… et décidai donc de refermer violemment la porte pour m’éviter d’en entendre plus. A ce stade (17 écoutes complètes dont la moitié au casque, standard Gonzaï, norme Iso-à-la-con), il n’y avait guère de discussions utiles. Nous allions forcément en passer par les habituelles inquiétudes de ceux qui sondent le moral des ménages, cochent les cases, manquent les coches et nous cassent les choses : « mais peut-on encore écouter du classic-rock ? », « comment aller de l’avant ? », « doit-on redouter un retour du grunge ? », « L’Amérique de Bush, peut-elle laisser une… ». STOP.
Si près du but, il n’y avait que deux questions à se poser. Celle que vous avez déjà en tête et celle qui rebondit depuis quelques minutes dans la mienne. La vôtre, d’abord, politesse gonzo : « Franchement, s’intéresser à Retribution Gospel Choir, projet parallèle d’Alan Sparhawk co-leader de Low ici sans madame, n’est-ce pas soit une lubie snobinarde soit une dinguerie de collectionneur ? » Non et non.
Sparhawk s’en tient strictement à la formule trio électrique (guitare, basse, batterie, noble art du rock, la dernière occasion de mesurer sérieusement les bites) avec un seul son tout au long de l’album, un coup de ripolin à la Soulages. Dix morceaux, 30 minutes, le compteur s’arrêtant parfois à 2min 02, après deux couplets, puis reprise du riff : un bloc. Les trois types se cognent à toutes les barrières de l’enclos, tournent le problème dans tous les sens, fulminent, se contiennent, explosent. Quand le batteur lance un break ou lorsqu’un solo décolle, l’édifice entier vacille mais tient finalement debout, solide, à la fois tendu et heavy (un certain classicisme heavy-rock qui écoeurera le branché à barbe et sa femelle, la branchette à bottes, inconsolables orphelins de la French Touch).
Le Retribution Gospel Choir croit autant à la télépathie qu’aux répet’ et mate tout ce qu’il joue. Effectivement, « il y a bien ceux qui écoutent de la musique et ceux que la musique écoute. » (Charles de Gaulle dans Mojo). Rien de snob ou de pointu dans ce disque. Au contraire, c’est même limpide, rudimentaire, imbattable parfois.
Mon problème, maintenant. Comment vous convaincre, par quel biais ? L’arsenal de la critique pèse dans ma poche avec une lourdeur rassurante. Je peux dégainer un peu d’érudition (citation du producteur, Mark Kozelek des Red house painters, si ce nom éveille encore quelques souvenirs, comparaison entre les titres de Low repris ici et les originaux, rappel de la ville d’origine du groupe, Duluth, lieu de naissance de Dylan, un fil à tirer jusqu’au carton de la bobine avec des airs d’historien de la musique populaire).
Autre possibilité, remplir le chargeur avec quelques souvenirs personnels : j’évoque avec des phrases courtes, parfois par des mots seuls, mystérieux («Fractal. Forcément fractal. Bourbon. »), la découverte de Low, précisant au passage quel manteau je portais à l’époque et qui me l’avait vendu (authenticité !). Je peux également tirer une cartouche avec des mots en capitale (voir plus haut) - ELECTRICITE, PLOUC, DEFINITF – très « Bukowski-Bangs », classe éthylique rarement remise en cause. J’ai même la possibilité de tresser de mystérieuses correspondances (David Lynch pourquoi pas, il sert à toutes les sauces, celui-ci, comme tout ceux qui n’ont pas de style.) Sans oublier, le gimmick scandaleux, toujours prisé, genre « les chœurs du premier titre sonnent comme les camps de… ou le génocide au… », afin de remuer la tambouille des consciences avec une cuillère trois fois trop grande pour moi.
Finalement, couard scribouillard, j’opte pour l’arme blanche, à la fois plus simple et plus vicieuse : la comparaison référencée. Tomber sur l’album de Retribution Gospel Choir c’est un peu découvrir Neil Young and the Crazy Horse lâchant leur premier album là, devant nous, en nous et pour nous en 2008, concassant les titres les plus directs d’Everybody knows this is nowhere et les plages électriques de Zuma. Cette lame devrait traverser lentement le gras laissé par ces nombreuses écoutes de Radiohead et ces albums disco-pop, achetés et jamais aimés. Alors, convaincus ?
Retribution gospel choir // Retribution gospel choir // Caldo verde (Differ-ant)
http://www.myspace.com/retributiongospelchoir
6 commentaires
Dans ce cas, effectivement… Deux semaines, c’est la bonne durée pour être accroc à ce disque je trouve. Après 15 jours, il tourne toute la journée.
allez Syd, une troisième question pour les Mous de la Comprenette - qui jouaient ce dimanche contre les Durs de Lafeuille - dont je suis un membre indéfectible depuis si longtemps maintenant :
comment ça se fait que, quand on est frontman de Low, trio austère à harmonies lugubres, on trouve rien de plus pressé, sitôt piqué par la guêpe du side-project, que de former un trio lugubre à harmonies austères? Comme dirait Young, sorti pour l’occasion, tout mouillé, ex neilo, what’s the point?
En effet, good question, pourquoi ?
1/ Fuir madame, quelques heures, plus quelques semaines pour les concerts… ca détend. Ca compte même pour un neo-mormon.
2/ Aujourd’hui les albums de Low prennent une autre direction. je vous propose ce test : le titre The Hatchet présent sur le dernier Low et dont on trouve sur le web une version par Retribution Gospel Choir en video. Et là, on saisit : Retribution en mode Crazy Horse et Low, avec des riffs en son clair de deux notes, genre new wave, une étonnante rythmique qui tient sur une ligne de basse funky et un charley. Sans rien. C’est presque dansant et infinimment déprimant. Donc, notre homme laisse filer Low vers un truc post punk étonnant et retrouve, avec Gospel, la fièvre des premiers low.
Syd, vous ne faites aucune mention du 4ème membre du groupe, qui est très en vue sur le clip youtube que vous avez choisi : l’amphore style Bricomarché 1994. On peut seulement regretter qu’elle ne soit pas sur tous les clips (comme celui de Sandinista)…
Convaincu ![]()
Retribution Gospel Choir m’apporte ce que je croyais avoir perdu avec Low.
Benjamin
http://www.playlistsociety.fr/2008/07/retribution-gospel-choir-eponyme.html




PLAY BLESSURES
Oui.
De toute manière je l’ai déjà acheté il y a deux semaines.