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RODNEY BINGENHEIMER “Mayor of the sunset trip” vu par Mikaïloff

"Mayor of The Sunset Strip, 2003", de George Hickenlooper Je viens de revoir le film sur Rodney Bingenheimer, Mayor of the Sunset Strip. Preuve, s’il en était besoin, qu’un (...) suite

“Mayor of The Sunset Strip, 2003″, de George Hickenlooper

Je viens de revoir le film sur Rodney Bingenheimer, Mayor of the Sunset Strip. Preuve, s’il en était besoin, qu’un certain art de vivre rock’n’roll a disparu.

Rodney, c’est ce jeune garçon qui a toujours voulu approcher le vrai truc. Il n’était pas musicien, restait donc la collection d’autographe… Il les a tous. Adolescent, il rate une audition pour jouer dans le soap opera The Monkees ; il sera quand même pris pour faire « doublure de Davy Jones », le chanteur du groupe.

Rodney sera tour à tour, parfois en même temps, journaliste, manager, dee-jay… Mais sa grande idée, suggérée par David Bowie, est d’ouvrir un club minuscule, le Rodney Bingenheimer’s English Disco, où il reçoit les rock-stars de passage à Los Angeles dans une sorte de carré V.I.P. : un simple cordon rouge, tendu à 10 centimètres de la piste, derrière lequel se pressent Led Zeppelin, Bowie, Iggy Pop, et tous les autres. Ce qui fait courir les stars dans cette boîte de nuit miniature ? « Fresh pussy ! Et aussi «beaucoup de bonnes drogues», expliquera l’un des habitués de l’époque. Car, nul ne sait comment, Rodney, qui doit mesurer un mètre cinquante avec ses boots, et n’est pas plus charismatique que vous et moi (ce qui nous laisse quelque chance), attire à lui les plus belles filles de la ville.

Rodney ne connaît pas que des filles. Rodney connaît tout le monde. Vraiment tout le monde. Il est notamment l’ami de Kim Fowley.

Et ce dernier intervient souvent dans le film. Il est, entre autres, le découvreur, producteur, manager, « initiateur » – je m’arrêterai là - des Runaways, un groupe proto-punk de gamines boudeuses du Middle West. (Bien sûr, elles ne viennent pas vraiment du Midwest, mais j’aime bien l’idée d’un groupe de gamines boudeuses surgie du Midwest…) Cherry Currie, l’ex-chanteuse du groupe invitée, pour les besoins du film, à parler de Kim Fowley, n’est pas vraiment submergée par la nostalgie lorsqu’elle évoque son ancien mentor.

En gros, elle explique que confier quatre adolescentes prépubères aux bons soins de Kim Fowley était une idée un peu malsaine.

Fowley qui adressa, rappelons-le, ce message à la France, lors d’une mémorable interview (disponible chez Disco-Babel) : « A toutes les lycéennes de France : masturbez-vous en regardant ma photo. Femmes françaises, je veux que ce soit Noël quand je vous touche, je veux voir vos têtes lorsque je vous pénétrerai avec mon instrument massif, etc. »

Mais revenons à Rodney. Quarante ans après son entrée dans le rock’n’roll circus, celui-ci est toujours pauvre - même s’il «saurait quoi faire avec de l’argent », avoue-t-il - et toujours seul. Il habite une petite maison de plain-pied, à Los Angeles, pleine de souvenirs, de disques, d’autographes, de vidéos. Au mur, le permis de conduire d’Elvis Presley. Sur la cheminée, Rodney avec Warhol, Rodney avec Clinton, Rodney avec Dylan, Rodney avec Spector, Rodney avec Jagger… Quoique ce dernier, lorsqu’on lui demande s’il connaît Rodney, répond : « Who’s Rodney ?… » Quel déconneur, ce Mick.

Il y a ses amis d’enfance aussi. Dont un étrange type de plus de cinquante ans, qui tente de percer dans le show-business depuis trente (quarante?) ans. Et qui reconnaît : « Pour moi, ce serait bien que ça se mette à marcher maintenant… ». Il faut préciser que ce garçon se promène dans Los Angeles en costume d’astronaute, au milieu de l’après-midi. C’est un de ses petits trucs pour avoir du succès.

À la fin, Rodney est filmé sur un bateau, au large de l’Angleterre, où il est venu répandre les cendres de sa mère. Le réalisateur demande alors à Rodney s’il souhaite une fin triste ou une fin heureuse pour son film. Sur le moment, Rodney ne trouve pas une bonne vanne à sortir, comme le font si souvent les Américains. Ce sera donc une fin triste.

http://www.myspace.com/rodneyontheroq

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