A chaque époque correspond une conception particulière du couple. Avant qu’Elvis ne cesse une bonne fois pour toute sa carrière cinématographique, le couple était une entité indestructible. Il ne pouvait y avoir qu’une façon de vivre sa vie affective et sexuelle :
FEMME + HOMME = MARIAGE = BEBES.
Si vous divorciez, vous étiez une pute. Si vous aviez un enfant hors mariage, vous étiez une pute. Si vous aviez des relations homosexuelles vous étiez une pute dont le mac était Satan.
Après que Velvet Underground et leurs copains aient montré le chemin de la dépravation, le couple idéal était le non-couple. Le couple libre. Le couple qui couche avec d’autres couples. En vérité vous vous doutez bien que les Velvet ne sont pas les seuls responsables des M.S.T, en France nous avons eu Simone Veil et Tournez Manège aussi.
Tout a basculé à cause de ce film à l’eau de rose poisseuse et écoeurante de bons sentiments : Love Story. Au lieu de raconter un synopsis que tout le monde – du moins ceux nés avant 1989 et personne né après 1989 ne vient sur ce site - connaît, je vais plutôt vous citer une réplique culte :«What can you say about a twenty-five year old girl who died? That she was beautiful and brilliant. That she loved Mozart and Bach. The Beatles. And me.»
C’est ce que dit Oliver à propos de son amoureuse Jennifer. Okay. Donc aimer quelqu’un, c’est un peu comme aimer Mozart ou Bach ou bien évidemment les Beatles, parce que si c’était comme aimer Black Sabbath, ça ferait longtemps qu’on aurait arrêté. Est-ce que je suis d’accord avec ce qu’Oliver dit ? Bien sûr que je suis d’accord, je suis née en 1982, l’année où le célèbre Time Magazine déclara l’ordinateur comme « homme de l’année ». J’ai été bercée par la virtualité : j’ai cru les chansons d’amour que j’écoutais à douze ans, j’ai lu Jeune&Jolie et je me suis identifiée à tous les personnages féminins d’Hollywood dans la mesure du possible (c’est-à-dire plus à Baby dans Dirty Dancing que Glenn Close dans Liaison Fatale).
Le problème de notre génération de twenty-something c’est qu’à force de grandir les yeux écarquillés face aux scénarios des séries tv et des comédies romantiques à succès, on a fini par y croire. Par exemple, si je demande à ma copine Natacha - qui baise en moyenne trois hommes chaque semaine – quelle est sa vision du couple, et à quoi elle aspire quand elle se sera assez fait le vagin, elle va me sortir tout un tas d’adjectifs positifs, qu’elle croira allant de soi, alors qu’ils ne lui ont été suggérés que par l’imagination des auteurs de super-productions US. On est ainsi persuadé que l’on ne peut être heureux que si notre couple répond à ces caractéristiques :
- AVENTURIER : pas dans le sens libertin, mais dans le sens « antonyme de plan-plan ». Effectivement, partager des choses avec quelqu’un, c’est mieux que tout seul devant son bol de riz pré-cuit Uncle Ben’s. La dérive possible est la suivante : après trois soirées de suite passées tranquilles chez soi, on en déduit qu’on s’encroûte, que la routine a rongé notre couple, et que c’est le début de la fin.
- SEXUEL : un couple équilibré est un couple qui festoie, qui boit, se drogue, qui rit et se couche à 4h du matin, mais c’est surtout un couple qui baise tous les jours, plusieurs fois par jour même, et ce même après trois ans de vie commune.
- COMMUNICATIF : il faut toujours avoir plein de choses diverses et passionnantes à se raconter, un peu comme si on discutait avec un ami perdu de vue depuis 5 ans. Au bout de deux blancs dans la conversation au restaurant, on prend le risque de céder à l’ennui, et de penser « on a plus rien à se dire, c’est fini ».
- FUSIONNEL : ou syndrome Eternal Sunshine of a Spotless Mind. Comme Joel et Clementine dans le film de Gondry, ils s’énervent réciproquement, mais s’aiment trop fort pour réellement se quitter. Donc ils restent ensemble et se disent le meilleur comme le pire, ce qui leur permet de s’assurer qu’ils sont toujours en vie. Le couple cool est un couple inconciliable.
Cette notion de l’amour impossible est essentielle à notre image du bon couple : un amour triomphant est nécessairement un amour contrarié. Les deux meilleurs amis qui ont peur de pourrir leur si belle amitié (Chandler et Monica dans Friends), l’homme très riche, éduqué et influent et la fille de classe moyenne (Richard Gere et Julia Roberts dans Pretty Woman), le conjoint vivant et le conjoint mort (Ghost).
L’amour n’est beau que s’il est complexe, tiraillé entre deux mondes, il n’est possible que s’il est irréalisable au final, et c’est la raison pour laquelle nous serons constamment à la recherche de quelque chose qui n’existe pas, d’une idée formatée par une industrie qui brasse des milliards en même temps que notre espoir de ne pas finir tout seul.
Si vous chercher quelqu’un à blâmer, blâmez Patrick Swayze.
3 commentaires
Patrick Swayze…je te blâme. C’est ta faute tout ca..Si seulement j’avais pas regardé 2 fois par jours Dirty Dancing, je saurai aujourd’hui que mon homme et moi pouvons vivre sans être collé 24/24. Mais non…je l’ai fait. Et malheur à moi, je suis jalouse caractérielle, parano et j’en passe.
Mais sinon, je le vis bien.
Merci Elixie… ![]()
Et Dawson alors? Il m’a bien fait perdre 8 mois dans mon éducation sentimentale, entre 16 et 17 ans. En fait c’était surout Pacey, mais passons.




PLAY BLESSURES
j’aimerai répondre un truc organisé, mais je suis trop fatiguée par les cours du jour, je dirai juste que j’y ai pris plaisir… beaucoup
à lire ton article…