On se fait toujours avoir. En plantant le jack de mon Epiphone G400 (rouge feu comme il se doit) avec l’intention de m’offrir 15 minutes de blues pour reposer mes yeux des heures passées à griller devant le moniteur, cette vieille tentation de pousser les watts m’est retombée dessus.
Rapidement les riffs se transforment en simples vibrations sismiques, les slides en coulées de boue et même les licks les plus respectueux des plans de nos ancêtres du Delta prennent cette couleur chromé/cramée du hard rock.
Mick'ComicAC/DC vous prend par derrière sans que vous vous attendiez. Quoique je fasse, c’est trop facile de se laisser pousser les cornes et de balancer les accords de It’s A Long Way To The Top ou Night Prowler. Cela revient tout seul, comme le vélo (à ce qu’il parait, il y a des années que je refuse de tenter. Que voulez-vous, on ne monte bien que ce que l’on aime) ou le dosage d’un planteur.
Pourtant cela m’a étonné moi-même. Depuis quand n’ai-je pas écouté un AC/DC ? Depuis quand avaient-ils sorti un bon album ?
Dire que tout le monde s’excite pour la sortie du prochain. Zegut a préparé son sac de pèlerin, Manoeuvre a déjà réservé un taxi. Le branle-bas. Et moi ça m’en touche une sans véritablement mettre le feu à l’autre. A ceci près qu’une voix au fond de moi sussure encore ce maudit : et si celui-ci c’était le grand soir ?
Non je peux pas y croire, il y avait quoi, trois ? quatre bons morceaux sur Stiff Upper Lip ? Et autant sur Hard As A Rock. Oui mais. Rien qu’en prononçant leur noms, j’entends raisonner Boogie Man et I Feel Safe In New York City.
Ah les vieux ont cela en commun. Ils ont marqué un jour et c’est cela qu’on veut entendre d’eux, pas ce qu’ils savent faire aujourd’hui. Voyons, combien de morceaux de Division Bell puis-je citer de mémoire ? High Hopes. Oh et Marooned. Cela fait deux, pas mal. Et sur The Weirdness ? My Idea Of Fun décapait bien. Alors que je ne me souviens déjà plus du titre du dernier Rolling Stones.
Le père Philippe Paringaux le déclarait en mai dernier à son remplaçant notoire à propos de leur dernière tournée, le monstrueux Bigger Bang Tour (ah ben du coup, j’ai retrouvé le titre de l’album tiens) : “(…) je n’ai pas envie de les voir à mon âge sur scène. Même s’ils jouent mieux maintenant d’un certain point de vue, toutes les choses importantes dans le rock, énergie, fraicheur, colère, tout ça s’est envolé.”
Et tout était dit.
Keith'comicRésumons la chose ainsi : on ne demande pas à tous les groupes de réécrire le rock tous les deux ans. Qu’un album me file un frisson dans la guibole ou un trou au fond du bide et il aura gagné. Tous ceux qui s’exercent de leur mieux à inverser les vapeurs, défricher des territoires et créer des courants, ont pour eux le seul mérite que leur œuvre remportera. J’entends par là que si Suicide n’avait pas d’excellentes compositions, on ne lui aurait pas décerné autant de médailles simplement parce qu’il a tenté l’impossible : accoupler un crooner à une machine binaire. L’expérimentation en elle-même n’offre rien. Faites du rock ou retournez vous secouer au CERN. Et cette règle d’or : un bon album est un bon album.
Le dieu du rock lui-même (là j’ai Iggy Weirdness en tête mais bon, vous pouvez y mettre Morrissey si vous avez ces moeurs là) sortirait un album rempli de flotte qu’on refuserait de la boire. Fut-ce dans une mauresque.
Réitérer l’exploit, remettre le titre en jeu, tout sur le quatre noir, est pour moi tout à fait louable. Mais franchement casse-gueule. S’en sortir avec un ou deux morceaux est un peu cheap. J’ai une certaine hargne envers celui qui, ayant déjà touché la cime, n’arrive qu’à couler le pire bronze qui soit. Mieux vaut parfois se retirer du terrain.
A ceci près que ceux qui ont déjà frôlé les anges repartent avec une clémence particulière : Que les deux tiers de la galette soient du déjà vu et qu’un titre seul me reste en tête me suffit. C’est pourquoi je n’attendrais rien des frères Young, ou de B.B. King cette année. Ils ont déjà fait jaillir l’or du sable, et refusent de raccrocher les gants pour ne pas se contenter de faire les fins de bouteilles à la maison. Qu’on les laisse faire. Mais qu’on cesse de nous casser les oreilles.
Si l’huitre a caché une montre dans son derrière, on le saura de nous même bien assez tôt.
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ETRE DIEU