Pop Levi est anglais, sort son deuxième album et se tape un délire chinois en pleine tectonique des plaques sentimentales. Avec Never Never Love, son deuxième album, il explore mondialement le terrain défriché par Tellier au niveau français : la pop-song estivale pour alcooliques matinaux.
Avant cela, Pop Levi a servi un premier album divin à toutes les filles qui traînent le soir à la Flèche d’Or et rembourrent leurs soutien-gorge pour paraître plus “grandes”. Sorti le 23 juin dernier, Never Never love s’écoute comme un crossover définitif entre Mickael Jackson, les Beach Boys et Sébastien Tellier.
Pop par Virgile Biechy #1Recroisé au milieu de la nuit parisienne, Pop Levi délie les langues, et me confie l’air un peu ailleurs qu’il aimerait vivre ici. A paris. Me dit qu’il viendra l’été prochain enregistrer des concerts dans des appartements, avec des amis, des inconnus, qu’il enregistrera sur des cassettes ses concerts sauvages, qu’il aime vraiment la capitale, et qu’il est fatigué, qu’il va bientôt rentrer dormir à son hôtel. Avant de partir, au milieu du dernier verre, Pop Levi me parle de Ladytron (il a été bassiste du groupe, NDR) et de son amour pour l’une des musiciennes. “Tu sais, elles ne sont pas vraiment lesbiennes” me gueule-t-il à l’oreille, avant d’ajouter plus bas qu’”il ne faut pas toujours se fier aux apparences”.
Message transmis 5/5. Avant cela, il y avait eu une interview donnée plus tôt dans l’après-midi à l’Hôtel Amour. Paradoxe ultime, lorsque votre deuxième album s’intitule Never Never love…
Bonjour Pop, vous posez en peignoir chinois sur votre deuxième album, qui se nomme Never Never Love, et je me demande juste POURQUOI. Je veux dire, pourquoi “plus d’amour”, alors qu’il en déborde, cet album, de sentiments roses… C’est ras la gueule de bonheur quand même..
C’est la force du double négatif! (Rires)
Never Never Love parle de la malchance, toutes ces mauvaises choses sur l’album, c’est une vision très Smokey Robinson de l’amour, si tu vois ce que je veux dire, avec des chansons autobiographiques sur mes relations sentimentales. C’est effectivement très différent du premier album.
La chanson d’ouverture, Wanamama, est un subtil pont entre l’énergie rock du premier album et votre nouvel face crooner finalement.
Oui, encore que Calling me down soit un autre pont. J’ai tout fait sur cet album tu sais, il est très personnel. J’avais une idée très précise de l’enregistrement, je voulais qu’il sonne comme un R&B recording, un peu ce qu’aurait réalisé Phil Spector s’il avait bossé avec Mickael Jackson. J’aime les 60′, l’avant-garde, le rock&roll, mais tu vois, j’ai enregistré Never Never Love dans les studios où ils ont enregistré Thriller de Jackson, Missy Elliot, ça a du déteindre sur moi!
Le fait de vivre à L.A., alors que vous êtes originaire de Londres, cela a sûrement pesé lourd dans la balance non ? J’insiste, mais Never Never Love est vraiment californien dans l’approche.
Il est sûrement plus direct effectivement. J’ai toujours voulu vivre aux Etats-Unis en fait. J’aime l’aventure, et le fait de me réveiller à L.A. tous les matins me procure plus d’émotions que lorsque je me levais à Liverpool - où j’ai enregistré le premier album.
On peut dont dire que c’est votre summer album…
Yeah. Oui, totalement. J’assume le côté positif. Ce n’est pas une gaudriole non plus. Je cite encore Smokey pardon, mais le fait de chanter des chansons gaies n’exclue pas le fait d’être triste ou mélancolique.
Vous connaissez Sébastien Tellier ? Il porte la barbe et devient un peu avec le temps notre Pop Levi français, si on ne retient que Never Never love..
Pop par Virgile Biechy #2Oui, j’en ai entendu parlé. Pas écouté.
Je me souviens vous avoir vu au Nouveau Casino voilà un an et demi, il me semble que votre musique prend réellement son sens sur scène. Vrai ?
Oui et non. Je dirais 50/50. J’aime le studio aussi. Mais jouer à Paris me procure des émotions fortes, toujours. C’est ma ville favorite pour jouer live, justement.
Allez, vous devez dire ça dans chaque ville non?
