79

ROB Please don’t kill…

C’était un soir de mai 2006, Sebastien Tellier parlait dans mon micro et les oiseaux chantaient fort : «L’album que j’écoute le plus en ce moment, je t’avoue (...) suite

C’était un soir de mai 2006, Sebastien Tellier parlait dans mon micro et les oiseaux chantaient fort : «L’album que j’écoute le plus en ce moment, je t’avoue que c’est Rob avec son premier disque Don’t kill ; il a sorti son deuxième album chez Source, Satyred love, super arrangé avec des violons sublimes. Un artiste français qui a un talent énorme. Personne n’a voulu l’écouter et c’est bien dommage. Il assure les claviers de Phoenix maintenant. C’est vraiment de l’art contemporain, des mélodies extrèmement belles, dans un trip biologie / Motos de sport, tu vois le genre…»

Depuis, je n’ai eu cesse de chercher ces deux disques, quête du Graal audio pour ces albums vendus à peine à 3000 exemplaires (un record dans l’industrie d’aujourd’hui, véridique !). Homme invisible, albums introuvables, mais mélodies bien réelles, il n’en fallait pas plus pour remonter Rob et trouver la source. Ou le contraire peut-être. La rencontre a finalement lieu dans le jardin de la Grande Mosquée, Rob parle dans mon micro et les oiseaux chantent fort. L’histoire se répète, tel un refrain pop.

Bester: Dur de te retrouver Rob, pas l’ombre d’une trace sur le web, encore moins de site officiel, lorsque je regarde chez les disquaires c’est le désert, ton myspace est limite en mode inconnu. So… j’ai raté quelque chose au début des années 00 ou tu es passé totalement à coté de la France ?

Rob: C’est resté confidentiel, je te l’avoue. Les albums se sont peu vendus, moins de 10.000, ce qui à l’époque n’était pas terrible. Surtout qu’on parle alors de gros budgets, le premier album est signé chez Source. Je pense qu’en fait je suis le dernier des mohicans de  la French Touch ! Je suis le dernier à avoir fait un gros contrat en France, à cette époque. Très rapidement après ma signature tous les labels ont fermé, tous les mecs se sont vus remettre leurs bandes.. Disons que j’étais dans la «win» de l’époque, on m’a rapidement assimilé à toute la bande (Cassius, Gopher, etc..), et les médias n’ont pas su classifier l’album. Qui logiquement a été zappé. Moi, à ce moment, je suis un gamin (19 ans) qui ne comprend pas bien ce qui se passe.

Puis forcément le retour du rock de 2001 te balaie…

Même pas, en fait. J’avais un live prog’ à fond avec twin guitars et tout le truc, alors que tout le monde vomissait ce genre. Je me souviens d’un live à la Cigale catastrophique, les mecs criaient au scandale. Ca me faire rire avec le recul : ils se branlent là-dessus aujourd’hui. Du coup, j’ai disparu. D’un certain point de vue, disons. J’ai quand même réussi à sortir un deuxième album, quasiment un miracle vu la période. Mais, on peut presque dire qu’il n’est même pas sorti. Aucune promo, aucune distribution. Même moi, je ne l’ai pas. Ah si, j’ai un vinyle.

Ces mésaventures contribuent à créer le mythe, non..

C’est ce que me disent tout mes amis. En tout cas c’est pas moi qui l’entretiens. Disons que je ne fais rien. (Rires).

La pochette du premier album, Don’t Kill, contribue à l’alimenter ce mythe.

Oui, totalement. Les gens ont cru que c’était une blague, un truc décalé pour connaisseur, et n’ont pas vu que c’était un jeune qui sortait un nouvel album. Enfin bon, j’ai la chance d’être assez mégalo pour en avoir rien à foutre. Je me considère comme artiste et donc en perpétuelle évolution. Non… je suis désolé (Soupir)… Tout est bon.

Tout est bon chez toi tu veux dire ?

Oui, déjà ! (Rires) Mais sérieusement… J’ai lu dans l’excellente biographie de Truffaut qu’un artiste se prend dans sa globalité. Tu prends tout ou rien, tu prends un artiste dans son intégralité avec les chansons défendables et celles plus atroces. Je pense que mon intégrale sera superbe.

Tu penses déjà au best-of ?

Oui je voulais en sortir un récemment.

Le même coup que Tellier avec Sessions quoi..

Oui, tu sais, on a énormément de points communs, ne serait-ce que la barbe… Même si je suis beaucoup plus séduisant. Et puis, il est plus vieux. Enfin, je n’ai pas d’aigreur par rapport à mes débuts. Je pense en toute sincérité qu’il y a un manque à gagner pour la scène française, j’apportais une alternative très artistique et sincère, c’est dommage que j’ai disparu de la scène.

Oui mais alors c’est quoi ces dates annoncées sur ton myspace ?

Ce sont les dates de Phoenix. Disons que c’est là où on peut me voir ! (Rires). C’est mon actualité scénique.

Ca te fait pas chier de jouer avec Phoenix ?

C’est-à-dire ?

