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PHILIPPE MURAY Festivus versus Charlus

La société vernit, l’écrivain décape. Juste mais fragile répartition des rôles. Certains simulateurs prétendent retirer des couches, d’autres sont carrément pris le pinceau encore frais à la main. (...) suite

La société vernit, l’écrivain décape. Juste mais fragile répartition des rôles. Certains simulateurs prétendent retirer des couches, d’autres sont carrément pris le pinceau encore frais à la main. Quelques auteurs atteignent cependant le bois brut. Une poignée pousse encore plus loin et attaque la surface polie, déblaie, creuse carrément un tunnel vers d’autres œuvres, d’autres époques. C’est là, loin des rebelles en guimauve, que la lampe frontale illumine soudain l’œuvre de Philippe Muray.

Romancier, essayiste, biographe de Louis-Ferdinand Céline, Philippe Muray a consacré toutes ses forces, sa bile et son style à démonter les bonnes consciences, à enrayer l’enthousiasme des incurables Modernes. «Si vous recevez un jour le ciel sur la gueule, ne vous dites pas que c’est la fin du monde, pensez qu’il pleut du moderne ; ou qu’il tombe de la merde, c’est la même chose. Et, le jour de l’Apocalypse, ne vous dites pas non plus que c’est la fin du monde, dites-vous que ça change» synthétisait-il lors d’une interview.

Jusqu’à sa mort en 2006, Philippe Muray a jeté le gant pour provoquer altermondialistes, accrocs à la justice, touristes, voyagistes, dirigistes, homo festivus festivus (comme sapiens sapiens, concept clé, déterminant). Avec un style foisonnant, mi «fin de siècle» mi Céline, il a mis en évidence notre incroyable passivité face aux divers plans de communication, stratagèmes à peines voilés qui se substituent aux plans de nos villes, de nos vies, de nos mémoires. Impossible aujourd’hui de pas avoir en tête des «messages» spécialement conçus pour s’y loger, dimensionnés à nos faiblesses.

Muray mort, on pensait pouvoir se laisser aller, devenir un peu plus bêtes, confortablement « vélibérés », mais l’écrivain est un tenace. Il nous rattrape par le col via une mise en musique de plusieurs de ses textes, réunis dans l’album Minimum respect. Un titre parfait, illustrant l’une des qualités essentielles de l’auteur : le punch. En une simple formule, Muray « knockoute » la désolante rhétorique de « combat de coqs » : « tu me respectes, je te respecte, maximum respect…».

Evidemment, côté bande-son, on tire parfois un peu la gueule (à l’écoute des titres du myspace et de plusieurs extraits pas de l’album complet, précisons-le). Le collectif Blom oscille entre electro appuyée, bossa nova et jazz un rien lisses. Avec un son parfois… variété (pas d’autres mots, désolé). On est loin de la rage électrique qu’AS Dragon et Burgalat faisaient bouillir derrière Houellebecq. Ceci dit, sur certains titres, cette musak fournit un contrepoint ironique absolument idéal et souligne encore la lucidité du bonhomme.

A ECOUTER: Tombeau pour…     PHILIPPE MURAY - Tombeau pour un.mp3

Entendre « Rien n’est jamais plus beau qu’une touriste blonde / Qu’interviewe des télés nippones ou bavaroises/ Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe/ sous la hache d’un pirate/ aux manières très courtoises (…) C’était une touriste et se voulait rebelle/ lui était terroriste et se rêvait touriste/ ils étaient tous les deux altermondialistes/ leurs différences mêmes n’étaient que virtuelles » sur une légèreté brésilienne, que peut-on rêver de mieux ? (Même s’il faut surtout lire Muray -Le XIXe siècle à travers les âges, Festivus, festivus en tête.)

