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RAMSAY MIDWOOD « Vertu, nécessité puis désespoir »

La carte postale était trop belle, un vrai coucher de soleil : Ramsay Midwood ou le folk taciturne, le dernier des loners, avec le détachement de JJ Cale (...) suite

La carte postale était trop belle, un vrai coucher de soleil : Ramsay Midwood ou le folk taciturne, le dernier des loners, avec le détachement de JJ Cale et le groove de Louisiane… Eh bien, il faudra attendre avant de l’accrocher au mur. Car Ramsay Midwood est un cas un peu plus compliqué que prévu.

On lui parle songwriting, il répond Dylan puis Gogol et Isaac Singer. On voudrait le comparer à Tony Joe White, il préfère mettre le cap vers la musique cajun. Un homme avec ses fausses pistes, un homme pour Gonzaï. Nous lui avons écrit et son mail est revenu le lendemain. Chacune de ses réponses sonne comme un début de chanson.

Où êtes-vous alors que vous répondez à ces questions ?

Austin Sud. Une partie de la ville nommée Manchaca.

Que se passe-t-il à ce moment précis, à Manchaca ?

Le bébé dort… Ma femme semble réciter une liste de chiffres à un inconnu au téléphone… Mon fils est à l’école… Je viens juste d’avoir Kevin Russel au téléphone, nous avons parlé d’infections mais aussi de morale, plus spécialement quand il s’agit de jeter des déchets dans un fossé gardé par des forçats enchaînés.

Vous avez donc quitté la Californie ?

Oui, après l’incendie de mon appartement.

Qu’avez-vous perdu de précieux dans cet incendie ?

Rien. Enfin si… Il y avait une peinture signée par ma sœur. Elle a disparu dans les flammes ou durant le vol qui a suivi l’incendie, je ne sais pas vraiment. En tout cas, c’était précieux.

Quel est votre premier souvenir musical ?

Mes parents chantaient tous les deux, je ne manque pas de ce genre de souvenirs. Ma mère connaissait de très belles berceuses et mon père écrivait des titres vraiment mystérieux et sombres sur des renards, des poulaillers et la corruption du gouvernement. Sinon, le premier disque qui a compté pour moi est l’album blanc des Beatles. Tout me plaisait dans ce double, sauf Number 9 qui m’effrayait un peu.

Quel est le disque le plus surprenant de votre collection ?

Sans doute Hello Dummy par Don Rickles (un artiste de stand-up comedy, baptisé le «roi de l’insulte » ou encore « the merchant of Venom ». Hello Dummy est un live à Las Vegas de 1968, NDLR) ou Singing Songs of Watergate de Mort Sahls (stand up également, souvent présenté comme un pionnier, avant Lenny Bruce, NDR).

Votre morceau Esther est phénoménal et m’a obsédé pendant pas mal de temps. Qu’y a-t-il derrière ce titre ?

Oui… Esther, effectivement… Disons que j’ai essayé de mixer Spider John de Willis Allan Ramsey (légende de la country texane, NDR) avec Little red riding hood de Sam the sham (songwriter américain excentrique, créateur de Wooly Bully avec son groupe The Pharaohs, NDR) et de garder le meilleur de ces deux mondes. Finalement, j’ai plutôt fait à ma sauce. Je joue de l’accordéon sur ce titre, Kip est au piano et Don assure les percussions avec ses boots. Les paroles commencent comme une « broken heart song » puis évoluent vers une chanson de « pardon ». Ce qui explique peut-être pourquoi pas mal de gens semble retenir et aimer ce morceau.

Waynesboro est un autre titre impressionnant, très narratif…

Au départ, ce devait être une réponse à Divorce song de Liz Phair (sur l’album Exile in guyville, NDR). Du moins, ça a commencé ainsi… Et puis, j’ai changé de sujet et, bizarrement, cette chanson a parlé de programme spatial, de la naissance d’internet et, plus largement, de la façon dont les morts semblent désormais marcher sur terre. Ca me faisait vraiment du bien de la chanter, celle-là.

Et Chicago ?

C’est un peu la même chanson d’une façon différente… et sur un autre sujet.

Votre musique délivre immédiatement des visions de Bayou et d’après-midi moite. Ecoutez-vous beaucoup de swamp rock ou de musique de la Nouvelle Orléans ?

Surtout de la vieille musique cajun, en fait. J’aime beaucoup.

Concernant les textes, quels sont vos auteurs de référence ?

Gogol, Tennessee Williams, Arthur Miller, Barton Midwood, Isaac Singer, David Mamet…

Barton Midwood est-il le père qui chantait sur les renards et les gouvernements corrompus ?

Oui.

Pourriez-vous me citer une ligne que vous auriez aimé écrire dans l’un de vos morceaux ?

J’aurais aimé écrire Isis (de Bob Dylan, sur l’album Desire, NDR) mais puisqu’il s’agit d’une seule ligne, je dirais : “The pope died today ..I don’t guess I care ..he was just a man made of shit blood and water and the appointed leader of a sham institution that frowns on a lot of my friends”. C’est de Mike Nicolai. Ou alors : “I don’t care if she ever comes back I was gonna leave her anyway”. Du John Prine (chanteur country 60’s- 70’s de l’Illinois, lancé par l’immense Kris Kristofferson. Dylan l’a accompagné, incognito, à l’harmonica, lors de concerts à New-York. Voyez le genre d’homme ?, NDR)

Vos disques, spécialement le premier Shoot out at the Chinese OK restaurant, sonnent très naturels, très live. Gardez-vous surtout les premières prises, sans chercher à affiner ?

Pas vraiment, c’est selon les titres. Le son de ce premier disque vient directement de Charlie Mcgovern (ingénieur du son), Kip Boardman (basse, piano), Randy Weeks (guitare, banjo, harmonica) and Don Heffington (Drums, percussions)…

Comment savez-vous qu’une chanson est terminée, que vous allez garder la prise ?

C’est comparable à la fin d’une fête. A un moment, vous savez qu’il faut partir. Beaucoup de gens restent trop longtemps dans une soirée. Moi, j’ai pour principe de me faufiler dehors sans que personne ne le remarque.

Quelles sont, selon vous, les principales différences entre vos deux albums ? Le premier semble plus sombre, le deuxième plus mélodique et optimiste…

Les ambiances sont différentes, c’est certain. Disons que le premier vient de la vertu, le deuxième de la nécessité et s’il y a un troisième, il viendra tout droit du désespoir.

Que faîtes-vous en dehors de la musique ?

Oh… je m’occupe de mes enfants, je traîne autour de ma baraque. Déçu ?

Pas de side-project, de groupe parallèle ?

Non. Je joue régulièrement au Sams Town Point, un bar local.

Si demain matin, je me réveille à Austin, que dois-je faire ? Quels sont vos conseils ?

Demain, passez me voir, vous pourriez me donner un coup de main pour des problèmes de plomberie. Sinon, quand je croise un étranger paumé, j’essaie de lui dire qu’il n’est pas perdu, qu’il est exactement à l’endroit qu’il cherchait.

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