J’ai en mémoire le souvenir des préaux, des écoles accolées, maternelles et primaires se mélangeant dans la cour, avec sur le côté des enfants troquant billes contre albums des Naasts, poupées contre EP des Plasticines. Un peu plus loin, derrière les buissons et loin des regards, les plus grands jouent à la guerre. Oh… pas pour de vrai, non, juste pour de faux, avec dans l’Ipod le premier album de Pravda pour conduire sa bataille, sa victoire contre les Indiens avec des tanks électroniques. Pravda, un groupe qui en impose et qui refuse de choisir entre le sexe et le luxe. Musique de défouloir parfaite pour la cour des grands, jouée par Sue et Mac. Des noms de proxénètes pour un groupe qui ne fait pas le trottoir.
J’ai connement eu tendance à vous assimiler à la nouvelle scène rock parisienne lorsque celle-ci a débuté (Cf. Passe ton bac d’abord), et puis on se rend compte maintenant que vous semblez vous en dégager, prenant votre envol, pensez-vous que l’âge fasse la différence, que les années de galère aient forgé votre caractère ? D’ailleurs les années galères… Cela a-t-il été le cas pour Pravda ?
Sue: Pour créer une nouvelle scène, il faut des points communs entre les groupes. En 2005, on a vu fleurir beaucoup de groupes de rock formés par de jeunes lycéens. On s’est retrouvé associé à cette scène parce qu’on est rock mais certainement pas parce qu’on est lycéens…
On s’est retrouvé là par hasard. Nous n’avons pas les mêmes influences, le même parcours ni les mêmes buts. Je pense que quand on écoute un album de Pravda et un album des NAAST, ces différences sautent aux oreilles. Des galères, on en a eu, on en a et on en aura toujours, c’est le lot d’un groupe autoproduit et un peu à l’ouest! Mais je trouve qu’on a eu aussi beaucoup de chance, de belles rencontres, des bons coups de pouces, ça aide à faire passer les gros coups de blues!
Mac: c’est juste qu’on s’est retrouvé un peu par hasard sur cette compile en question, mais effectivement, aucun rapport dans la démarche. De toute façon, la «nouvelle scène» rock a été fabriquée artificiellement par les media, et peut-être qu’on a du mal à nous faire rentrer dans les cases prévues… Peut-être aussi que si Pravda était né après ce phénomène de « nouvelle scène », on aurait fait tous nos efforts pour sonner le plus différemment possible de ces groupes en question. On n’aime pas le conformisme, surtout quand il tend à la médiocrité.
Vous êtes influencés par des références très honorables, Buzzcocks, Wire, etc… Mais quelles sont vos mauvaises influences, je veux dire, les titres et groupes inavouables qui ont également forgé vos caractères musicaux ?
Sue: On a forgé notre identité musicale en s’inspirant aussi de groupes qu’on ne voulait surtout pas imiter, donc là, on a un sacré lot d’ « influences » inavouables…elles résident souvent dans ce qu’a produit la variété française depuis les années 70, et surtout des années 80, mais aussi dans le rock progressif, le rock FM et…le rock français un peu aussi.. enfin, on voulait surtout faire quelque chose de différent, simplement fun et efficace.
Mac: Oui, bien vu, on a des influences «en négatif» c’est important d’en parler. Beaucoup de choix qu’on a fait (parti-pris son et mixage, manière d’organiser les morceaux, les mélodies ou absence de mélodies…) sont directement imputables à notre obsession de faire exactement le contraire de nos anti-influences. Surtout quand tu entends ce qui se passe sur la bande FM française, on a envie de crier « plus jamais ça !! ». On développe une réaction opposée à tout ça.
Ce concept de “bedroom rock band”, franchement c’est de la connerie pour les webzines en manque de métaphores, non ?
Sue: Pourquoi tu le mentionnes alors? T’es tombé dans le panneau on dirait!
Mac: eh eh eh! Pas si con que ça à la base. Mais, c’est vrai qu’on nous demande souvent de définir notre musique en termes concis alors qu’il faudrait disserter pendant des heures, ou alors ne rien dire. Il fallait trouver une formule courte et descriptive. Depuis le début, on enregistre tout à la maison, sur un ordi familial, dans ma chambre. D’où le terme. Ca fait un clin d’œil aussi au « garage rock » ainsi nommé parce que créé dans un garage. On ne pouvait pas se revendiquer « house music » même si la démarche est la même. Il y a exactement vingt ans à Detroit, les kids faisaient de la musique à la maison avec des samplers. En 2007, c’est l’ordinateur, les plugins, l’enregistrement « direct-to-disk » etc… J’espère que le terme bedroom rock sera utilisé par d’autres groupes, on pourra dire « c’est nous qu’on a inventé le style !! »… (Rires).
