Il y a quelque chose de pourri au royaume de Clichy. Cliché. On va encore nous taxer d’irrévérencieux ou de jaloux éhontés mais parfois des constats vous arrachent le cœur et ne se soignent qu’en le disant haut et fort. Rock & Folk, c’est vendu.
Un rapide survol laisse transparaître l’évidence arithmétique : 3 pages en moyenne dévolues au courrier des analphabètes (au choix : vieux mités arguant acheter R&F depuis si longtemps que cela légitimise tout leur être, ou jeunes puceaux fiers de savoir envoyer un email pour répondre au jeu concours : cé koi don être rock en 200X ?), 1 à 2 pages pour la théorie (fumeuse) de Busty (fumeuse elle aussi, mais buveuse également), la double page offerte à Bavaria - la pisse tiède des soirées de ceux qui n’aiment pas la bière – avant d’arriver au gros (gras ?) du canard. Ouf.
Geante verte?Enfin, de l’info. Traitée par des types qui connaissent l’odeur du cuir râpé et du palissandre dont on tire des copeaux au médiator. Des gars qui ont tracé une ligne verte à ne pas franchir, et c’est tout à leur honneur : décrire comme on le faisait il y a 40 ans le rock qu’on aimait il y a 40 ans. Des limites bien nettes pour ne pas tomber dans le modernisme-à-tout-prix que viseront leurs détracteurs des années 80 prétendument incorruptibles.
OK pour cette ceinture de chasteté pour éviter de se laisser aller. Mais alors comment expliquer la double page cinéma (porno chic et horror kitch, la belle affaire), la page DVD (resucée de ce qui n’aurait pas tenu dans la page DVD des 6 mois précédents), la page série télé (baille), la page jeux vidéo (hein ? allo ?), la page BD (y’a quelqu’un de garde à la rédaction ?), la page livre (ah mais non, c’est pas un mag de zique en fait, c’est un magazine tuturel… On nous avait rien dit…), les 6 pages ou presque d’agenda concerts (pour ceux qui ne connaissent pas internet, ou refusent – comme la rédaction incriminée – de lui trouver une utilité), la double page petites annonces (JH ch JH pr rel. rock sur Compiègne. Guit serait un +) ? Hein, à quoi bon ?
Alors, 150 moins 25, je pose deux je retiens trois… J’enlève encore 6 pleines pages de pub et les innombrables manchettes offertes à Gibert (le libraire qui sent le vieux), ainsi que les pages d’offre totalement-exclusive-rien-que-pour-toi-c’est-promis de réabonnement ou de commande d’anciens numéros/hors-série/fonds de tiroirs qui encombrent la salle des archives des éditions Larivière et ça y est, on a 100 pages de musique.
Pas mal cent pages. Pour du rock. A notre époque, ce n’est pas donné à tout le monde de pondre cent pages correctement sur ce sujet. Ne crachons pas dans la soupe. Si ?
Doherty, tete de gondole d'un journal a la deriveEt si. Parce que le patriarche Rock & Folk accuse le coup d’une routine qui fait peine :
Les couv’ réservées au trio Stones / Iggy / McCartney (re-baille), avec une exception pour Kiss (Kiss, mon dieu… Ils sont pas morts dans leurs fringues collantes eux ?). Busty partout tout le temps, pour des lecteurs qui n’attendent que la réanimation de Bowie et de Led Zeppelin. Les « Disques à moi » de gens dont tout le monde se cogne (en 2007 on a quand même eu Eric et Ramzy !). Un délit de sale gueule affiché : l’envoi de Basile Farkas couvrir Radiohead au P.O.P.B. comme à Main Square après lui avoir confié trois pages pour vomir In Rainbows l’automne dernier et l’avoir consacré « album du mois » un peu plus tard… Alzheimer ?
Même la ligne éditoriale craque de partout. Mettre dans le même canard les Teenagers et The Allman Brothers est une abomination. L’expo ‘Jeunes Gens Mödernes’ traitée par-dessus la jambe il y a deux mois avec publication de photos pompées sur le myspace des organisateurs pour pas un rond et zou, en pleine page. Sans commentaire ni traitement. Un numéro de Juillet avec : Dick Rivers (bien traité par Isabelle Chelley, mais loin de surpasser notre Little Johnny Jet), Christophe (ronfle) Donna Summer (!), Bob Dylan et Hugues Aufray (youpi, je vais chercher mon pull en laine mohair, on a décongelé les vieux !)… Et pour le mois d’Août, NTM en couv et sur 6 pages (y’a un peu plus, je laisse ?).
