Je vous racontais récemment cette extraordinaire histoire d’un voyage en train à polluer sadiquement mon voisin de parcours, comment j’étais tombé amoureux d’une blonde à goitre au son des guitares nouvelles de Rubin Steiner.
Parce qu’il fallait mieux comprendre le pourquoi du comment, et surtout les raisons d’un album trop vulgairement étiqueté electro-rock, le tout dans un monde qui se fout désormais royalement de Faust, Lou Reed et Mahler, j’ai appelé Rubin Steiner sur son portable.
Très simplement, il m’a apporté quelques éléments de réponse au travers du combiné. Il me parle d’un retour à l’humain, de Principles of Geometry (qu’il adore), du dernier Tellier (playback froid) et puis surtout de musique. 1, 2, 3… je compose le numéro.
Allo ? RRRRRUUUUUUUBIN ?
Qui c’est ?
Bester, Gonzaï. Tu te rappelles qu’on devait faire une interview ?
Ah c’est maintenant ? J’irai faire des courses après. Vas y, balance tes questions.
Bon, il est dur à cerner ton album, le début est assez électro. Je l’ai laissé sur un bout de meuble pendant quelques semaines et finalement la sauce a pris grâce aux titres du milieu, notamment les instrumentales, assez heavy. C’est ton album rock finalement, non ? Pourquoi pas avant, notamment sur Drum Major ?
Pour pleins de raisons. Déjà c’est dur à enregistrer. Disons que je bosse dans un petit studio, à répéter entre deux répéts’ d’autres groupes, sur du matos de merde. Et on s’amuse à enregistrer. Alors forcément ca fait des années que je me dis que c’est impossible d’enregistrer un album avec un enregistrement aussi pourri. L’autre fois on a du mieux placer les micros que d’habitude, je sais… Bref. Tu parles d’électro sur le début d’album, Take your time, ou même Kiss Richard…. Tiens prends Kiss Richard c’est guitare basse batterie et un synthé. L’electro oui… bon en fait y a juste un synthétiseur. C’est l’unique référence électro finalement. Et le rock, pour en revenir là, pour la première fois ca m’a donné envie. Mais j’ai toujours eu peur des studios.
L’artisanat, premier employeur de France….
Oui voila. Mais après faut passer le cap. Mais autant avec un ordinateur tu peux arriver à tricher et faire croire que ca sonne, autant dès que tu prends un micro, ca peut sonner mauvaise démo de groupe de fête de la musique. Avant, c’était pour rigoler. Autant là, avec l’âge, j’avais envie de donner un peu plus de moi avec de la vraie musique. Sans samples.
Et donc ?
J’ai été obligé de me demander quelle était ma musique. Et puis des grandes questions qui empêchent de dormir pendant un an : «Pourquoi on fait de la musique, à quoi ca sert, etc.. ».
J’ai repris ma guitare, j’ai composé des chansons sans intérêts à la Ramones. Je déteste les Ramones. Alors il a fallu bosser.
Tu flippes sur la sortie d’album ? Je me rappelle d’Alex Gopher qui a fait le pari voila deux ans de sortir un album live… en mettant les mains dans le camboui.
Gopher… je me rappelle avoir entendu ca oui… J’en garde un mauvais souvenir, très propre et policé. Moi c’est le contraire de la peur. C’est le premier album que j’ai l’impression de pouvoir totalement assumer. C’est très personnel. Sur Weird Hits j’arrive à argumenter !
Tu es né en 1974, un titre de l’album, vers la fin, porte le même nom. C’est pas très compliqué à comprendre finalement, que cet album c’est toi.