Un duo, sexuel, des parties programmées et des instrumentales violentes… Un charisme scénique indéniable…Je ne vois que The Kills dans la même catégorie, franchement. Alors on peut crier au rapprochement facile, mais vous avouez vous-même composé en home-grown, sorte de musique artisanale façonnée dans votre bulle. Un peu comme les Kills, finalement, notamment pour leur dernier album. Qui de toi, Sue, ou de toi, Mac, lance la machine et les compositions ?
Mac: c’est marrant cette comparaison avec les Kills, c’est surtout au niveau de l’image que les gens trouvent une ressemblance, voire dans le simple fait qu’on soit un duo mec/fille. Je pense qu’on est moins électronique et plus « rock », notre démarche à la base c’était de remettre le rock et les guitares électriques sur la carte. On a commencé juste avant le revival du rock en France, et on était assez prosélytes tout à nos débuts. Finalement il est de bon ton d’écouter du rock en 2007, de porter des t-shirts Ramones etc… Donc ça nous a un peu coupé l’herbe sous le pied, tant mieux. Le coté artisanal, home-grown et do-it-yourself fait parti intégrante de la démarche de Pravda.
Sue: Mac a composé la grande majorité de l’album. C’est souvent lui qui lance les machines sur scène. Ça dépend de notre configuration sur scène en fait. J’ai écrit pour ma part la grande majorité des textes. Au début, je ne connaissais pas les logiciels de musique…Mac m’a appris leur fonctionnement, et peu à peu je me suis mise à la compo aussi.
Vous gardez quel souvenir de votre live avec The Kills en 2005 à l’Exo7 ?
Sue: On se souvient surtout du cattering et du stand de merchandising…On ne nous avait pas prévu à bouffer pour nous, alors on piquait des trucs quand les Kills étaient pas là. Et puis, ils ont vu que c’était ridicule de se taper une table de 5m de long remplie de crudités, fromages, charcuteries, le tout à …2… Donc ils ont été très cools avec nous et le courant est bien passé. 2+2=4. Les concerts étaient bien, je me demande souvent pourquoi on ne fait pas plus de dates avec eux, mais ma foi, comme ça, on ne nous compare pas. La comparaison physique est facile, et souvent on la fait sans vraiment être très attentif à la musique, car à ce niveau là, cela n’est pas tout à fait pareil…
Avoir débuté avec ce single, Tu es à l’ouest, avec le recul, c’était une volonté d’imposer un titre en français ou une demande de la maison de disque ? Body Addict est 10.000 fois plus percutante……
Sue: La «maison de disque», c’est nous… Ce titre s’est imposé de lui-même. C’est un choix fondé sur l’expérience, l’avis de nos amis, l’avis de nos premiers fans, la réaction du public en concert. Body Addict marche bien en concert et en Angleterre. C’est une bonne chanson rock, de jolies harmonies, simple. Tu es à l’ouest marche partout. Il y a même un groupe brésilien qui en fait la reprise…il a quelque chose de très efficace, dès l’intro. Et c’est le morceau le plus « Pravda » je dirais.
Mac: Merci d’avoir imprimé sur Body Addict, mec !! Beaucoup passent à coté de ce morceau! Mais comme dit Sue, Tu es à l’ouest est le titre qui a naturellement retenu l’attention de 90% des gens, même à l’étranger, d’ailleurs, le morceau que les gens kiffent le plus c’est celui là. C’est donc pas forcément lié à la langue, mais aussi à l’atmosphère qui s’en dégage, l’attitude de Sue, à la fois détachée et provocatrice, les grosses guitares du refrain qui arrivent -pareil- un peu nonchalamment… etc.
Tous les titres démontrent que la production est un mix subtil de programmations et d’instrumentales. Qui selon gagnera le combat du 21ième siècle, l’électronique ou l’organique ?
Sue: Je ne sais pas pourquoi, mais je n’arrive pas à croire au règne de l’électronique. D’ailleurs, on utilise des programmations, mais aussi un synthé analogique des 70’s… Il y a des époques où on a besoin de froideur (80’s par exemple), d’autres où on retourne aux sons chauds, humain… Pour ma part, j’espère que rien ne pourra remplacer l’homme complètement…
Mac: Je pense que l’électronique est là pour rester, simplement par ce que c’est plus facile et plus rapide à produire. En une journée de taf, avec juste un ordi et un geek aux manettes, tu peux produire un titre électro qui peut déchirer le dance floor de manière 10 fois plus efficace que de l’organique, qui nécessite plus de « main d’œuvre » et de temps etc… Mais il y aura toujours des gens qui ne jurent que par le « bio ». Nous franchement on a été pragmatiques : on n’écoute que du rock, mais pour des raisons bassement pratiques on était obligé de travailler à l’ordi. Mais on a traité le son et les guitares comme du rock. Voilà la raison profonde de notre caractère hybride.
Fait rare chez un groupe de rock actuel, au delà de votre culture, votre esthétique, vos références, votre sexualité qui déborde, bref j’en passe et des meilleurs, il y a une instrumentale spatiale toute pleine, un truc qu’aurait pu sortir Jacno à l’époque de Rectangle. Soyuz, c’est une autre partie de vous ou c’est juste le prolongement de Pravda mais sans la voix au centre ?