Non vraiment ! J’adore jouer aux States, mais Paris c’est spécial pour moi. Vous semblez plus ouverts que les Anglais, les Américains. Ici les gens souhaitent voir un artiste expressif, ailleurs c’est autre chose. En Angleterre j’en parle même pas. Prince est connu ici non?
Oui oui.. enfin je crois. Peut-on dire que ce disque est fait pour marcher, et que vous l’avez réalisé avec cette objectif ?
Oh god… non. J’espère juste qu’il ne sonne pas faux ou mal intentionné. En fait Never Never love peut s’écouter comme la face sombre de l’amour américain. Lorsque je joue des chansons ensoleillées, j’espère juste ne pas faire du Kylie Minogue, encore que j’aimerais bien composer pour elle. Juste une chanson quoi.
Oh my god, la huitième chanson de l’album, revient à des sonorités brutes, rock. Composée au même moment ?
L’écriture de l’album a pris 6 mois, la production 4, et cette chanson me plaît particulièrement, ne serait-ce que parce qu’elle doit servir de single en France!
Je la trouve mystique cette chanson, et la magie, l’occulte, sont une partie importante de moi.
Pardon, mais cela s’entend moins que sur The Return To Form Black Magick Party (premier album, 2007)
Peut-être parce qu’il est plus… pop. Tu crois pas?
A mon sens il y a plus de dangers à aborder ces thèmes avec un album pop, une écriture autobiographique. Lorsque je réécoute Never Never love, je le trouve plus dark que le premier. Plus sombre. Il faut savoir que l’un de mes albums de chevet reste Here my dear de Marvin Gaye, ce qui, lorsqu’on connaît l’histoire, en dit beaucoup sur ma vision du bonheur! (Rires)
Vous aussi vous avez divorcé ? (Here my dear, de Marvin, parle du divorce avec sa femme, Ana Gordy, soeur de Berry, fondateur des disques Motown, NDR)
Pop par Virgile Biechy #3Non pas vraiment… Mais des souvenir très durs. Je risque pas mal avec cet album, treize compositions pour parler du malheur en chansons. (Rires)
Le problème reste que je compose toujours mentalement, je laisse le temps aux chansons de me prouver qu’elles sont bonnes avant de les coucher sur papier. J’en ai perdu pas mal comme ça ! You don’t gonna run, qui est ma chanson préférée sur l’album, a pris 6 mois pour être enregistrée.
Calling me down, qui conclue l’album, c’est un gospel blanc non?
Yeaaaaaaaah. C’est encore une fois très personnel, ça relève de la foi. Les gens qui aiment le rock se boucheront le nez, mais je ne perds pas espoir de les faire changer d’avis. Sur le premier album, je n’avais que Marc Bolan en tête, ses rythmiques, son boogie, son attitude. J’ai grandi avec lui, comme avec Sun Ra, ou Dylan, le plus sérieux de tous les artistes. Mais Bolan, c’est quelque chose quand même. Tu as déjà remarqué que Prince joue de la guitare comme Bolan hein?
Euh oui, non, je sais plus… Vos visuels, vos photos, révèlent un goût prononcé pour l’esthétique. Pimpy boy?
C’est important pour moi. La pochette de Never Never love a été prise dans mon jardin, par mon meilleur ami, et j’ai tout de suite su que ce serait la pochette idéale. Qui d’autre pourrait faire ça pour son disque hein ? Je veux dire, poser dans un peignoir japonais…. (Rires) J’aime l’idée de poser comme un jouet dans un kimono, c’est marrant, étrange, et un peu dangereux.
Mais plus que cela, je veux faire de la pop-music, point barre. Dans le cas présent on ne parle pas d’un artiste millionnaire avec des singles putassiers. Je ne veux aucun compromis dans ma musique, jamais. Je veux rester étrange pour les gens, c’est un point de vue artistique.
Vous pensez que Never Never love va remettre les pendules à l’heure, et vous faire sortir des carcans journalistiques ?
J’en sais rien. Je ne sais pas comment les choses fonctionnent dans les médias. Ce que je sais, c’est que les premiers albums de Dylan, à l’époque, les journalistes n’en parlent qu’avec des références à Woody Guthrie. Aujourd’hui plus personne ne connaît Guthrie, et tout le monde considère Dylan comme un dieu vivant. Bon… pour ma part, j’espère simplement pouvoir faire ce que je veux dans le futur, tripoter des machines et jouer mes chansons. Point final.
Photos: Virgile Biechy
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