Entre le Sexuality de Tellier, le Soft Power de Gonzales, le Reality Check de The Teenagers, le Saturday = Youth de M83 et même The Fortune Teller Said de Rhesus le XmasmiX de Justice (refusé par le label anglais Fabric pour cause de surdose de Balavoine, Julien Clerc et de slow type La Boum) un truc se passe : la pop FM.
Elle souffle un vent de décomplexion total sur nos vieux schémas intello-rock coincé du cul. Certains crient au scandale. D’autres s’en réjouissent. Arborant la win attitude de ceux qui s’exportent à fond grâce à leur tube Skitzo Dancer et l’appui des potes à la Croix de Jésus, Scenario Rock ajoute un nouveau pavé dans cette marre FM.
L’album s’appelle Histrionics. Fraîchement revenu d’une tournée de quelques dates à Mexico et avant d’entamer sa tournée française et européenne, Medhi, le leader, nous en touche quelques mots au téléphone, tranquillement chez lui en train de répondre à ses mails avec un café crème.
Si je te dis qu’Histrionics m’a donné l’impression d’écouter la bande FM…
Je trouve ça cool. Comme souvent le terme rock est galvaudé, il n’y a rien de dégradant à parler de pop FM. Surtout qu’il y a énormément de pays où la variété n’existe pas. Et je ne vais pas me lancer dans une liste parce qu’on n’en finirait pas mais il y a énormément de grands artistes qui font de la pop FM, des chansons universelles qui tuent et que tout le monde écoute parfois sans se l’avouer. Pour moi il faut réactualiser ça.
Beaucoup de vos morceaux m’ont semblé sonner comme un mélange des Cure et de Michel Berger.
C’est marrant que tu me dises ça parce que justement dans Tsugi ils ont fait une chronique où ils citaient des artistes comme Michel Berger mais de manière complètement péjorative alors que c’est plutôt flatteur d’être comparé et perçu comme un grand écart entre ces artistes The Cure et Michel Berger. Ce jugement est assez représentatif de l’état d’esprit des médias et de la manière dont on essaye de faire rentrer la musique dans des cases, c’était moins le cas dans les années 80 ou même à la fin des années 90. Il y avait beaucoup plus de liberté dans la manière de produire des disques, c’était moins régi par des lobbys radio et d’autres trucs à la con.
C’est tout à fait ce que me disait dernièrement Gonzales à propos de son dernier disque. Avec Soft Power, il dit vouloir réhabiliter une écoute émotionnelle de la musique, une écoute qui ne soit pas cérébrale et identitaire en vertu de tel ou tel esprit de chapelle. Il s’est donc laissé guider par le sentiment de décomplexion totale qu’il éprouvait quand il écoutait les Bee Gees à la radio dans les années 70. Finalement n’es-tu pas dans la même démarche de régurgiter tes années radios ?
J’ai surtout envie de me sentir libre et de m’amuser à faire ce que je fais. J’ai conscience de la chance qu’on a de pouvoir développer un projet comme Scenario Rock à l’époque dans laquelle on vit. Si je n’avais pas un gros label derrière moi et le soutien des artistes et des médias, je serais peut-être contraint de rentrer dans des cases pour me faire entendre, mais comme j’ai cette opportunité j’essaie de m’en servir pour défendre une vision de la musique et de l’entertainment qui fait partie de ma culture et qui a de plus en plus de mal à exister bien qu’on continue de l’écouter.
Au niveau des ventes, ça paie ?
Pour un groupe au profil indépendant notre premier album a plutôt bien marché. A un moment où la plupart des artistes signés en maison de disques sont remerciés si on est encore là pour faire un nouvel album c’est qu’il y a forcément un intérêt autour de Scenario Rock. Pour ce qui est d’Histrionics c’est encore un peu tôt pour se prononcer mais pour l’instant les retours sont plutôt chouettes, d’ailleurs ils sont bien meilleurs que ceux qu’on a pu avoir sur le premier album.
Depuis tout à l’heure tu dis « on » en parlant de Scenario Rock. Scenario Rock c’est un groupe ?
En fait comme dans la plupart des groupes il y a un compositeur unique donc voilà le frontman c’est moi mais ce n’est absolument pas mon album solo, d’ailleurs j’ai plus l’impression qu’on fonctionne comme un orchestre dans le sens noble du terme que comme un groupe de rock. J’essaie d’écrire et de produire les chansons avec les musiciens qui m’accompagnent. Depuis nos débuts un grand nombre de musiciens et de producteurs nous ont épaulé, ce qui fait que la liste des crédits des musiciens dans chacun de nos albums est longue comme le bras.
