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PHOSPHO Mon royaume pour un tourbus

Un mois depuis le live et les cavalcades snare/bass de Horse me trottent encore dans la tête. Pour m'exorciser ce beat de la tête, je rencontre son cavalier. (...) suite

Un mois depuis le live et les cavalcades snare/bass de Horse me trottent encore dans la tête. Pour m’exorciser ce beat de la tête, je rencontre son cavalier. Deux sur cinq (Johann batterie, et David chant) répondent à l’appel, prêts à l’emploi. Canapé familial, Heineken, et leurs fillettes qui courent en tous sens en background. Ça crève les yeux qu’on va plus parler Tony Wilson et crédit immo que Lily Allen et jeans slim…

Le nom Phospho brille comme un signe d’appartenance à la scène fluo-rock et pourtant : “A l’origine, sourit Johann, ça nous vient d’un nom de médicament, Fleet Phospho-soda qui est un laxatif, que j’avais été obligé de prendre.” Voilà qui nous rapproche plus de Bukowski que de MGMT… Quant à leur implication dans ce prétendu revival post punk, les boys from Niort reconnaissent ne rien avoir inventé, Johann dégainant tout de suite du Talking Head et David du Joy Division, sans pour autant suivre une mode : “Il y a aucun problème par rapport à ça. C’est juste qu’on s’est mis à jouer ensemble il y a 3 ans donc c’est pas en réaction aux Klaxons etc. On baigne juste dans la même énergie que ces gens-là, ils écoutent la même chose que nous avant, et je pense que la comparaison s’arrête là.”

PHOSPHOSauf qu’on se réveille pas trentenaire avec l’envie de prendre une guitare. Existe-t-il forcément un passif ? La réponse est ‘Fontenay Le Comte’. David : “Cela a l’air de rien mais c’est une ville qui était connue des tourneurs, avec des Jesus Lizard, Shellac, Blonde Redhead, et on s’est construit là-dessus. Moi j’avais un groupe très années 60 avec un orgue et tout le bazar. Les autres [Johann et Goodwater, actuel guitariste] jouaient des trucs qui me faisaient fantasmer, ils jouaient les Pixies au tout, tout début, Sonic Youth, le Velvet à une époque ou on n’en parlait pas autant, et ça sonnait crado et c’était fort. Je sentais qu’il se passait un truc chez eux. (…) Mais voilà, je jouais du garage et eux le Velvet : ils me méprisaient.”

Après des années passées dans une liste de groupes longue comme un larsen de Sonic Youth, le rapprochement finit par se faire. Un vrai déclic à trente piges. Avec un boulot qui vous paralyse jusqu’à 19h et des mômes qui vous attendent à la maison. Avec le fed up des musiques intelligentes et cette envie de retrouver un beat, ce petit quelque chose d’évident et de tribal qui vous grimpe le long des reins. Envie de danser, quoi. “Si c’est pas viscéral, ça sert à rien ! plante Johann. C’est plus qu’une question de ‘dansant ou pas’. C’est une question de tension interne, que t’es obligé de faire sortir à un moment.” David : “Et la peur de devenir vieux. En filigrane, il y a certainement de ça aussi.”

Les premières répètes sont plutôt du calage, des retrouvailles de vieux potes. Et puis très vite, ça monte tout seul. Nervous, c’est le morceau séminal : “Il est sorti d’un coup, d’un jet ! Pour être vulgaire : on avait les couilles bien remplies, on avait juste envie que ça sorte.” C’est plus Ian Curtis, c’est du Reiser.

PHOSPHOLa construction des morceaux part des riffs de Goodwater. David : “C’est un autiste, mais il a un son de la mort qui tue ! Le son de Steve Turner de Mudhoney (…) En général, les autistes, faut pas les faire chier, tu le laisses faire son truc dans son coin, et puis à un moment tu rattrapes le wagon.” Une dose d’électro dans le shaker ? Pas vraiment, les boys ont raté le coche des premières raves, et se réveillèrent comme tout le monde avec les Chemicals. Même pas le trip-hop, et surtout (ô surprise à notre époque) pas une goutte de Radiohead. A leur simple évocation, Johann peste un long “Oh putainnn” évocateur. Reste tout de même la scène madchester et l’enthousiasme de David à l’évocation des Happy Mondays : “Oui, ça oui ! J’ai toujours aimé leur côté branleur. Déjà, je trouve que l’histoire de Manchester est fascinante. Et puis, ouais, Hallelujah c’est hypnotique, c’est un trait de génie qu’ils ont eu ce jour là.”

Le live profite de ce mélange. Concours de gros sons, chaos sur scène et David qui danse outrageusement… Fait la pute ? Oui, parce qu’il y a de ça dans la démarche de se mettre en avant. Et puis surtout, il faut digérer l’abandon de la guitare pour le micro : “Ca a été pénible. J’ai composé l’album avec Goodwater et Johann, et ça a été une sorte de sacrifice. Tu te retrouves du jour au lendemain, les mains vides. Alors comme il faut rester ‘à burnes’, et ben tu danses.” Curieusement, One Caballo Per Seven Frauen retranscrit peu ce croisement d’influences. Prod plus ronde que mordante pour un premier album qui à l’origine devait être… une démo. Soupires gênés : “On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Si on nous avait donné plein de pognon et du temps, on serait allé plus loin dans le truc. On le voulait quelque part un peu plus crado, et quelque part, plus net en même temps. Se rapprocher du culte des Stooges, Funhouse, le but de tout groupe…”.

Exigeants ? Non.

Phospho n’a pas de grand plan et veut juste se faire plaisir une grosse fois avant d’hypothéquer pour payer les études de la grande. Pourtant on sent bien qu’il reste assez de patate sous le pied pour monter la barre d’un cran. David parle de nouveaux morceaux plus massifs avec des textes plus denses. “Les Smiths m’ont juste… bouleversé. On n’est pas structuré pour ça aujourd’hui, pour installer une voix la plus propre du monde. Mais je ne désespère pas…”

D’ici là, on range l’égo, on profite. Et on aligne en explosant de rire, des ambitions pour le moins étonnantes: “Ce qu’on a envie par contre, c’est d’avoir un bus Scania, avec les vitres teintées et des fauteuils rembourrés. Voilà, c’est ça…” Comme quoi, c’est la monture qui rend le voyage excitant.

myspace.com/phospho

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