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PRESIDENTIELLES 2007 Les rois de la Prési’dance

Trois crétins égotiques se disputent la direction d’un château en carton, et 60 millions de consommateurs perdent les pédales. Le monde de la musique et de la pop (...) suite


Trois crétins égotiques se disputent la direction d’un château en carton, et 60 millions de consommateurs perdent les pédales. Le monde de la musique et de la pop s’est de tout temps évertuée à relater le monde réel et ses problèmes géopolitiques. Petit topo des meilleures chansons engagées vu par la rédaction dégagée de tout parti-pris. Une fois barrés les Benabar, Vincent Delerm et toute la scène française qui n’a connu de l’engagement que son contrat avec la maison de disques à tonton, qui donc peut se targuer d’être le roi universel de la prési’dance ?

Morrissey: Margaret on the guillotine ( Par Syd Charlus)

« People like me made a wonderful dream, Margaret on the guillotine/ Cause people like you make me feel so old inside/ when will you die ? When will you die ? » En 1987, sur un très bon premier album solo, Morrissey s’adresse à Margaret Thatcher, premier ministre en activité. Oui, il écrit ces lignes alors qu’elle dirige le pays… Ca donne une idée de la frustration de l’Angleterre sous Margaret et de l’estomac de l’ex Smiths. Ici ce n’est pas Renaud qui fait des bons mots avec une production de variet’, c’est de la haine pure et simple avec comme programme politique « crève salope » et l’appui du génie mécanique de la révolution française.
Goûtons –du bout des lèvres, certes- l’ironie du sort : Margaret Thatcher a finalement fait un retour subliminal dans la dernière campagne présidentielle française, dans les discours du père Fouettard et de la mère Tape-dur. Même Courrier International, hebdomadaire sérieux, a titré en Une « Pourquoi les femmes réussissent-elles mieux » - ou ce genre- avec Maggie en illustration. Ainsi, Thatcher aurait réussi ? Faudrait informer Morrissey.

Randy Newman : Political Science ( Par Syd Charlus)
Ne jamais désespérer : l’ironie associée à l’intelligence compose parfois le meilleur des cocktails molotov. Randy Newman, comme souvent, y va avec la canine aiguisée pour tailler la politique étrangère américaine. Ne fuyez pas, il ne s’agit pas d’un édito du monde diplo. C’est mieux, la preuve : « Asias’s crowed and Europe’s too old. Africa is far too hot and Canada’s too cold/ And South America stole our name. » Comme quoi la paranoia Bush vient de loin. Affûté mais toujours cool, Newman pressent même l’horreur d’un monde sous perfusion corporate: « And every city the whole world round/ will just be another american town ». Est-il besoin de préciser que Randy Newman emballe le tout avec soin, piano ragtime et voix distanciée ? On a l’impression d’avoir discuté avec un type très intelligent, rencontré par hasard dans un piano bar.

Crosby Stills Nash and Young: Ohio (Par Bester Langs)
Qui, dans ce siècle qui démarre, se rappelle encore du sens politique d’Ohio composé en 1970 par Crosby Stills Nash and Young? Des quatre hippies à voix qui roucoulent, on retiendra surtout la prestation filmée à Woodstock, et, comme si le temps effaçait les souvenirs les plus durs, beaucoup moins cette perle d’engagement qu’est Ohio. 1970. L’Amérique subit l’un de ses premiers dérapages meurtriers, réalisés qui plus est sur un college US. Quatre étudiants protestant contre l’invasion du Cambodge trouvent la mort à l’université de Ken State, tués par des officiers de la garde nationale. Les événements récents montrent que l’Amérique n’en a pas fini avec les meurtres anonymes et les shots à l’aveugle. Neil Young, plusieurs milliers de kilomètres plus loin, suit l’événement sur le téléviseur en noir et blanc. Révolté, le loner empoigne sa guitare et compose Ohio, perle mélodique avec son intro rageuse. Les trois autres, planqués derrière aux harmonies vocales, n’ont plus qu’à prendre la position des apôtres pour faire de cette chanson un monument indépassable qui signe sans le savoir la fin des 60’.

Serge Gainsbourg: Torrey Canyon (Par Bester Langs)

Je suis né / Dans les chantiers japonais / En vérité, j’appartiens / Aux Américains
Cent vingt mille tonnes de pétrole brut / Cent vingt mille tonnes / Dans le Torrey Canyon

1967. Sacha Distel et Brigitte Bardot font la bise aux hippies. En plein Comic Strip, Gainsbourg compose sans s’en rendre compte la seule chanson politique de sa carrière, Torrey Canyon. Sommet de cynisme qui transforme un événement écologiquement dramatique (La compagnie américaine Torrey Canyon vient de déverser 120 000 tonnes de brut entre les îles Sorlingues et la côte britannique) en parfaite petite chanson pop portée par des chœurs à sucer des sucettes sur le bord de mer englué. Un farfisa sur la cote, une basse qui siphonne et des cuivres qui gazouillent ; Lucien Ginsberg signe avec innocence et acuité un titre rempli de nonchalance et de dédain.Le seul titre de toute sa carrière qui abordera un thème d’actualité. Mais le Gainsbourg 67 ammorce déjà son virage 70’ en laissant derrière lui les jolies comptines pop pour aborder le gros œuvre. Melody Nelson et ses histoires de Silver Ghost sont une toute autre histoire.

Rage against the machine: Killing In The Name of (Par Little Johnny Jet)
On aurait pu choisir des tas de choses intelligentes (Motorpsycho Nightmare de Dylan, l’album Freedom de Neil Young, Karate King de Kevin Coyne), mais non, autant prendre un truc punk potache: Rage Against The Machine. je m’en vais vous racontez une histoire à leur propos:

A Rouen existe une boite mythique appelée l’Exo 7 qui n’est ni plus ni moins qu’un bastion du punk francais où les Clash ont effectué leur premier concert en France. Bref, c’est le genre d’endroit qui ne passe que du “ROCK” pour faire danser les midinettes. Et donc, Killing In The Name Of et un grand classique des soirées clubbings. Imaginez cette chanson passée dans une enceinte de 700 Watts, un parterre de gens bourrés se déhanchant comme les dernieres pétasses au son de gros riff FM. Puis dans tout ce contexte ignoble arrive toujours un moment magique: la montée d’intensité; I Won’t Do what they told us… et ca monte, les gens commencent àlever des points, du head banging à outrance, une excitation générale. Et là se passe le solo, les bruits bizarres avant d’arriver à un final qui ferait halluciner tout Paris. Cinq cents personnes scandant (et ca marche à tous les coups) Fuck you I won’t do what they tell me. Et ca, une vingtaine de fois pour finir sur un motherfucker général. Aussi beauf que cela est… il y a comme un frisson qui passe dans la salle.

BRUCE SPRINGSTEEN. - Born in The USA (Par Little Johnny Jet)
La chanson que l’on voudra la plus engagée. Patriotiste, critique de la guerre, synthétiseur dégeulassement 80… Et en parlons même pas de la batterie caserole. Le tou sera fait avec le point levé, la hargne dans le regard, le bandeau dans les cheveux. Une chanson qui parle du vrai patriotisme américain, celui de prendre une Télécaster Vintage 1972 et d’aller vendre quelque millions de singles sur la planete.

Illustration par Jüül

2 commentaires

Il manque “Le déserteur” de Vian. Charlie O en fait une version fantastique en concert. Grand morceau politique !!!

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 23 avril 2007 à 18:06

Déserter par les temps qui courent…… Est ce bien raisonnable?

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 23 avril 2007 à 18:53

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