Ce qui permet de faire un morceau lyrique et orchestral comme Histrionics. Un morceau de près de 10 minutes en plage 4 c’est étonnant…
Sachant que pour moi c’est le titre qui synthétise toutes les émotions qu’on retrouve sur le disque en c’était idéal qu’il soit au centre de l’album. Et ce qui est cool comme je disais tout à l’heure c’est de pouvoir garder cette liberté de format, c’est vraiment un luxe.
L’album démarre avec une pêche très estivale, mais dans la deuxième moitié il s’enlise dans des climats moins évidents, plus tristes. C’était un choix ?
Il y a quelque chose d’extrêmement chronologique dans le déroulé de l’album et dans la manière dont il s’est conçu. Il commence avec des choses qui peuvent sembler plus sucrées et superficielles pour ensuite laisser place à des choses beaucoup plus intimistes. Donc évidemment, plus on rentre dans l’album et plus il nécessite une écoute approfondie.
Que veut dire Histrionics ? C’est un mot qui existe ?
Oui, c’est un terme qui désigne une mise en scène théâtrale très dramatique et mais aussi un état psychologique extrêmement narcissique et exubérant qu’on retrouve chez les gens qui ont absolument besoin de reconnaissance. D’une certaine manière ça résumait donc bien l’atmosphère romantique et plaine de clins d’œil lié au monde du spectacle qu’on retrouve dans le disque. Pour moi Histrionics est un album de crooner moderne.
C’est marrant que tu dises ça parce qu’en l’écoutant j’ai pensé à Sebastien Tellier et à son dernier album, Sexuality. Tu l’as écouté ?
Oui, et autant on a une approche différente en terme de son, autant en effet ce côté crooner moderne est très présent chez des gens comme Seb Tellier.
C’est un fantasme générationnel ? La nostalgie du quart d’heure américain ?
Je ne sais pas, c’est le côté Sinatra, le côté Brian Ferry, tu vois ce que je veux dire ? Le crooner c’est un style qui n’était plus trop représenté et qui revient, avec parfois beaucoup d’élégance et d’authenticité notamment chez des gens comme Seb Tellier à qui tu fais référence, donc je trouve ça plutôt chouette.
Qui serait ton crooner ultime ?
Pour moi ça pourrait être un chanteur, mais ça pourrait tout aussi être The Big Lebowski, tu vois ce que je veux dire ? Ou un mec comme Febris Buller. C’est-à-dire que c’est avant tout un état d’esprit. C’est tout ça que cet album synthétise.
http://www.myspace.com/scenariorock
4 commentaires
“une sorte de rock coupé au pipi pour les masses”
belle formule
et bien vu : c’est Ferris et non Febris
par contre je ne sais pas s’il s’agit d’incrimer la radio comme tu le fais, je crois que ce n’est pas si simple, parce que la radio c’est populaire donc vois-tu ça va dans le sens de la pop quelque part, à creuser comme sujet mais là j’ai pas la force ni le temps !
Pas faux. Moi non plus. Fatigué.
Par contre Ferris Bueller se confirme par le nom de leur premier groupe (Heb Frueman) déjà inspiré de ce film… Je n’invente rien , j’lai lu dans Rock&Flute (ou Quick & Folk, l’un des deux).
“Perfect Love Antidote” est le meilleur morceau écrit par un groupe français de l’année ! That’s it !




ETRE DIEU
C’est vrai qu’on a trop souvent jeté la pierre à la pop. Comme si c’était un sous genre, une sorte de rock coupé au pipi pour les masses. Un volume de rock, 5 volumes d’eau. Vraiment pas. C’est bon d’avoir quelque chose de simple et de populaire parfois. Même si je vibre plus au son de Mogwai que de Tellier, il faut reconnaitre que c’est rassembleur.
Encore une fois, c’est la promo (et la radio par voie de conséquence) qui a cassé cette simplicité. Dommage. Même les choses simples ont un goût de préfabriqué désormais.
Sinon, je pense qu’il y a une coquille à la fin. J’imagine que noter sympathique interlocuteur voulait citer Ferris Bueller (et sa Folle Journée), symbole d’une génération qui donnera naissance au personnage de Parker Lewis. Je peux me tromper hein, mais au cas où…