Oui et non. Ce titre a une assez longue histoire. Voila un an et demi, on a joué au Brésil avec Tortoise, un festival monstrueux où tu te dis que c’est le plus beau jour de ma vie. Bref…. Quelques semaines plus tard je réécoute Tortoise au casque et j’ai entendu des choses que j’avais jamais entendu avant, la tête qui tournait dans tous les sens… Alors j’ai repris mon petit synthé virtuel et je me dis mis à faire du Tortoise… le morceau a viré Krautrock chelou, je l’ai mis de coté… et lors d’un déménagement j’ai retrouvé un vinyle de Faust, avec le morceau Krautrock. Qui d’ailleurs est sorti en 1974 ! Et là je m’aperçois que lorsqu’on superpose Krautrock de Faust avec ce morceau, ca marche. Tu peux mixer les deux ensembles. Bon du coup, y avait un signe. Forcément après je me suis renseigné sur l’année 74, et en creusant je me rends compte que quasi tout mes disques fétiches datent de 74. C’est donc un triple hommage : au krautrock, à Faust, à mon année de naissance… et puis un peu de My bloody Valentine sur la fin du titre quand même.
Puisqu’on parle de musique allemande, Weird hits me fait singulièrement penser à Death in Vegas et son album flop sorti il y a trois ans, Satan’s Circus.
Le Krautrock c’est seulement sur ce morceau. J’aime bien le mouvement, tout ca, je connaissais un vieux bonhomme début 90’ qui m’avait passé Popol Vuh, Ashra Temple, Neu… A l’époque j’écoutais beaucoup Stereolab et ses débuts fortement influencés par Neu… Bon en fait mon amour du krautrock c’est plus un amour de Stereolab. Plus que ce qui s’est fait à l’époque en Allemagne. Electrelane aussi, et tout ce qui est sorti récemment. Je mentirais si je disais que j’écoute Harmonia au casque tous les jours !
Comme je te le disais, les instrumentales représentent pour moi le moment le plus jouissif de l’album, exception faite de Can You. C’était pas un peu casse-gueule de mettre l’instrument en avant, comme ca ?
D’ailleurs depuis que j’ai lu ton article je me suis rendu compte du coté Velvetien de la chanson. C’est assez marrant. Mais on n’arrive pas à la jouer sur scène. J’avais pas repéré la dissonance quand on l’a enregistré. Et ca c’est plutot une bonne nouvelle ! (Rires)
Tu vas quand même pas me dire que la pochette tu t’étais pas rendu compte qu’elle était Warholienne aussi non ?
Non, ca c’est une potacherie assumée, initiée par ma femme. On était dans un bar, j’ai pris ma main en photo, elle avait son ordi et elle m’a sorti cette pochette. J’ai tout de suite su que c’était ca la pochette de l’album.
Quand on regarde les crédits de l’album, on se rend compte que Charlie O fait parti du staff, aux claviers. Et aux photos, on retrouve Philippe Lebruman, qui est aussi musicien chez les Married Monk. Vous vous retrouvez entre vous, pour bouffer entre musiciens marginaux et géniaux ?
Les Married Monk je ne connais pas énormément en fait. Disons qu’hormis Charlie O qui est un ami depuis longtemps, je ne suis pas client des gangs. Par exemple je suis très proche des Little Rabbits et pour autant je ne connais pas Katerine. J’ai jamais trop réfléchi à ca. Je ne cherche jamais à provoquer les collaborations, elles sont naturelles et c’est tout. Et puis tu vois un plan marketing avec Charlie O, je ne suis pas sûr que ca marcherait ! (Rires). Il est extrêmement brillant.
Et c’est peut être même ca le problème.
On peut aussi parler de Robert le Magnifique, qui sort un nouvel album. C’est un type qui s’est enfermé pendant deux ans chez lui pour apprendre à scratcher, qui maintenant est aussi doué que Dj Shadow.. J’aime bien ces gars qui ne sont pas fermés sur un style, loin d’Edbanger ou Kitsuné. On m’a longtemps catalogué comme un artiste rigolo bricolo électro, mais moi au fond, entre les morceaux sortis sur mes disques et ceux que je n’ai jamais sorti, je suis finalement plus dark que youpi youpla. Après… la notion du dark et du plombant n’est pas la même chez tout le monde.
Photos par Fiston




ETRE DIEU