Le mur de Berlin tombé, la guerre froide sur le déclin, le concret semble avoir maté pour de bon l’imaginaire et l’onirique. Tout aujourd’hui semble désespérément réel, figé dans un monde où Justice et MSTRKFT pénètrent le cortex de masses plus vraiment laborieuses, des mails d’attachés de presse me rappelant un peu trop souvent que Kavinsky est le prochain roi du monde.
Un revivalisme con-con où David Hasselhoff serait l’icône next to be et les Testarossa le fer de lance d’un monde bientôt dépourvu de pétrole.
Perdu dans ce monde tangible, Principles of Geometry sort un nouvel album. Et Lazare devient un masque à oxygène à empoigner des deux mains pour reprendre une respiration coupée par l’absorption de l’intégralité des sorties Ed Banger.
C’est sur cette introduction un brin lascive que je me décide à pousser la porte du label Tigersuhi (L’album de l’année dernière, c’est Joakim le patron de Tiger’ qui l’a sorti, Monster & Silly songs que ca s’appelle, un coup dans l’estomac et un uppercut dans ta gueule). Un label sans le sou dépourvu de cendrier pour déposer ta cendre, un local en plein Paris avec un amoncellement de poubelles, des posters et des classeurs Auchan pour ranger les coupures de presse des poulains ailés (Poni Hoax, My sister Klaus, Panico).
Mais la grande force de Tigersushi, c’est qu’un mec perdu dans son chandail vert t’offre un siège (accessoirement une canette de Coke coupée en deux en guise de cendrier) pour parler avec Principles of Geometry de leur nouvel album. Deux barbus provinciaux perdus dans leurs rêves d’astrophysique et de NASA en musique.
Les deux barbus, sans s’en rendre compte, te disent que le guest avec Tellier (Mountain for president) n’est «même pas le meilleur titre de l’album», que les seize pistes de Lazare appellent un retour à la nature et que la pochette de l’album est issue du travail d’une Américaine qui photographie les communautés sauvages. Une discussion parcourue de silence où les mots semblent être de trop face à l’appel d’air intersidéral provoqué par la chanson Colfax. L’ensemble de Lazare s’écoutant d’un trait d’un seul, selon eux. Puis les deux barbus t’expliquent les yeux tout ronds que, pour eux, cette piste reflète leur amour pour l’atmosphère, les avions qui piquent du nez. La théorie du cargo culte sans terrorisme à l’atterrissage.
Ils sont un peu penauds les barbus face à leur musique. Le mec en chandail vert ne moufte plus et toi aussi maintenant tu commences à te prendre de passion pour Serge Dassault et le parachute. L’œil un peu humide, la question de la rencontre entre les deux barbus semble évidente. «Pas facile à répondre » qu’il répond le premier (le plus barbu), «je crois qu’on aime autant la solitude tous les deux et qu’on aime passer des journées entières avec un DVD d’images abstract en fond pour essayer nos claviers. Notre rencontre ? On travaillait tous les deux dans nos coins respectifs, on s’est tout de suite compris». Tu n’en demanderas pas plus.
Car à la grande différence des albums modernes (entendre électroniiiiique, surcompressés sur les médiums, dépourvus de mélodies), Lazare s’écoute en solitude. Le temps nécessaire, finalement, à la digestion d’une grande œuvre spatiale. Tout est ici question de conquête et de territoires inconnus. D’évangélisation du monde par les claviers et l’ARP 2500 (le mythique clavier crée en 69 par R. Pearlman, ingénieur de la NASA, ça ne s’invente pas) et un Jésus Christ en octets en guise de seule lumière dans la nuit.
Lazare, c’est le retour du générique de Supercopter en mode Starship Cruiser. Et oui, les Principles of Geometry sont les nouveaux Chevaliers du ciel que l’homme regarde de loin. Parce qu’il n’a toujours pas appris à voler.
www.myspace.com/principlesofgeometry
2 commentaires
Oui. La secte des lunettes noires. Tu n’as pas payé ta cotisation d’ailleurs (bucher, sacrifice, écoute du dernier album de The Wombats).




PLAY BLESSURES
Monde dur, injuste… groupe sauveur… “évangélisation”, “Jésus Christ”, “Chevaliers du ciel”… Bester, rassure-moi : fais-je partie d’une secte sans le savoir ? ;-))