Sue: On est passionné de SF. On avait envie de faire un morceau entre l’épopée spatiale et le…disco! Juste pour voyager tout en tapant dans ses mains. Quand j’ai rencontré Mac, il bossait sur des morceaux dans cette veine. Au début, on voulait faire du rock disco je crois…!!!Sans rapport!
Mac: Mais aussi j’étais fasciné par les morceaux instrumentaux, au début, l’idée c’était d’explorer dans ce sens: des morceaux instrumentaux mais rock …
Désolé de revenir la dessus, mais je trouve que les titres en français, J’ai besoin d’air et Tu es à l’ouest, sont un poil en dessous par rapport au reste de l’album. Alors premièrement, suis-je totalement dans le faux selon vous ? Et deuxièmement, la langue a-t-elle une importance dans votre façon de composer ? Je veux dire… Les rimes et les sonorités françaises se marient-elles bien, selon vous, avec le style de Pravda ?
Sue: Personne ne détient la vérité en termes de goûts musicaux ! Donc, tu n’es ni dans le faux ni dans le vrai. Toujours est-il que je comprends ton point de vue. En effet, la langue est CAPITALE dans une chanson. Ça lui donne sa couleur, son timbre et sa direction musicale Le français, on le sait, on l’a vu, et on le voit encore, n’est pas une langue qui rock. C’était notre challenge. J’ai fait de mon mieux… Selon moi, pour que le français passe dans un morceau ROCK, il ne faut pas le chanter mais plutôt le scander, le parler, le gueuler.
Mac: on a une version en Anglais de J’ai besoin d’air, elle s’appelle « I wanna change »… je te l’enverrai après cette interview, on se fera un débriefing, tu nous diras si c’était la langue ou la musique qui te déplaisait…
A ECOUTER: I wanna change I wanna change.mp3
On est des genres de journalistes. On aime bien les étiquettes et les clichés réducteurs. Ca vous parle si pour Pravda on évoque du rock minimal ?
Sue: En plein dans le mille. On peut dire que le message est passé, c’est au moins ça ! Notre slogan c’est « simple et efficace », dire l’essentiel sans détours, ou le moins possible en tous cas.
Mac: L’idée c’est que qu’il faut garder l’essentiel dans un morceau de rock. Tous les trucs rajoutés après et qui ne contribuent pas fondamentalement au sens ou à l’esthétique du morceau sont des ornements petit-bourgeois.
D’ailleurs, lorsque j’entends 1 2 3 4 rock, je me dis que Pravda a du trainer dans les raves des nineties pour en ressortir le coté brut, binaire des machines. Me-trompe-je ?
Sue: Pour ma part, je n’ai été dans une rave que deux fois et c’était pas ma cup of tea musicalement… j’avoue que je ne vois pas le rapport entre ce morceau et les raves…mais comme je te le disais, personne ne détient le vrai en musique, alors…
Mac: Les raves, oui un peu, mais je ne vois pas trop le rapport avec 1234. A part le coté, on se déchire, everything goes, on fait la fête comme si c’était le Dernier Soir.
Pour finir, Sue et Mac, je pose une question que tout le monde se pose. Vous couchez depuis quand ensemble ? Vous croyez à l’alchimie sexuelle et musicale ? Sue, cela fait quoi d’avoir un physique qui excite autant, un peu moins mais quand même, que ta musique ?
Sue: Nous croyons parfaitement à l’alchimie sexuelle et musicale, sans quoi, PRAVDA ne serait pas. Sinon, pour ta dernière question, ça a l’air de te faire plus d’effet qu’à moi…et là encore, tout est une question de subjectivité!
Mac: Bien sûr qu’on croit à l’alchimie. Bien sûr que cette aventure musicale était liée à l’aventure sexuelle. C’était un échange continu, c’était l’origine de l’aventure musicale et sa seule raison d’être. On n’était pas « payés » pour faire ce «boulot» et pour moi la perspective de succès n’a jamais été une motivation. La motivation c’était le don, l’excitation de faire un bout d’aventure «ensemble».
Photos: Virgile
8 commentaires
Mais DIANTRE comment as-tu reconnu?
les barreaux…
Les barreaux ne manquent pas à Paris, encore qu’il y en ait moins que de bars…..
Fallait oser la toute dernière question !
Bien joué.
Oui enfin bon ils tapent à coté quand même…
Leur demander qui foutait des fessées à l’autre aurait été plus gonzo tiens…
La formuler ainsi aurait été plus direct et couillue. Explicit lyrics, quoi ! Mais aurait-il répondu ? Il aurait fallu payer la tournée pour délier les langues et les esprits ![]()
Ce groupe est vraiment un gag… 0 talent et pompeux avec ça lol




ETRE DIEU
il a pas pu s’en empêcher le coquin… N’empêche, au fil de la lecture de l’article, on s’imagine sur le toît à vos côtés, en train de discuter. Très plaisant