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SAMMY DECOSTER Blues en reverberation rurale

Sammy Decoster, c’est l’Amérique de Johnny Cash aux portes de Paris. Blues rural. Accords graisseux qui collent au manche, et textes qui décrivent le monde urbain vu de (...) suite

Sammy Decoster, c’est l’Amérique de Johnny Cash aux portes de Paris. Blues rural. Accords graisseux qui collent au manche, et textes qui décrivent le monde urbain vu de loin. La ville et ses lumières vu de Memphis, Ile de France. Prodige de la guitare, petit fils illégitime d’Elvis et des routes qui s’étendent au loi, Sammy joue le 23 avril au Nouveau Casino, histoire d’en découdre avec tous les branleurs de manche de la Capitale. Histoire de prouver que le blues peut se chanter en français sans perdre pour autant ses origines.

«Je ne veux pas m’exprimer, tout mes sujets sont ailleurs» chante Sammy dans L’homme que je ne suis pas, sur fond de réverbérations venues d’ailleurs, justement. Rencontre avec Sammy Decoster pour comprendre où sont ses sujets.

Qui es-tu Sammy Decoster ? Tu joues à la flèche d’or dans quelques jours, cela fait 24h que j’ai la mélodie de L’homme que je ne suis pas dans la tête, et je me demande si j’ai raté un train…

sammy-decoster-nbAu départ c’est l’envie de faire ma musique, ca tu t’en doutes.. Mais au delà du concept de groupe, que j’ai pu connaître à travers différentes formations, dont Tornado (http://www.myspace.com/thundercrows), j’avais besoin de monter un projet, et composer en enregistrant.

Prise directe tu veux dire ?

Tout à fait. J’aime le coté spontané. Cela a commencé avec le 4-pistes, mais avec l’informatique c’est très pratique maintenant. Je pars du principe que je compose en m’inspirant des instruments, en ayant maintenant la faculté de jouer de la batterie, de la basse, du piano, à ma manière, de façon simple. Cela permet de composer rapidement en gardant une identité propre, même si l’idée n’est pas de centrer le projet sur moi. J’aimerai bien trouver des musiciens qui puissent être complémentaires, mais j’ai envie de conserver cette possibilité d’enregistrer les démos et ne pas frustrer les autres parce qu’ils ne jouent pas telle ou telle partie. Lorsque j’entends des disques où j’ai l’impression d’entendre des musiciens qui jouent simplement leurs partitions, ca me frustre. Au moins lorsque j’ai envie de placer un piano qui arrive à tout berzingue à la fin d’une chanson, ca ne me dérange pas , je ne suis pas frustré de ne pas avoir joué au début ! Il faut être au service de la mélodie. C’est comme cela que les compositions fonctionnent aujourd’hui.

Et sur scène, cela se passe comment pour l’instant ?

Pour l’instant, uniquement guitare voix. J’utilise deux micros, un pour la voix classique, et l’autre pleine de réverb’ qui compensent également le manque d’orchestration scénique. Ce qui me plait c’est le format pop, court et mélodique, avec tout autour une panoplie d’instruments qui peuvent plonger l’auditeur dans une ambiance. Après j’ai également des parties plus psychédéliques.

Et L’homme que je ne suis pas, par exemple, a un trait pop assez étonnant pour une composition rurale, je veux dire venant du blues/gospel dans ton jeu de guitare..

sammy-decosterC’est vrai que tu parles de variété, c’est marrant, mais j’ai peu écouté de chanson française, excepté la variété des années 60. Notamment Françoise Hardy, avec la réverb’ dans la voix, avec de la mélancolie et du spleen qui ressurgisse. Comme ce qui me touche dans le rock américain et anglo-saxon. C’est un ensemble, le texte et la mélodie… D’où une écriture spontanée avec des maladresses, des accidents heureux, un peu brut. C’est par exemple ce qui me touche chez Brel, cette volonté d’être sincère dans l’écriture.

Le français s’est imposé comment dans ta musique ?