Je veux dire… Pas de frustrations de jouer en backing player pour un groupe hype… Alors que ton œuvre perso est dix fois mieux…

Vu l’état du milieu musicial en ce moment, sortir un truc n’est plus du tout important pour moi. Et puis Phoenix ce sont des amis d’enfance tu sais, on fait le tour du monde, on s’amuse. Symboliquement, publier un album, je l’ai déjà fait. Maintenant, je m’en fous complètement. Et puis, je joue avec pas mal de monde, de Tellier à d’autres projets plus bizarres. Là je viens de réaliser un album pour Melissa Mars.

C’est chez Polydor, disons que c’est de la pop. Dans le même genre, je sors d’une séance pour Obispo, c’est lui qui compose pour Melissa et moi qui réalise.

Ca doit être dégueulasse comme compositions.

(Rob se transforme en attaché de presse) : Disons qu’on parle d’un autre genre de musique. Je vais là où le vent me porte. Il y a une certaine qualité qui est d’un autre ordre. Je ne suis pas obscurantiste, tu sais. Mais pour ce qui est de mon œuvre personnelle, je suis impatient de pouvoir me confronter au public à nouveau.

Mais c’est pas le moment là ? Regardes Alex Gopher qui sort un album instrumental…

J’attends la bonne occasion. J’ai été mal élevé en fait, à la sauce majors et grosses productions. Regarde le premier album, il y avait 1 million de francs de production.

Impensable aujourd’hui !

J’avais 19 ans et c’était l’insouciance, je ne rendais pas compte de tout ça à l’époque. Si tu prends le premier album, cela donne l’impression de superposition de couches de claviers. Je venais de découvrir Protools. Mais, aujourd’hui, c’est totalement différent. J’ai des milliards de trucs dans le placard, des musiques de films, un album entier en français. J’ai environ 100 morceaux au total qui sont prêts. Des instrumentaux etc.. J’ai aussi un trip ethnique, entre De Roubaix et Steve Reich, avec des instruments qui viennent du monde entier.

Ca te tente pas la diffusion strictly numérique, comme Burgalat pour son prochain album ?

On ne m’a jamais proposé. Je ne provoque rien du tout, je ne vois aucun label. Je ne prends aucune initiative.

C’est une démarche artistique ?

Une démarche de vie plutôt. Vu que je joue avec Phoenix, je laisse les choses venir. Par exemple je vais produire le prochain Areski, on parle d’autre chose déjà. J’ai peut-être plan avec un nouveau label, Paneuropean Recordings, l’un des mecs de Turzi qui est un vieil ami. Ca me plaît. Tous les autres patrons que j’ai rencontré… Disons que j’ai du mal avec les contraintes marketing. A l’époque, je pensais vraiment que mes disques étaient des disques d’or potentiels.

Sérieusement ?

C’est à cette époque que j’ai rencontré Seb Tellier, et  on se disait «Là, c’est disque d’or, qu’est ce qu’on fait après, etc.. ». Mais je reste persuadé que mes deux premiers albums vont se vendre énormément. Les mecs de Phoenix continuent de me dire que je suis le prochain Captain Beefheart. Bon, c’est un peu exagéré quand même ! (Rires) Mais j’ai des fans à travers le monde, tu vois lorsqu’on tourne avec Phoenix, j’ai toujours des mecs dans des bleds paumés des USA qui  m’attendent. C’est sûr, ils sont moins nombreux !

Jamais eu la tentation de faire un truc un peu plus putassier comme les mecs de Air ? Tu vois le genre bande sonore diffusée en rotation sur les émissions M6…

J’ai essayé, notamment avec l’album composé en français. Mais, en fait, je n’ai pas “rencontré” le bon moment. Pourtant, il y a de super chansons dessus.

Sur quel album ?

Le mien, celui en français.

Ah j’ai cru que tu parlais de Air, je comprenais plus.

Bon sinon… On disait quoi déjà.. Tu sais des mecs me proposent encore des concerts, style carte blanche à Rob, etc… Mais je n’ai pas l’envie. J’avais l’idée d’un concert dans une boîte de nuit, avec un shut-down à 01.00 du matin, tout le monde dans le noir et concert planant pendant une heure. Ca ne s’est pas fait. Problème de sécurité. J’attend mon heure, je ne suis pas pressé. Mais je ne me battrai pas  pour cela.

C’est assez noble comme démarche.

Oui, j’aime beaucoup la noblesse, merci. Quand j’allais voir un patron de maison de disque, le mec me disait «J’adore, mais je sais pas quoi en faire», forcément dès qu’on me dit cela, je fuis.

Bon… merci.

On arrête là ? Mais je t’ai pas encore parlé des musiques de films ? Enfin ce qui est sûr, c’est que depuis Satyred Love je n’ai pas arrêté une seconde. J’ai aussi des musiques pour enfant (j’ai un fils maintenant), le jour où un mécène aura du pognon à claquer, je pense qu’il y aura une mine d’or à exploiter.

Fais attention, je pense que le jour où tu vas crever tu vas faire le bonheur des maisons de disques..

Tu crois ? En même temps, dans le trip noble, je trouve cela assez jouissif….

Paris, le mardi 5 juin 2007

http://www.myspace.com/dontkillrobRob // Don’t Kill // Source (2001)
Rob // Satyred Love // Source (2002)

Laisser un commentaire