Prenez un roux chauve au look de tortionnaire, un mot toutes les dix minutes, et un brin barbu plus concentré sur un câble que sur son interview, et vous obtiendrez un résultat peu probant de ma rencontre avec Quiet Village. Un duo de Djs’ anglais qui signe sur un album allemand une musique originale avec des samples de tous les pays.
Le genre de rencontres silencieuses où l’intervieweur se demande s’il ne serait pas mieux à pêcher le brochet plutôt que de bredouiller, buter sur des mots et des expressions grammaticalement fausses. Mais entre deux réajustements de connectique, les réponses volent du côté de chez Quiet Village, flottent dans l’air de la Flèche d’Or, où ils sont de passage.
Quiet Village par Gaelle Riou-KerangalD’anciens Djs peuvent-ils avoir un avis ? Silent movie, leur premier album, est-il une farce ou un pur chef d’oeuvre ? Sample ou partition ? L’aile ou la cuisse ? Chez toi ou chez moi?
Même si Quiet Village confirme la tendance nouvelle vague (zéro charisme, look pas possible DIY), Silent movie contient bien les quelques golden tunes annoncés. Enfin… ceux de l’été 1975; faits de violonnades et super strings ensemble, dont je peine encore à savoir où ils ont été samplés. Rencontre avec les deux producteur/Djs/compositeurs anglais recycleurs du passé
Vous attendez quoi d’un live de Quiet Village en fait ? Dur à imaginer que vous puissiez transposer votre album sur scène quand même. Vous n’allez quand même pas faire comme Justice?
Joel Martin: Ce n’est pas sûr que nous jouions ce soir. Enfin pas à 100%. C’est notre premier “laptop show” en fait, et il nous manque un câble. Pas grand chose. On attend qu’un ami nous l’apporte. On stresse un peu en fait. Il doit y avoir des visuels sur scène, c’est très joli tu verras. Mais ils font quoi Justice en live?
Bah rien, justement. Si, il y a une croix qui brille au milieu. Non, je déconne.
Joel Martin: Oh well… Pour nous les visuels sont très importants. On a créé un mini-film par chanson, ce qui rend l’ensemble assez cohérent. Ce n’est pas que de la musique, ce n’est pas un film, c’est entre les deux.
Pour revenir à votre premier album, c’est un peu travesti, transsexuel… J’ai eu du mal à comprendre s’il s’agissait de samples ou de créations originales.
Joel Martin: Il y a bien évidemment des samples. Et bien évidemment, je ne t’en dirai rien. C’est ce que nous cherchions, la confusion, le mélange entre passé et présent.
Circus of horror, par exemple, reste la meilleure chanson de l’album. C’est du copié/collé ?
Joel Martin: Tu me demandes s’il y a des samples c’est ça ?
Oui.
Joel Martin: Peut-être (Rire démoniaque)
Les gens se focalisent trop sur l’origine des chansons. La seule chose à faire serait d’éteindre son ordinateur, couper Internet et écouter la musique. Ca éviterait les recoupements hasardeux.
Pour avoir eu un coït sur Broken promises , je confirme. Nan mais sérieux, le fait que vous soyez également Djs, ça aide pour piocher dans le passé non ?
Sooooo quiet...Joel Martin: Ce sont deux choses différentes. Mixer, composer…. Alors oui, être Dj nous a permis d’assembler les pistes dans un ordre cohérent. Mais je vais te dire… les Djs ont perdu l’art d’être Dj… dans la vieille conception que les gens en avaient : passer des disques, relayer, être un passeur. Jouer une putain de nuit entière en alternant les ambiances. Aujourd’hui, c’est assez facile de distraire les foules, passer deux ou trois trucs électro/dance et se barrer dans un autre club…. Et pour parler de notre album, il n’est clairement pas destiné à ces clubs. Nous, c’est la musique sublimée qu’on aime. Un art perdu je trouve.