Ce qui est drôle c’est que j’ai effectué un petit séjour d’un mois aux USA, et je me suis rendu compte que j’étais une vraie daube en anglais (Rires) ! Et tout ce que je ressentais la bas me venait en français, et j’avais ce coté valse en trois temps qui m’est venu. Cela ne pouvait coller qu’avec le français. Et donc cela a rajouté une autre dimension aux chansons. Pour revenir à L’homme que je ne suis pas, cela parle de l’envie d’être seul, aussi l’idée de différence avec les autres, même avec des gens proches. L’envie d’être seul, avec ce refrain «Regarde moi dans les yeux tu verras/ Le reflet de cet homme que je ne suis pas ». Les interprétations de ce titre sont diverses et variées, j’aime bien l’idée que chacun y voit le sens qu’il veut.

Si on parle de blues, de folk et d’americana, peu de personnes en France ont tenté le crossover.. Tu as eu d’autres références ?

Honnêtement pas tellement. J’ai tellement baigné dans la culture américaine, c’est davantage axé sur le rock US, Elvis… Musicalement c’est Elvis qui m’a le plus touché. A l’époque où je l’écoutais, les autres enfants n’écoutaient déjà plus cela. J’étais déjà en marge (Rires). Ce qui est drôle c’est que j’ai étonnamment commencé par ses enregistrements gospels, puis j’ai été de A à Z. J’ai tout pris, cette voix, cette ambiance, ce physique…

Tu parlais tout à l’heure d’enregistrement numérique. C’est un peu paradoxal, je pense à Jack White qui n’enregistre que sur du vintage…

Oui d’ailleurs je suis tombé récemment sur un album des Stripes qui mentionnaient en crédit «Je peux assurer que ce disque a été enregistré avant telle année »… J’ai tendance à penser que cela n’a pas beaucoup d’importance. Lorsque j’ai acquis mon ordinateur, cela a été une libération, car je n’aurai pas pu financer ce projet en studio par exemple. Cela me fait rire lorsque les gens me disent : “J’adore ton son 4-pistes”. Mais non, ca n’a pas été fait sur un 4-pistes, j’ai utilisé un Mac (Rires) ! Cela permet également de sculpter le son, revenir dessus, le façonner…

Sammy Decoster, ca a quel âge ?

Environ 2 ans et demi, en parallèle de Tornado. L’aller-retour entre un groupe et un projet solo est indispensable. L’album solo devrait sortir d’ici environ un an, pas mal de choses sont sur le feu. Il y a meme dans les chansons qui ne sont pas sur Myspace ce coté poussiéreux, le coté cavalcade, avec cette idée des grands espaces que j’ai envie d’attribuer à la France. Ce coté campagnard, promenade en voiture, comme si j’étais en Bretagne, la nuit, ou ailleurs. Ce truc universel.

Pour le coup c’est totalement anti-urbain..

Totalement. Déjà je ne vis pas à Paris. Je suis définitivement rural ! J’aime la nature et la solitude, tout cela me semble cohérent, c’est cela qui me nourrit. Des fois lorsque je suis seul, je fantasme l’idée d’être avec d’autres, mais je suis maitre de mon temps en étant seul. Je ne suis pas misanthrope hein (Rires).

Des songwriters anglais t’ont-ils marqué ?

Je suis branché Jackson C. Franck, c’est somptueux. Un autre compositeur des 60’, avec une grosse réverbération… Tout ce que j’aime !

http://www.myspace.com/sammydecoster
Photos: Virgile Biechy

l’homme que je ne suis pas

Un commentaire

Definitivement somptueux !
L’on écoute Sammy avec délice, le soir un peu à la fraîche, près d’un champ de blé, assis sur une pierre, un vent léger glissant comme une douce carresse, le soleil s’enfonce doucement à l’horizon un soir comme celui-là, sa musique dans les oreilles… Rien d’autre.

Commentaire par inomurasensei, le Lundi 30 juin 2008 à 17:29

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