Rook est le cinquième album de Shearwater. Jonathan Meiburg, le leader, est également guitariste d’Okkervil River, un autre groupe américain dont la majorité des audiophiles s’accorde à dire qu’il est moins bon que le combo solo de Meiburg. Voila pour le pitch.
shearwater-bandVous n’en saurez pas plus ici sur la biographie du groupe, dont je me fous de savoir si le batteur se drogue ou pour quel candidat Meiburg votera d’ici quelques mois. Je me fous de savoir si “Free Tibet it’s for real” ou si Shearwater arrive à payer sa note d’électricité avec la vente de ses albums. J’occulte même jusqu’à l’idée de la question “Shearwater est-il le meilleur groupe américain du moment ?”. Demandez-vous à vos parents si vous êtes l’enfant qu’ils préfèrent ? Avez-vous des doutes sur la génétique de votre frère, avez-vous déja pensé (même bourré) que Radiohead était un groupe de disco ?” Moi non, je n’ai jamais rien pensé de tout cela. Même au moment du plus grand désarroi, lorsque l’attaché de presse de Beggars ne daigna pas répondre à ma demande promo (caroline.verdem@beggars-france.com, pour ceux qui voudraient tenter de se prendre une fin de non-recevoir), j’ai continué à espérer, croire que Shearwater guidait la poésie de mon cœur. Parce que ce son mes amis, personne ici ne saurait le reproduire, que Palo Santo (je l’ai déja écrit des dizaines de fois) était monumental, et que Meiburg est déplorable en interview. Ce qui, pardon, est une preuve en soi de la qualité du groupe.
rookDevant le mutisme d’un label qui préfère concentrer ses fortes sur un barbu qui couine (Herman Dune, sortie en septembre, pire qu’une après-midi à Bruxelles un jour de pluie avec des graviers dans les chaussures), j’ai fait comme tout le monde: j’ai acheté Rook sur Itunes. Enfin… comme tout le monde. On parle ici d’un groupe qui ne doit même pas vendre 2000 albums en France. 2000 ALBUMS ! Rien. Nada. Parce que la musique de Shearwater sent bon le bois du Wyoming, la pêche au saumon (les Etats-Unis ont-ils du saumon ? Pas vérifié), les wooden cabanes et les lents panoramas décrits en arpège guitare/piano/voix qui pleure comme si on égratignait les testicules du chanteur avec du papier de verre. Jonathan Meiburg n’a rien à envier à ses homologues (Mark Hollis, Thom Yorke , Devendra Banhart) depuis longtemps, que le lyrisme des compositions de Rook, sans atteindre la puissance du précédent album, plastronne toute tentative d’indie-rock au plus bas niveau, qu’en entendant la voix du bellâtre vous restez figé, plus bas que le trottoir, sombre mécréant, incapable de comprendre what’s happening, que le piano vous lacère les viscères pendant que l’Epiphone vous prend par derrière, vicieuse, QUE LE DANGER EST PARTOUT sur Rook, même là où vous n’y pensiez pas, plus fort que huit jets dans la gueule alors que vous faites du sur-place sur une chanson jouée mid-tempo militaire avec trois gusgus même pas bien fringués.
C’est cela Shearwater. La rapidité immobile. Le guépard slow-rook avec un banjo dans le dos.
Affirmer cela, c’est en soi une perte de temps. Rien ne sert à rien, jamais. Tout au plus me dois-je de remercier encore une fois cette charmante attaché de presse (caroline.verdem@beggars-france.com, au cas où vous auriez oublié) qui m’a un jour permis d’exercer mon devoir de citoyen : payer pour un groupe qui n’a pas de prix.
Shearwater // Rook // Beggars
www.myspace.com/shearwater
2 commentaires
A ne pas rater le 12 septembre à la Maroquinerie!




ETRE DIEU
Vu lors d’un concert dans cette bonne ville de Rouen, en 1ère partie de Herman Düne.
Très bon live, impressionnant de charisme, et Palo Santo est vraiment un bel album.
Merci de parler de ce groupe.