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PLAN YOUR ESCAPE Nature Morte

Les couloirs de la Coopérative de Mai. Sur le mur, une photo de Bashung, café à la main, Ray Ban au visage. All-access pendu au cou, je suis (...) suite

Les couloirs de la Coopérative de Mai. Sur le mur, une photo de Bashung, café à la main, Ray Ban au visage. All-access pendu au cou, je suis nonchalamment Lionel Vancauwenberghe, chanteur de Girls in Hawaï, jusqu’au fronton du site d’Europavox, en quête d’un troc raisonnable : une clope contre une interview. Lui roulée, moi Marlbo’light. Hygiène de vie ? mon cul : il pleut comme… comme en Auvergne tiens !

Je n’enregistre pas. Pas là. On vient déjà de passer les balances ensemble et nous traverserons plusieurs heures encore avant le concert.

Plan your escapePlan your escapeJe suis le quatrième ou cinquième aujourd’hui, et comme je ne suis pas chien je ne lui demanderais pas de me jouer un morceau à l’acoustique comme le feront trois de mes confrères aujourd’hui (dont la FNAC, «Chiant» dixit Brice, lead guitariste si on peut dire, et Le Mouv’ qu’il qualifiera de «Bof…»). On tombe d’accord : leurs morceaux ne conviennent pas pour une guitare acoustique seule ; il y a trop d’arrangements à six pour qu’on en ampute une ligne comme ça, laissant une chanson estropiée et gangrenée derrière. Quant à la prétendue scène belge, on se rejoint sur deux affirmations : Venus était un grand groupe, et dEUS aussi. Mais il y a très longtemps.

On évoque tour à tour le dernier PJ Harvey, Eels, ma bio des Pixies… Autant de trucs qui se retrouvent sinon dans la musique, dans l’univers de Lio’. Marrant pourtant, les récents Radiohead et Air semblent plus proches que ce White Album des Beatles qu’il avoue avoir tardivement dévoré. Je m’interroge avec circonspection, ai-je pu autant me planter ? Lio’ sourit tout simplement. Pour lui, parler de musique avec moi c’est déjà sympa. Et c’est vrai que plus tard, une interview sous chapiteau par la radio campus locale ressemble à un numéro d’équilibriste : les animateurs, paniqués par les trombes d’eau derrière eux et les yeux aimantés à une pendule, jettent des banalités et des questions à choix multiples. Les deux chanteurs et le bassiste (en tongs sous le déluge) répondent aux raccourcis idiots et assimilations (belge=dEUS, et on évite de peu le belge=frites) ou lisent des brochures qui traînent là.

Plan your escape coverLes clopes noyées, on rentre, pour être rattrapés par une attachée de presse. L’après-midi comptera encore quelques conférences désespérantes. Une musique si peu convenue pour les radios mérite-t-elle de subir tout ce cirque médiatique vain ? On squatte les loges à l’étage. Ça dort/boit énergétique/explose la PSP/tente des trucs sur Cubase. On ne parle pas trop. Presque l’ennui. Une langueur qui rappel les paysages gris-vert des plaines du nord. Chiant et rapprochant à la fois. Je commence à imaginer l’ambiance qui les liait tous dans ces studios improvisés des Ardennes. Le vent tuant le silence. Le bois qui craque dans le feu qu’on distingue entre les morceaux. Et comment on aboutit au résultat fuligineux de Plan Your Escape.

Vient l’heure du live. Je m’évade du front row des photographes idiots. De derrière, la salle est baignée d’un halo saignant au milieu duquel, quasi à contre jour, les Girls In Hawaii s’échangent les instruments les plus inattendus, et empilent les voix. Le mur de son n’est pas de ceux contre lesquels on se jette en bagnole, mais plutôt un miroir qu’on franchit sans espoir de retour. Magma épais dans lequel je m’enfonce lentement mais sûrement, hypnotisé par le montage des vidéos originales qui se sur-impriment sur le sextet wallon. Les rocks s’allongent comme des ombres, les claviers dégoulinent pour quelques minutes de plus. Quelques minutes de répit, à respirer encore. Jusqu’au climax de Birthday Call. La mort consommée, dressée en reminder tels des œillets devant une tombe. Telle les natures mortes de l’école flamande. Vanité de la vie. Front de scène pour 1500 personnes Antoine Wielemans avoue à voix presque trop basse que son sang se fige et que les planètes ont commencé à fuir.

Près d’un mois plus tard, je glisserais à nouveau l’album dans le lecteur. Pour ré-entendre la prophétie s’accomplir. Les montées puissantes comme autant de cavaliers apocalyptiques, les voix invocatrices, des claviers saupoudrant le tout d’une couche de magie, et des ces percussions si parfaitement intégrées qu’on ne les remarquent que trop tard, quand elles ont cessé leur appel. Il y a de la sorcellerie dans Plan Your Escape. Il est facile de les imaginer tous encapuchonnés, flûte orientale ou tambour primitif en main, chorale pavane des forêts profondes, paganisme électrique de la fin des temps ouvrant des portes sur des mondes couvert de champs dorés, et des astéroïdes rongés par la pluie.

Il y a plus d’inventivité dans cet album qu’il n’y en a eu chez nombre d’auditeurs de Ok Computer, Virgin Suicide et White Chalk combiné. Si aucun de ces disques ne vous a parlé, vous n’entendrez sûrement jamais le dragon psalmodier à votre oreille. Les autres seront irrésistiblement voués à ré-écouter encore et encore, et espérer trouver une issue à ce labyrinthe végétal dans lequel nous tournons sans fin.

http://www.myspace.com/girlsinhawaii

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