L’intérêt essentiel des morceaux réside évidemment dans les textes (et la voix !) de l’auteur. Il déclame, sans chanter bien sûr, et derrière chaque intonation se dessine une évidente jubilation carnassière. Le tir de barrage est serré, impitoyable. Tout le monde y passe. Attention de ne pas tomber dans le plus gros des panneaux : se croire à l’abri simplement parce que l’on écoute Muray, que l’on est de son camp. Ici, il n’y pas de camp qui tienne, pas de bon coté de la barrière. A un moment ou un autre, vous serez dans le viseur ; votre rire jaunira alors comme un cliché d’enfance. Et les grands cris, l’indignation généreuse, les accents rocailleux se feront entendre : « Mais c’est réac ! Anti-moderne ! L’œuvre d’un vieux! D’un intello, en plus ! Elitiste ! Trop déprimant ! Pas positif ! Pas constructif ! Qu’est-ce qu’il propose ? » Peut-être… Mais vu d’un autre œil (et le bon, qui sait), c’est surtout affranchi de toutes concessions, loin de tous les troupeaux, stylé, drôle… Décapant, pour tout dire.

Paris, le 6 octobre 2007

www.myspace.com/philippemuray

7 commentaires

En date du 18 octobre, soit 12 jours après sa mise en ligne, cet article de Syd Charlus reste sans appréciations. “No ratings yet”, m’informe-t-on.
il fallait que ce soit sur Gonzaï qu’on boucle la boucle de l’évaluation. Après qu’un critique ait coché ses cases - ou modifié l’expression d’un petit personnage selon “qu’il aime” ou “qu’il aime pas” l’oeuvre qui fait l’objet de l’article, il faut désormais que le lecteur, épuisé déjà de tant de démonstrations d’adhésion ou de rejet, que le lecteur dis-je y aille de son jugement. Alors soit :

J’aime bien cet article sur Philippe Muray.

Je sais que je m’expose : qui voudra bien mettre quatre étoiles à mon commentaires?

Commentaire par Requis, le Lundi 15 octobre 2007 à 9:14

Cher Requis,

J’aime cet article, notamment pour ca:
« Rien n’est jamais plus beau qu’une touriste blonde / Qu’interviewe des télés nippones ou bavaroises/ Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe/ sous la hache d’un pirate/ aux manières très courtoises (…) C’était une touriste et se voulait rebelle/ lui était terroriste et se rêvait touriste/ ils étaient tous les deux altermondialistes/ leurs différences mêmes n’étaient que virtuelles »

Je peux mourir de l’intérieur maintenant.

Commentaire par Bester Langs, le Lundi 15 octobre 2007 à 20:00

enfin un truc interréssant !
interdiction de la jeunesse !
mort aux pubères !

Commentaire par clic clac t'es mort, le Lundi 15 octobre 2007 à 17:24

> requis : merci, moi aussi j’aime bien cet article… Muray nous démonteraut en deux secondes pour cette série de commentaires positifs. Saluons le grand homme.

> Clica clac t’es mort : ne m’entrainez pas sur cette pente, assez glissante chez moi je le reconnais.

Commentaire par Syd Charlus, le Lundi 15 octobre 2007 à 8:45

Je suis fan de Murray!!

Le disque aurais pu être bon- mais les arrangements sont à chier-
J’adore son phrasé et sa voix- Mais la musique est pas terrible-

Enfin, bon!!
:-)

Il faut surtout lire ses brillant ouvrages!!

Commentaire par Jean-Emmanuel, le Lundi 15 octobre 2007 à 9:59

Quel chapo Syd, tellement beau qu’on a peur que le reste ne soit pas au niveau; On retient son souffle et on y retourne. En attendant, chapo ;-)

Commentaire par sylvain, le Lundi 15 octobre 2007 à 18:53

Le reste tiens. Et c’est pas parce qu’on est jeune et qu’on se congratule un peu bêtement qu’on tombe sous la loi divine du Muray décédé, hein ! Pas parce qu’il est mort qu’on va respecter à la lettre ses humeurs et ses dogmes. Qu’il aille se faire… Minimum respect ;-)

Commentaire par sylvain, le Lundi 15 octobre 2007 à 19:01

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