Camarade, une fois n’est pas coutume, nos frères belges l’ont compris avant nous. Le jour où on en aura vraiment marre des labels vendus à la solde des majors, et des labels indigents qui collent à la main les étiquettes sur les CD tout juste gravés, on reviendra à un vrai système logique. Cohérent. L’autoprod par collectifs.
Aaahhh, oui mes frères, le retour au collectivisme ! Les kolkhozes du disque, le triomphe de la social-culture, autorisés par le politburo et plus rentables que le sovkhoze que représentent les structures actuelles : sublabels et majors. L’exemple de JauneOrange, en Belgique – pardon, en Wallonie – étant l’un des plus réussis. Plus qu’un collectif, c’est une coopérative du rock. Des gars qui s’échinent déjà souvent dans plusieurs projets, et qui en rajoutent encore une rame en faisant des heures sup pour monter un festival, produire des disques, épauler la promo de bands, etc sur la base simplissime du « on a aimé donc on aide ».
Solidarnosc, mais à Liège. Les guitares en plus.
Dans le tuyau, on compte déjà Hollywood Porn Stars, My Little Cheap Dictaphone, Girls In Hawaii, bref du pop rock à tendance alternatif, énergique mais pas bien méchant. Du soda. Tout ce qu’il faut, une jeunesse qui a la frite mais pas toujours les moules pour aller avec… Un drapeau rouge claquant au vent, reflétant l’or de son blason paysano-ouvrier sur les travailleurs de la musique, dans la joie et l’allégresse.
Et au milieu de cette masse laborieuse en bleu de travail, il y a un bonhomme qui force l’admiration : Redboy. Derrière son pseudo sovieticophile se cache un stakhanoviste qui usine le rock à plein temps depuis plus de six ans, et donc depuis son plus jeune âge.
Embastillé dans deux groupes en plus de ses implications dans le collectif, son talent est celui d’un vrai songwriter, couplé à une production qui lui permet d’enjoliver ce qui fonctionnerait tout autant sur une voix/une guitare. Avec une passion pour le country-folk (et un culte de Johnny Cash) qui déteint sur tout ce qu’il touche, il finit par ressembler à Frank Black. Aussi sec et grand que l’autre est gros et tassé, capable de faire du Beatles et la seconde suivante un piano-bar de Lucky Luke. Et du lourd alternatif des années jeans troués. Une époque dépassée ? C’est évident. Mais d’une part ceux qui trouveront que HPS est aussi gnangnan et rétrograde que Arctic Monkeys sont les mêmes que ceux qui considèrent Conor Oberst comme un sous-Bob Dylan. Et puis plus simplement, qui se bouge encore autant pour un rock ?
Quand d’autres peinent à trouver un bookeur ou à être payés, Redboy verse sang et bière trappiste à écrire autant, enchaîner les tournées des différents projets, les collaborations, gérer personnellement ses droits entre le collectif et les label (Bang !, Kitchen) et les distributions (Naïve, PIAS).
C’en est presque pénible : Redboy joue tout le temps, partout, fait tout, trop, bien sûr, et doit être une industrie de b-sides/déchets à lui tout seul. Mais il est sûrement à ce jour le personnage le plus intéressant qui soit sorti de la Belgique depuis Tom Barman. J’en chanterais presque la Brabançonne.
http://www.myspace.com/redboymusic
http://www.myspace.com/jauneorange
8 commentaires
Peut être pas un saint, non quand même pas. Mais je trouve que ça méritait d’être salué. haut et fort, parce que ces gens là ne sont jamais assez remercié pour leur sueur, et pourtant ils sont légions et le monde de la musique tourne grâce à eux.
Directeur de petit label vraiment indépendant, radiophone démerdard, collectif, etc.
Mais si tu veux nous en rajouter une couche (pro ou anti) la semaine prochaine, toi qui a les pieds dedans, je ne serais pas contre voir mon avis foulé au pied…
Justement, je suis incapable d’être “pro ou anti” concernant ces choses-là, parce qu’elles sont trop proches et trop familières - la seule réaction possible que j’envisage c’est un peu de tendresse amusée ou du désintérêt tout aussi amusé. C’est pour ça que ça que ton article m’interpelle : j’ai tendance à me dire que bon, ok, j’aime bien JauneOrange parce qu’ils sont là et que j’ai l’habitude qu’ils soient là et que je n’ai quasiment jamais connu que ça. Et en te lisant, je me dis que finalement, peut-être que j’aime bien parce que c’est vraiment bien, ce qu’ils font…
CQFD alors.
Ce sont les acteurs auxquels on ne pense plus qui sont les plus présents (ceci expliquant à mon sens cela). Institutionnels en fait.
voila des forces vives plus vives que de la truite de rivière…espoir qui nous vient du pays de la Grimbergen. Quand lanceront nous la red connexion de Montpellier mon cher HP, tous ces bands avides de bière et de planchers fissurés nous attendent!
Pour ma part, Sir Oliver, tu peux dès à présent faire chauffer le minibus combi VW, je suis partant pour Liège !
Après une seconde lecture, je trouve quand même que ce qui manque à cet article, c’est de signaler qu’une partie intégrante de la personnalité de Redboy, c’est sa mèche de cheveux virevoltante. Cultivée avec soin depuis de nombreuses années. Vraiment essentielle.
Mes compliments très cher Hilaire, belle démarche. J’ajouterais juste un nom à cet article: The Experimental Tropic Blues Band. Tu parlais de pop assez sage avec Hollywood ou My Little Cheap… Tropic, c’est tout le contraire: du rock crasseux, du blues, du boogie, de la bière et de la sueur… A voir absolument en concert!




PLAY BLESSURES
Moi qui me demande souvent comment cette petite scène belge qui fait partie de mes meubles (à propos de laquelle je n’ai donc plus aucun avis) pouvait bien être perçue ailleurs, voilà une réponse : hagiographiquement.