La culture est une grande roue qui tourne. En la regardant de plus près on peut toujours y déceler des signes et des boucles répétitives. Après le culte à Guy Debord, avant le retour des dévôts de Bourdieu, voilà Roland Barthes, dont l’intelligence parisienne devrait s’accaparer le nom et la pensée d’ici quelques mois.
On a toujours besoin d’un penseur pour étayer ses thèses. La France est douée pour cela. Est-ce un hasard si Philippe Risoli est devenu star grâce à la Roue de la fortune (Rise and fall of Risoli, prochain épisode)? Non. Si vous remplacez le pognon par des têtes d’auteurs, vous obtiendrez ce qui fait la force de notre patrie. Une incommensurable envie de se dire fils spirituel de machin ou machine.
Dans ce grand bordel revivaliste, vous choisirez bien entendu votre camp. Il y aura les téléphobes (Serge Halimi), les contemporains (Bourdieu), ceux qui n’aiment pas le spectacle mais n’ont pas lu (Guy Debord) et puis il y a moi (c’est un peu prétentieux comme posture: j’assume). Roland Barthes, mon héros.
Un vieux con mort en 1980 qui laisse derrière lui un pavé (pas dans la pagination, mais dans le sens): Mythologies. Un livre qui décode les mythes, les tue, les analyse, sur tout et rien, leur donne un sens, le vrai, donne vie aux objets, dans ce qu’ils ont de forts, de signifiant (la DS, de Citroen en est le meilleur exemple).
Trente ans plus tard, après sa mort, personne ne parle plus de Barthes, alors que sa pensée n’a jamais été aussi forte. S’inspirant des études linguistiques, le vieux grisatre sort un fluide qui reste: Signifiant+Signifié= Signe. En d’autres termes? Le mythe n’existe pas, tout se démonte. Comme une DS, justement. Crier au génie en écoutant les Beatles, cinquante ans après vos parents? Même combat. Stop le mythe, stop l’idéalisation.
On reproche souvent à l’auteur de ces modestes lignes d’être élitiste, voire condescendant. Je vous emmerde, coute que coute. Je reste attaché à mes (non) croyances. (Et non: la Maison Tellier n’est pas un groupe de folk, non, Herman Dune ne sauvera pas le monde, non, le Paris Social Club n’est pas un club “cool”).
Gloire à Roland Barthes.
7 commentaires
super! J’apporte les chips.
“personne ne parle plus de Barthes”?!
On m’en a tellement parlé que je trouve que parler de Barthes, en 2008 (comme on dit), c’est devenu terriblement connotatif (comme dirait Roland).
Difficile de ne pas citer Ernest & Bart. Et surtout “Roland Barthes par Roland Barthes”, le chef d’oeuvre.
Mais mais !
c’est pas parce qu’un mythe est déconstruit qu’il cesse d’être mythe. On doit être la première génération, qui parvient à aimer ce qu’elle déconstruit. des croyants post moderne, si si …
Condescendant ou élitiste, je ne sais, Mister Langs, mais il est toujours aussi plaisant de vous lire ! Et puis, Maison Tellier, Herman Dune, Paris Social Club, “may them all burn in Hull”, pour paraphraser Andy Partridge, qui ne devait pas aimer les Housemartins et les riantes cités dévastées du nord de l’Angleterre …
Et puis, pour parler de “Mythologies”, ce serait bien que quelqu’un de plus intéressant que nos penseurs sous cellophane d’aujourd’hui s’en coltine une version contemporaine, parce qu’alors, en matière de lac des signes, fiu (comme le chanterait -pas très bien- Mareva Galanter) … et ne parlons même pas des (faux) Duchamp du signe qui pullulent (si l’héritier de Duchamp, c’est Julien Doré, je veux bien opérer une migration séance tenante vers les verts pâturages du Lichtenstein !)




PLAY BLESSURES
Et si on faisait genre une biennale de design pour parler de tout ça ?