Alors hop, R&F s’est fait une jeunesse en récupérant les habitués du Gibus (dont ils ont dû acquérir le capital depuis deux ans, non ?) et en racolant les (derniers) téléspectateurs de la petite chienne qui monte qui monte, selon la périphrase connue. Et les paroles de NTM, si chères à Manœuvre, me reviennent « Car un jour viendra l’hécatombe des stars en plastique, authentiquement construites manipulées comme un cube, le temps d’un tube, on les entube. Une merde braillée par une pin-up, ça s’appelle un hold-up… ». Et cela date de 1993. T’en souviens-tu Philippe ?
Malgré son lifting, Rût & Flûte ne dupe personne. Artistes comme labels, tout le monde le sait. Il n’y a plus rien à craindre du vieux bonhomme.
Pourtant, puisque la ligne verte a été franchie, je suggère que l’on applique la suite logique : chaise électrique pour le cerveau, et don d’organes pour les membres valides qui peuvent encore servir.
22 commentaires
…
Peut-être pas si évident que cela… bien que je n’ai pas renouvelé mon propre abonnement.
Cependant, une chose : personne ne souhaite la mort de Rock & Folk, mais bien sa résurrection. Parce que le bougre donne encore quelque signe de vie… il bouge !
Le problème, au fond, c’est que nous n’aurons plus jamais 16 ans et, donc, R&F ne pourra plus jamais animer cette flamme en nous.
Pour finir, petite prédiction : si Rock & Folk fait sa couverture sur les Redwalls, c’est donc qu’il remplira a nouveaux son rôle.
Salutation
…
Ah, enfoncer les portes ouvertes… pas ouvertes pour tout le monde apparemment ![]()
Totalement d’accord avec cet article ; ce qui manque cruellement à la presse “rock” en France, c’est la rigueur et le courage : dans le choix éditorial, l’écriture des papiers,et le traitement des sujets. Cela ne sert à rien de vouloir couvrir trop de choses(les baby rockers, mais aussi Hugues Aufray !), sauf à démontrer de façon pathétique que l’on cherche à ratisser le plus large possible et que l’on est en manque de lecteurs.On a l’impression en lisant R & F d’avoir une réédition d’un vieux machin (du genre : “Pif Gadget ressort un n° spécial, comme avant !”)plein de rubriques totalement désuètes (Erudit Rock, franchement, connaissent pas All Music Guide, entre autres ?).
Quant à une nostalgie pour ses 16 ans … j’avais 16 ans au milieu des 80s, et déjà R & F était mort, à faire ses couves et des dossiers spéciaux sur des Madonna, Sting ou Pink Floyd, à singer TF1 (qui parlait des mêmes)à l’heure où même Yves Mourousi était qualifié de”rock”.
Il faudrait un mensuel beaucoup plus court, une vraie ligne esthétique, quelque chose qui oblige le lecteur à vouloir compléter ce qu’il a lu pour pouvoir mieux comprendre, pas un truc mou, flottant, qui ne donne jamais envie de relire un seul article. Jouons les anciens combattants : allons chercher chez les bouquinistes les R & F des 70s ou du début des 80s, tout n’est pas bien, mais il y a à chaque numéro au moins un truc passionnant et passionné.
Ds la presse musicale française actuelle, les magazines st des illustrés qui ressemblent à des pages de pub que l’on feuillette distraitement, sans aucun retour, comme des programmes télé, qui ne déclenchent plus rien.Qu’ils deviennent ou redeviennent des fanzines ou qu’ils meurent - dans l’indifférence générale assurément.
ah no non sa mort !
la résurrection est une chose trop belle et trop grave pour les morts
j’avais oublié, après bertrand cantat et julien doré .. philippe manoeuvre
honnêtement, et je pèse mes mots, je préfère encore carla bruni-sarkosy
votre
cheval
article qui plaira qu’aux convertis bien sur (dont je suis).
je doute que ça gène manoeuvre ou eudeline (ou busty?) par contre.
ce qui est rageant c’est que en dehors de leurs baby rockers & doherty, il se passe des trucs bougrement interessants en rock, que ce soit autour de black diamond heavies ou buffalo killers, qui auraient leur place dans ce mag plutôt que la dernière sensation hype.
de toutes façons vu comment il se sont vautrés avec les naast & co, ils ont perdu toute credibilité.
ça c’est un vrai problème !
Le problème ici, c’est qu’on va encore suspecter les auteurs de s’être fait rembarré par la rédaction du journal sus-cité.
Bon.
C’est peut-être vrai, peut-être faux, j’en sais rien, je m’en fous.
Saint Eudeline et Ungemuth trouvent encore mon affection en tant que lecteur. Le reste..
Pour ma part, n’achète jamais R&F mais prend du plaisir à le feuilleter quand je me rends chez un pote comme on prendrait du plaisir à lire un bon magazine people dans un salon de coiffure. Une petite institution qui a une tendance au parisianisme et à l’américanisme un peu trop prononcées pour divertir et cultiver le vrai fan de rock dont Internet a permis la survie.