Vous vous foutez sur la gueule pour les compositions, ou vous lorgnez tous les deux vers les mêmes choses?
Joel Martin: Matt a un studio à Brighton, où nous avons enregistré la plupart des titres. Nous avons des goûts relativement similaires.
Matt Edwards: Oui c’est vrai.
Joel Martin: Nous avons grandi en écoutant de la Chill-out music, de l’easy listening, de l’electronica… Et vu que personne n’osait brasser toute cela ensemble, on a tenté de le faire sur Silent Movie.
Matt Edwards: Oui je suis d’accord.
C’est un one shot votre album ? D’autres sont prévus après ca ? Vous allez déterrer d’autres époques sur le même rythme ?
Joel Martin: Tout le monde s’accorde à dire qu’avec cet album nous piochons dans les 70′, les BO de John Carpenter et tout le patatra, mais tu sais, nous sommes surtout fans des 90′. Le chill-out, la house du début des 90′, la mélancolie bittersweet..
C’est quand même assez chiant les années 90 quand on regarde en arrière non ?
Joel Martin: Hein ? Tu parles d’une génération à laquelle nous avons appartenu.. Je peux te faire une cassette si tu veux ! Ok pour le côté décadant des 70′, des 80′, mais tu fais l’impasse sur la Drum&Bass, la house music….
Je vous dis surtout cela parce qu’actuellement d’excellents labels publient d’excellentes compilations des périodes 70′ / 80′… Je pense notamment à Disco not Disco chez Strut Records, celle de Daniel Baldelli sur la Cosmic Disco… J’attends encore celle des 90′, qui serait définitive.
Ah oui ok. Peut-être que notre prochain album sonnera encore plus vieux en fait, peut-être même qu’on retournera aux fifties tu vois. On a pas envie d’un Silent movie #2, on aime tellement de choses, de l’Italian house au jazz…On a toujours pensé qu’on pouvait tout mélanger sur un disque.
Etonnamment pas de rock sur ce Silent movie #1.
Effectivement, c’est plus soul que rock. Et pourtant on adore le rock tu vois. A la limite Pillow talk peut passer pour du rock…. Mais notre grande frustration, c’est de voir la dance music en train de crever. De voir qu’on est passé de l’underground des 90′ à CA. Notamment en Angleterre, avec tout ces rockeurs horribles, sans imagination. Je ne ressens aucune émotion en écoutant tous ces groupes, les Kills, tout ça… Parle-moi de Deep Purple, là je comprends. Silent movie c’est sûrement la meilleure réponse qu’on puisse apporter à Zero 7, Groove Armada…. Tout ces groupes sonnent faux, ils sont faux. THEY GOT NO BALLS. Mais je n’ai rien contre l’overground, le fait d’être connu, vendre des disques. L’intention n’est pas là, dans le fait d’être à la mode, voilà tout.
Vous attendriez quoi du public qui écoutera votre album?
Ecouter un album sur la longueur est devenu impossible… Quelque soit la façon dont il l’écoutera, je serai content. Même si je pense que Silent movie s’écoute d’une traite, et j’aimerais que certaines chansons soient utilisées au cinéma, ou dans des vidéos pour le moins. J’ai d’ailleurs appris que Circus of Horror a été repris sur une webTv… en même temps ça nous rapportera que dalle alors! (Rires)
De toute façon on ne sera jamais riches. Et les gens ont oublié que faire de la musique c’est une chance, tout l’environnement musical, les managers, les patrons de clubs, le marketing bâillonne la création. J’imagine bien que les Djs aimeraient jouer autre chose que du R&B, mais ils n’ont pas vraiment le choix. Tout le monde flippe.
Photo par Gaelle Riou-Kerangal
http://www.myspace.com/quietvillage




ETRE DIEU
Hé hé hé ! C’est vrai qu’ils étaient pas trés drôles les gars en même temps !