d’enregistrer leur premier album, c’est décidé, il y aura une femme et un cheval. Le groupe, fort logiquement, s’appellera Soy un caballo, et sera “folk matinal pour réveils difficiles”. Il n’y aura que des couleurs, plein les murs, un cheval et des fleurs. Et puis des guests, partout, comme s’il en pleuvait sur ce petit continent qu’est la Belgique. Jesse Vernon et Kate Stables (Morning Star, This is the kit), Bonnie Prince Billy et Will Oldham (sic), puis aussi parce que cela en valait bien la peine, Sean O’Hagan des High Llamas à la production. Excusez du peu. C’est un casting qui laisse pantois.
Pas autant que la musique qui souffle lentement à travers les enceintes. C’est une alternative francophone à l’excellence pop-folk de Grizzly Bear (Comme on va bien), il y a des cordes en majeur qui sonnent juste et cristallines, une désagréable impression de plénitude heureuse sans frustration qui déconcerte, une naïveté enfantine portée par une voix féminine de premier plan. Pas faux, pas vraiment juste, juste vraie.
Ce cheval est obsédant. C’est un centaure à l’envers, corps d’humain, et tête de cheval. Un canasson pop-bossa sur Carnaby Street, quelque chose de définitivement rétro mais tellement pur… Qu’on en oublie les saisons, et forcément… Les contributions vocales de Will Oldham (en français dans le texte sur La Chambre et But will our tears !) donnent à l’ensemble un parfum de promotion francophone qu’aucun album de Mathieu Chédid ou de Cali ne saurait concurrencer. Ce nouveau groupe est belge. On ne s’était pas senti aussi français depuis bien longtemps.
Soy un caballo // Les heures de raison // Matamor
http://www.myspace.com/soyuncaballo




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