R&F revue libre. Libre de mettre en première page “Pas de Carla Bruni dans ce numéro”. Libre de faire des dossiers, des interview 100 fois refaites sur des groupes dont tout le monde se fout (Kiss, NTM, Rolling Stones, Radiohead…). Libre de vouloir plaire à tout prix pour pouvoir vendre et (sur)vivre. Je suis absolument d’accord avec cet article qui procure une sensation de bien-être à sa lecture.
Le problème avec ce genre de papier, c’est que ca devient vite un défouloir pour tout le monde. Alors qu’au fond, c’est un peu comme écrire que “l’amérique est capitaliste et que c’est pas bien”.
Le doute m’habite.
Je cherche la relève.
Rô Rock n’ Folk c’est pas bein ? nan ? Pareil les Inrocks ? Ah ben… Les choses changent ? Ah ben ça alors !!!
Bon.
Je vais me renfiler une bignouze.
Salut,
vouloir faire un magazine qui nous ferait monter au poteau maintenant, relève économiquement mais pas seulement de la gageure…
Pourquoi Gonzaï n’est pas sur papier à votre avis ?
Je suis prêt à parier que peu de gens s’abonneraient ou achèteraient un magazine papier pointu ou tout simplement intéressant tant dans le fond que dans la forme…
Même ceux qui prétendent le contraire dans des commentaires indignés… je dirai même surtout ceux là.
C’est ça qui m’empêche d’avoir la banane tous les jours quand je me lève.
Maintenant l’esprit publi-rédactionnel règne en maitre dans tous les médias (petits et grands) et il y a beaucoup de petits vizyrs qui voudraient bien être kalife à la place du kalife. C’est généralement ce qu’il se passe.
Alors que nous reste t’il ?
On fait un test : on lance une souscription avec grosse soirée déjantée pour Gonzaï papier, et je me barre avec la caisse…
Merde j’irais pas loin sur le périph déjà plus d’essence…
Merci de me prouver le contraire ça me refilera le sourire.
C’est pour cette unique raison que Gonzaï collabore à la presse écrite et prépare actuellement un dossier de 50.000 signes pour un média national, de manière événementielle. Nous sommes tous revenus de la presse écrite, nous l’aimons encore, par intermittence.
et bien en voilà une bonne nouvelle…
PS: (il y a un léger problème de date sur la ligne des commentaires…)
Sans faire de polémique inutile (suivez mon regard), rock and folk paie sa vision tronqué des rapports entre l’art , le rock , la société et la politique(vision très yves adrien parisienne).Ils n’aimaient pas les gauchistes ,ils ont cru que les punks étaient des vrais rebelles et bien maintenant ils sont obligés d’ecrire pour des jp de droite.
et alors… nous aussi on n’aime pas les gauchistes…
On a la gueule d’un Fanzine Punk à chien?
JE vais même te dire un truc anarchy, je déteste la politique dans la musique… et j’aime pas trop cela dans le cinéma non plus. « La jeunesse emmerde le front national », ok, pourquoi pas.
Mais le discours anarcho-saucisse-bière… merci, très peu pour moi.
“JE vais même te dire un truc anarchy, je déteste la politique dans la musique”
Une phrase qui se passe de commentaire…
ça fait du bien d’avoir une vision de Rock&Folk qui dépasse le traditionnel jet de fiel musicalement correct mais tacle le contenu page par page. Le magazine est devenu un manuel d’instruction sur “ce qu’est être rock aujourd’hui”, ridicule et chiant si on veut leur donner un rôle et une responsabilité qu’ils n’ont peut-être pas. On est juste confronté au triste sentiment de voir des choses qu’on aimait changer, se transformer et nous laisser frustrés et démunis. N’y pensons plus, comme le dit Bester ce qu’il nous faut c’est la relève.
amusant mais inutile article, qui oublie que le rock est lié à la littérature et aux images depuis le début, qu’il est commercial (et donc subversif) depuis le début (elvis, spector, beatles, motown …)comme toute pop music qui se respecte , que rock & folk fonctionne comme ça depuis au moins 30 ans, avec des pages livres, de la mauvaise foi et des contradictions - ya 30 ans, c’était un coup Pink Floyd c’est génial, un coup c’est rasoir- là, c’est Radiohead, et c’est pareil




PLAY BLESSURES
Voilà qui fait plaisir un peu de vérité sur rock and folk. Le vrai debat serait aussi mais quel magazine de rock est inetressant
les inrocks (pédant), magic (chiant), Rock & folk (qu’ils virent cette busty qui sert à rien) bref ?????
Gonzai sur papier bientot ????